Au détour d’une saison sportive très robuste, le club professionnel de basket « Denain Voltaire » va changer de structure juridique dans les prochaines semaines. Aujourd’hui sous la forme d’une SAS, il passera sous un format juridique assez particulier. En effet, une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) a été choisie afin de permettre l’entrée au capital d’institutions publiques locales et/ou territoriales en sus d’autres acteurs économiques privés. Ce modèle juridique n’est pas spécifique aux clubs sportifs, mais la Ministre des Sports (2020/2022), avait proposé cette alternative dans un momentum (Covid) où le sponsoring était en berne, un peu comme actuellement où la géopolitique internationale et ses répercussions nationales peu rassurantes pour le monde économique constituent des freins existentiels (crédits photos Denain Voltaire Basket).

Yohan Senez (ex président de la section PRO) : « C’est une gestion hybride publique/privée »
Concrètement, le président depuis novembre 2025, Gilles Guinet, a réalisé un tuilage jusqu’à la fin des Municipales 2026. Ce dernier a démissionné au dernier Conseil d’administration et Medhi Chalah, Manager, versé dans le domaine, va prendre la présidence du club et oeuvrer à la mise en oeuvre juridique de cette SCIC. Cette opération est complexe, car il existe différentes versions de ce modèle de société, tant face aux contributions fiscales (TVA…) que dans l’objet non lucratif. Tout est à peser avec le plus grand soin et particulièrement pour les futurs membres actionnaires.
Pour autant, l’objectif est très lisible, il vise à protéger des associations sportives, professionnelles en l’occurrence, d’une trou d’air économique fatale. Pour y parvenir, l’entrée au capital d’une commune, en lieu et place d’une subvention d’une collectivité publique, permet de consolider le budget du club. « C’est une adaptation à la situation économique actuelle. Dans un club comme Denain Voltaire, les seules recettes sont composées des entrées des rencontres à domicile et des sponsors privés ou publiques. » Des clubs nordistes ont franchi le pas depuis l’existence de cette SCIC.
« Nous n’avons pas de masse salariale mirifique », Yohan Senez
Sur la pertinence de cette restructuration juridique, l’ancien président de la section PRO justifie cette initiative : « C’est une gestion hybride publique/privée et j’insiste sur le fait que nous n’avons pas de masse salariale mirifique. » Effectivement, le coût de fonctionnement d’un club pro impliquant directement une collectivité publique est un choix à double tranchant. Evidemment, la participation d’une collectivité locale au capital pourrait être salvatrice et serait encadrée « dans un modèle économique raisonnable », poursuit Yohan Senez. Par contre, et de la même manière, pour une collectivité publique en souffrance financièrement actuellement ou dans un avenir proche compte tenu du désengagement massif de l’Etat, la question serait à débattre tant la navigation à vue est devenue le casse-tête des adjoint(e)s aux finances.
On comprend que cette annonce publique (communiqué de presse) soit post campagne électorale tant le sujet pourrait être volcanique… ! En effet, une subvention peut être votée, ou refusée, par un hémicycle local ou communautaire, mais une participation au capital d’un club sportif pourrait conduire une collectivité publique a renfloué les caisses du club pour diverses raisons… à l’insu de son plein gré. Pour conclure, d’un côté, l’idée tient la route sur le formalisme juridique et le soutien aux PME du sport ; on n’est pas au PSG ou au Real Madrid, mais de l’autre elle engage beaucoup plus les institutions publiques. Est-ce le bon timing, à court terme peut-être, mais à long terme, c’est un sujet sportif et politique !
Enfin, ne faisons pas comme si un, voire deux, événements sportifs n’étaient pas arrivés sur ce territoire ! En effet, la fin de l’USVO, faute d’un train de sponsors partis vers le VAFC, en avril 2008 et une fusion surprise avec l’arrivée d’une nouvelle formation de basket féminine pour prendre la suite, soutenue financièrement par la Porte du Hainaut, puis un dépôt de bilan catastrophique faute de sponsors durant le 1er trimestre 2009. Ça fait réfléchir tout de même…
« L’arrivée de la SCIC dans le champ du sport ouvre cette possibilité de gouvernance partagée entre des publics distincts – club ou association, entreprises commerciales, salariés, collectivités, supporters… – au service d’un projet sportif commun. Il offre à ceux qui sont attachés aux valeurs associatives, une véritable alternative à la création d’une société purement commerciale et la perspective de structurer et rendre pérenne leur projet sportif », Roxana MARACINEANU, ministre des sports de juillet 2020 à mai 2022.
Communiqué du club Denain Voltaire :
Daniel Carlier





















