Jean-Pierre Lemaire, un artiste du Valenciennois méconnu
Il y a ces artistes tapageurs dont les frasques font davantage parler d’elles que leurs œuvres. Et puis il y a les discrets, les travailleurs de l’ombre plus attachés à leur art qu’à une quelconque gloire. Et ils forcent le respect par ce supplément d’âme qu’ils mettent dans chacune de leur composition. Jean-Pierre Lemaire est de ceux-là. Né à Anzin en 1946, l’artiste vit aujourd’hui à Marly, dans une maison que ses talents de sculpteurs lui ont permis de décorer à son goût et à celui de son épouse Viviane.
Une épouse qui ne tarit pas d’éloges lorsqu’il s’agit d’évoquer le travail de son mari. Une épouse qui prête volontiers sa voix à son époux quand on vient à lui demander de se présenter et de présenter son art. Sa vocation, Jean-Pierre Lemaire la doit à une institutrice spécialisée qui décèle chez son jeune élève, sourd de naissance, de grandes capacités de modelage, puis de sculpture. Elève à l’école des Beaux-Arts de Valenciennes, sans cependant pouvoir mener un cursus scolaire classique, Jean-Pierre acquiert tout de même toutes les techniques de la sculpture. Une discipline qu’il maîtrise parfaitement, au point de devenir enseignant à son tour, d’abord à l’école des Beaux-Arts de Cambrai où il a enseigné durant près de trente ans, puis à Arras, où il occupe un poste depuis plus de cinq ans, pour le plus grand bonheur des élèves qui se succèdent à ses cours. Lauréat du 18e concours du Meilleur ouvrier de France en 1990, Jean-Pierre Lemaire a aujourd’hui encore l’œil qui pétille lorsqu’il présente la sculpture qui lui a valu ce prix. Le thème imposé cette année-là, « les produits de l’agriculture à représenter dans un style contemporain », n’était pourtant pas des plus faciles à décliner. Jean-Pierre se met pourtant au travail, et soutenu par Viviane, réalise une console qui demandera au final quelque 600 heures de travail, de l’étude en argile à la composition finale, en passant par la maquette en plâtre. Cette console que l’on jurerait faite d’un seul tenant est pourtant composée de plusieurs pièces de bois brut assemblées de manière à déterminer les volumes puis sculptées avec un souci du détail qui amènera l’artiste à passer une journée entière sur le façonnage de trois épis de blé. Les sujets représentés sur la console - bœuf, poule, lapin, épis de blé - Jean-Pierre les a d’abord photographiés dans les fermes ou ramassés dans les champs. S’il sculpte plus volontiers les animaux, qu’il affectionne également à titre privé, Jean-Pierre Lemaire ne dédaigne pas non plus de « croquer » ses semblables, le plus souvent sur commande cependant. De même, en ce qui concerne le choix des matériaux, l’artiste avoue une nette préférence pour le bois. Arguant qu’il ne travaille pas de la même manière selon qu’il s’agisse de bois ou de marbre, Jean-Pierre rechigne toujours un peu à montrer certaines sculptures sur pierre. Pourtant remarquables, ces œuvres ont à ses yeux un grave défaut : elles ne sont pas en bois ! Pour n’avoir pas pignon sur rue, pour avoir préféré la pénombre de son atelier aux feux de la rampe, Jean-Pierre Lemaire n’a jamais accédé à une notoriété que son seul talent lui autoriserait pourtant. Une situation qu’il gère avec philosophie : enseignant dévoué, il travaille avant tout à la transmission d’un savoir. Viviane, que la pratique de l’élitisme artistique agace, s’insurge alors pour deux…
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