Zoom sur le nouveau SESSAD sur Aubry-du-Hainaut
Un univers cohérent pour l’enfant autiste !
Depuis le 02 janvier dernier, le SESSAD d’Aide à L’Intégration Scolaire et Sociale des enfants avec Autisme est ouvert sur la commune d’Aubry-du-Hainaut. Parfois les événements s’enchaînent concomitamment car la remise très médiatisée du rapport de Valérie Létard sur l’impact du Plan Autisme 2008/2010, le jeudi 12 janvier 2012, constitue également une excellente nouvelle pour les familles d’un enfant autiste. Un calendrier serré après un retard abyssal dans le domaine, l’Etat se met en ordre de marche sur un sujet à la fois complexe et consensuel !

Sa maman et Antoine, un jeune autiste de 4 ans et demi
De l’enjeu national à l’application sur le terrain, les réflexions avancent et se traduisent dans le quotidien des familles. Sur le Valenciennois, une nouvelle structure a vu le jour afin d’accueillir des enfants autistes avec un objectif clair ; mettre en place un Projet Educatif Individualisé ! Pour arriver à ce résultat, ce SESSAD, est doté d’une équipe aux compétences très larges avec 2 éducatrices spécialisées, une éducatrice pour jeune enfant, une ergothérapeute, une psychologue, 1 psychométricienne ( en cours de recrutement), une orthophoniste et un médecin. Les parents viennent déposer leur enfant pour un premier RDV d’évaluation et dans le même temps, ils expriment leurs besoins, leurs attentes, leurs objectifs ! “ Notre volonté est de donner de la cohérence aux activités de l’enfant autiste, d’une part à l’école en milieu ordinaire et de l’autre à travers des sorties dans des espaces culturels ou ludiques. Une action non préparée en amont avec l’enfant est vouée à l’échec “, souligne Odile De Wever, directrice de ce SESSAD.
Dans notre quotidien bien normé et polissé, il est presque inimaginable de se mettre à la place d’un enfant autiste et de ses parents. Chaque étape est une victoire contestée dès le lendemain, un mot, une activité, des consignes respectées, des activités partagées sont la source d’un travail de longue haleine. Toutefois, tous les enfants atteints d’un autisme sévère ont un espace, une activité qu’ils pratiqueront comme tout le monde voire mieux. Pour Antoine, 4 ans et demi, il maîtrise parfaitement la tablette numérique ” bien mieux que moi “, dit fièrement sa maman. A travers cette fenêtre, les éducatrices approchent le graphisme (via des applications) et peuvent engager un échange sur les autres aspects de son évolution. Tout phénomène ou environnement inconnu est perturbant pour l’enfant qui à ce jour ne connait que quelques mots et pourtant : “ Prononcer les mots papa, maman, sa soeur… le rassure, c’est une étape très structurante “, ajoute sa maman !
Antoine joue sur sa tablette numérique
L’équipe du Sessad doit élaborer une évaluation claire avec des objectifs concrets pour l’enfant et les parents. “ Nous accompagnons l’enfant à l’école en milieu ordinaire et mettons sur pied des activités comme à l’espace Pasolini à Valenciennes. La ville centre est particulièrement ouverte à ce genre de pratiques à travers son service Petite Enfance. Il est indispensable de réaliser des progrès. Par exemple, si un enfant autiste jette sa trousse de son bureau à l’école dix fois dans la matinée sans réaction, ce n’est pas bon ! Souvent l’instituteur n’ose pas entrer en confrontation alors qu’il faut montrer le geste à ne pas faire. C’est très difficile pour eux et la formation est nécessaire pour les auxiliaires de vie etc. afin de comprendre les enfants autistes”, précise Odile De Wever.
Cette structure est ouverte à tous les types d’autisme ! A cette heure, elle concerne onze familles, avec 7 autistes Kanner mais aussi 4 Asperger. Ces derniers n’ont pas une déficience intellectuelle mais il n’en demeure pas moins “ que le diagnostic est très complexe. Généralement, vers 8 ans, les spécialistes arrivent à le réaliser mais c’est un parcours du combattant pour les parents. Au sein d’Alissa, il risque d’y avoir un roulement avec les Asperger et les parents doivent savoir qu’il y a des possibilités pour leur enfant “, explique Cecile Linquette, la présidente de l’association l’As des As.
Toute la difficulté pour comprendre l’enfant autiste s’illustre à travers ce compromis entre le comportementalisme à outrance et la psychanalyse à tout crin !
Réactions après le 12 janvier… !
La remise du rapport afin de relancer la dynamique du Plan Autisme fut une véritable satisfaction pour les acteurs du Valenciennois. “ Ce fut une journée très riche et constructive. Nous avons constaté avec joie la prise en compte de nos réflexions et des méthodes préconisées. L’abandon, ou presque, de la psychanalyse constitue une avancée importante. D’un autre coté, le constat est implacable, en terme de traitement, de diagnostic et de places d’accueil, nous connaissons un déficit énorme. Néanmoins, des engagements ont eu lieu, il faut maintenant que tout cela se concrétise mais je pense que ce sujet dépasse tous les clivages politiques. La dynamique lancée doit continuer ”, souligne Arnaud Hector, le président de l’association Val’Autisme.
“ Cette journée marque un formidable encouragement avec notamment le refus de la psychanalyse pour les enfants autistes. La formation est un axe majeur pour l’élaboration d’un diagnostic et notamment plus précoce pour les autistes Asperger “, ajoute Cecile Linquette.
Enfin, Odile De Wever, directrice de la structure Alissa, “ jeudi dernier, c’était presque entendre un rêve car cela fait 10 ans que j’assistais à des colloques où rien ne se passait. Aujourd’hui, la France bouge sur l’autisme avec un certain courage politique. Néanmoins, la frustration des chercheurs existe car il manque des financements. Cette journée doit se poursuivre à travers un comité de pilotage pour de mettre en oeuvre ses décisions.”
Daniel Carlier
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