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Le plaidoyer associatif adressé à tous les candidat(e)s des Municipales 2026

Le rapport entre le tissu associatif et la collectivité locale constitue un sujet éternel de tension ! Soutien indéfectible, variable d’ajustement budgétaire, clientélisme affiché de l’édile, voire soupçon de paternalisme dans un rapport direct élu/administré, « le fait associatif » est à la fois une main tendue à la gouvernance locale et un collectif indépendant d’administrés. C’est pourquoi, le STAJ Nord-Artois accueillait « Le Mouvement Associatif Hauts de France » dans le cadre d’une formation pour les dirigeants associatifs afin de peser sur les politiques publiques locales. En résumé, l’association est une actrice de la cité incontournable et il faut le faire savoir !

Gérard Dechy : « Messieurs les Maires, vous êtes assis sur un tas d’or ! »

Pour rappel, il ne faut pas oublier la singularité du régime associatif à la française, la loi 1901, assez unique sur la planète, transformant des citoyens solitaires en acteur social culturel, sportif, social…, voire à une échelle plus importante avec le statut d’utilité publique.

Au détour de ces ateliers « plaidoyer »  pour les acteurs associatifs au sein des nouveaux locaux de la STAJ Nord Artois, sur Aulnoy-lez-Valenciennes, Gérard Dechy et Jean Clavery s’expriment sur la vie associative.

« L’association est trop perçue comme une charge et pas une ressource par les communes. Messieurs les Maires, vous êtes assis sur un tas d’or ! Ne calculez pas en euros, mais en unités d’heures. Cela fait partie de votre PIB local », déclare Gérard Dechy, le vice-président du collectif Phare. Amélie Lefebvre, la Directrice du collectif Phare, rappelle une notion cadre de cette démarche. « Le fait associatif est une énergie citoyenne. » Sur ACSRV (Asso centres sociaux), le Président Jean Clavery souligne à titre d’exemple « que 700 bénévoles ont consacré 39 000 heures en 2025. »

En parallèle avec cette richesse humaine sous-exploitée, depuis la Covid… « nous connaissons une crise du bénévolat. La charge du Président est parfois trop lourde, il faut réfléchir à une co-présidence pour chaque association », commente Jean Clavery. Ce cri d’alarme n’est pas dans le vent, car les signaux faibles remontent des collecteurs, comme l’URSSAF. En effet, il faut savoir que 10% de l’emploi privé en France repose sur le tissu associatif.

L’Appel à projets où la machine à broyer l’initiative sur le temps long !

Depuis quelques années, un symptôme marque la gestion financière des associations. En effet, la récurrence des Appels à Projets, voire des AMI (Appel à Manifestation d’Intérêt), constitue la nouvelle signature des collectivités locales et territoriales. « L’économie n’est pas du marché. La diminution des fonds associatifs réduit le tissu social, renforce leurs difficultés. Oui, il faut sécuriser les fonds publics, renforcer les contrôles, mais le système d’Appel à projets est plutôt un manque de confiance ! », commente Jean Clavery. « Un euro investit dans l’humain rapporte plus qu’un euro dans un rond-point ! », ajoute Gérard Dechy.

En effet, le système de l’enveloppe globale sur plusieurs années, avec parfois des dérives, imprime l’immense mérite de la lisibilité sur le temps long. « C’est un bouleversement total pour nous, notamment pour notre fonctionnement qu’il est particulièrement complexe à valoriser. Il est difficile d’embaucher pour des projets ne sachant pas si nous serons retenus par la collectivité publique », commente Jean Clavery.

Quelle place pour l’association dans la vie publique ?

C’est pourquoi, saisir le momentum de ce scrutin de proximité est fondamental compte tenu d’un bouleversement tangible des hémicycles locaux. Dans cette optique, le mouvement associatif doit se positionner vis à vis de sa collectivité comme un interlocuteur à la fois neutre et essentiel au fonctionnement de la cité.

Face à ce rétrécissement du volet financier, il existe une volonté collégiale de rapprochement entre les structures d’insertion dans le Valenciennois. En effet, le collectif Phare regroupe 18 associations du Hainaut avec une « mutualisation des fonctions supports comme la communication, le juridique, la comptabilité, etc. Il y a une logique de coopération entre les acteurs comme pour la validation du PTCE (Les pôles territoriaux de coopération économique) dans le Hainaut https://associationphare.fr/ptce-autonhommes/ grâce au collectif PHARE » », explique Eric Boutelier, Directeur du STAJ Nord-Artois.

A n’en point douter, les élections passées avec potentiellement un renouvellement massif des représentativités locales, les associations reviendront vers le Premier magistrat de leur cité. Cette situation a un mérite, elle va placer les maires de France devant leurs responsabilités. Quelle est la place, selon lui, du tissu associatif dans sa cité ? Apporte-t-il un supplément d’âme à la cohésion sociale locale ou est-il uniquement un consommateur de fonds publics ? Sans doute que la réponse n’est pas aussi manichéenne, mais celle dans le budget 2026, via des délibérations modificatives, sera affichée aux yeux de tous les administrés.

Et si la cité s’organisait autrement ? « D’ailleurs, la vie associative doit participer à l’organisation de la cité. Nous devons (re)faire commune », conclut Gérard Dechy. En prenant de la hauteur, on pourrait réfléchir différemment sur la temporalité d’un mandat électif, car celui-ci construit la dangerosité du pouvoir pour le pouvoir. Ce n’est pas sa citation la plus connue, mais incontestablement celle qui colle parfaitement à la gestion du pouvoir dans une démocratie en 2026 : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir », Montesquieu. Avec une ligne d’arrivée connue dès son élection, l’édile réfléchirait (peut-être) autrement à son mode d’exercice tout en restant comptable d’une bonne gestion des deniers publics évidemment.

Daniel Carlier

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