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Faits divers 27/02/2009

Prêtres pédophiles : un professeur du séminaire de Lille en parle

Alors qu’un prêtre du diocèse de Lille a été arrêté le 9 février dernier pour pédophilie, l’incompréhension secoue aussi bien les catholiques que les autres. Pour y voir plus clair sur les moyens mis en œuvre par l’Eglise autour de ce fléau, le père Bruno Feuillet, professeur depuis 1998 au séminaire de Paris et de Lille en morale familiale et sexuelle, a accepté de répondre à nos questions.

Vous êtes professeur de morale sexuelle et familiale eu séminaire de Lille : quel est le contenu des cours ?

Tout d’abord, je préciserais que si les programmes ne sont pas toujours exactement les mêmes d’un séminaire à l’autre, les cours relatifs à la question de la pédophilie font l’objet d’un programme obligatoire présenté dans le livret « Lutter contre la pédophilie, repères pour les éducateurs » publié par les évêques de France en novembre 2000. Le contenu du cours enseigné présente en détails ce qu’est le crime de pédophilie, comment agir et réagir, en lien avec la justice, mais aussi comment prévenir ces situations par des règles de prudence élémentaire. Nous abordons ces questions sous l’angle de la formation, mais aussi à travers des QCM de mise en situation par exemple « Est-ce interdit d’embrasser un enfant ? »

Comment cette formation est-elle accueillie par les séminaristes ?

Je pense qu’elle leur est utile, et ouvre les yeux aux plus naïfs, notamment en édictant les règles de prudence aussi simple que de ne pas recevoir un enfant seul dans sa maison ou dans sa chambre. Elle donne aussi des clefs sur le plan juridique souvent méconnu des séminaristes. Le prêtre peut se trouver confronter à la pédophilie dans deux situations : il peut avoir lui-même des tendances pédophiles, mais il peut plus fréquemment recevoir en confession des aveux d’un pédophile ou d’une victime. La question du secret professionnel fait souvent débat : alors que le secret professionnel, c’est-à-dire une information librement confiée par quelqu’un à une personne dans l’exercice de ses fonctions, doit être respectée, beaucoup seraient tentés de trahir le secret de confession pour aller dénoncer la personne au commissariat !


Est-ce que les prêtres pardonnent les pédophiles sans pouvoir rien dire ?

La position de l’Eglise est différente : le prêtre est invité à encourager à l’auto dénonciation, en proposant même à la personne de l’accompagner si elle le souhaite jusqu’au commissariat.
L’Eglise condamne les actes pédophiles, les prêtres ne pardonnent pas les aveux de pédophilie en confession. Il n’y a aujourd’hui aucune complaisance de l’Eglise au regard de ces affaires. L’Eglise, comme toutes les institutions, a essayé d’étouffer les premières affaires pour se protéger : mais nous sommes totalement sortis de cette démarche. Au contraire, chacun coopère de son mieux avec la justice dès les premiers soupçons, ou les premiers aveux hors de la confession : on peut ainsi recommander un enfant à la protection de l’enfance, afin qu’il soit suivi par une assistante sociale qui fera la lumière sur l’affaire, ou dénoncer une personne adulte au procureur, avec prudence évidemment. Dans tous les cas, nous gagnons beaucoup à être vrais.

Les messages délivrés au séminaire ont-ils des répercussions concrètes auprès des séminaristes ?

Suite à ce cours, et à la prise de conscience qu’il suppose, il nous est arrivé de conduire au commissariat des jeunes qui s’auto dénonçaient et quittaient le séminaire. Pour eux, comme pour ceux qui se font prendre plus tard, c’est souvent une libération, car ils ne peuvent s’arrêter tout seul sans y être contraints, et n’osent le plus souvent rien avouer de leurs pulsions.  Il est donc très difficile d’aider et d’accompagner ces personnes qui n’appellent pas au secours.

Sélectionnez-vous les séminaristes en tenant compte des risques de pédophilie ?

Il est clair qu’on n’admet pas n’importe qui au séminaire. Nous organisons par exemple des sessions de pré rentrée de dix jours qui nous permettent de déceler des fragilités chez les candidats. Nous sommes plus exigeants à l’entrée, mais ils font le plus souvent le cursus complet. Nous avons dans nos séminaires la diversité des hommes de notre société, les plus idéalistes comme ceux qui ont déjà « vécu » avant de postuler.

Lorsqu’un scandale est relayé dans la presse, comment réagissent les séminaristes et les prêtres de son entourage ?
Lorsqu’on apprend une affaire de prêtre pédophile, cela nous fragilise tous. Au séminaire, les évêques viennent en parler avec les séminaristes, répondre à leurs questions. L’évêque est à la fois l’évêque de la victime et de l’agresseur, ce n’est pas une situation facile à assumer, mais dans tous les cas, i s’en remet à la justice et fait appliquer le droit. Les prêtres qui l’ont connu se culpabilisent parfois de ne pas avoir donné l’alarme à temps, mais se disent aussi « s’il est tombé, peut-être suis-je moi aussi fragile ». Ne pas être seul, ouvrir des espaces de dialogue et de prière sont pour nous les meilleurs remèdes à cette situation.

Quelles sont les sanctions, les peines infligées aux prêtres pédophiles ?

L’Eglise laisse la justice appliquer les peines requises en fonction de la gravité des actes, depuis la possession d’images pédophiles jusqu’au viol d’un enfant. Il faut savoir que si l’accusé a usé de sa qualité de prêtre pour commettre ces actes, les peines sont doublées, de même que pour les professeurs par exemple. Enfin au niveau de l’Eglise elle-même, le prêtre est immédiatement suspendu ou exclu de l’état clérical. Il ne faut pas confondre pardon et justice. L’enfant, la famille de la victime, l’Eglise tout entière sont blessés par la pédophilie.

Le mariage des prêtres ne serait-il pas une sorte de remède ou de prévention face à ce fléau ?

Attention, il faut se souvenir que 80% des actes pédophiles sont commis par des personnes mariées : le mariage est loin d’être un remède à la pédophilie ! Ensuite, puisque nous sommes dans les statistiques, il faut relativiser : sur les 5500 cas présumés en 2000, 93% ont été commis par des membres de la famille et des proches, contre 2% seulement viennent de milieux institutionnels, dans lesquels se classe l’Eglise. Bien sûr, c’est 2% de trop ! Enfin, en mai 2001, l’Eglise a elle-même fait le point en interne : 69 prêtres ont été mis en examen, condamnés, ou ont accomplis leur dette sur 25000 prêtres ordonnés, soit 0,27% de prêtres pédophiles. Bien sûr, c’est 0,27 % de trop, mais ne tombons pas dans le mensonge médiatique !

Apolline Delplanque

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