Le Comité Laïcité République Valenciennes Hainaut a organisé, le mercredi 15 mars, une conférence-débat de haut vol sur « La laïcité au coeur des élections »… pour ne pas dire au centre de tout. Trois conférenciers, Charles Coutel, Joseph Macé-Scaron et Patrick Kessel ont éclairé une salle Pierre Richard copieusement remplie et participative.

(Visuel Patrick Kessel au micro)

Accueilli par Guy Marchand, 1er adjoint de la ville de Valenciennes, le jeune CLR sur le Valenciennois continue sa mission première, informer et débattre, voire combattre toute fracture du principe de laïcité, fondateur de notre République. C’est pourquoi, cette conférence sur la laïcité avait une résonance, même une dissonance par rapport aux propos, discours, et déclarations à l’emporte-pièce de certains candidats à la présidentielle.

« Le F.N a fait un hold-up sur la laïcité », Charles Coutel.

L’universitaire, philosophe du droit, ne cache pas l’importance de ce combat pied à pied pour la défense de la laïcité : « Elle est au coeur des enjeux de notre démocratie. Une certaine idée de l’homme, celle de la philosophie des lumières, celle qu’un individu n’est pas conditionné par sa naissance. Vous êtes tous une part de la nation ».

Charles Coutel

Charles Coutel

Son avertissement incite à faire front contre cette indicible partition de musique, où religion et loi utilisent les mêmes croches, l’une répondant à l’autre. «C’est le retour de la catho-laïcité», déclare Charles Coutel. Il épingle l’ancien président de la République, Nicolas Sarkosy, pour son discours de Latran en décembre 2007 « qui rompt avec l’universalité de la Révolution française », précise-t-il. Il souligne également le symptôme des candidats à l’élection suprême : « Ils sont dans le déni, il n’y a pas de problèmes avec la laïcité ! ».

Il n’oublie pas la gageure politique du moment sur la laïcité « le F.N a fait un hold-up sur la laïcité. C’est l’universalité, l’intégration… et pas la défense d’intérêt financier, apostolique, catholique et français ».

La sémantique a son importance, car un mot pour un autre sans crier gare, et vous glissez vers d’autres vérités. « On a perdu la batailles des mots. On a remplacé le mot égalité par équité, le mot liberté par libéralisme.. .», conclut Charles Coutel. Et sans doute le mot vérité, par une absence de preuves… !

«  C’est le club des déni-oui-oui », Joseph Macé-Scaron

« Chaque jour, ils assassinent, ils oppriment, ils massacrent, ils anéantissent au nom de la religion. Au secours, c’est le grand retour de la religion »… « Face à cela, nos politiques ont tous disparu durant cette campagne présidentielle. Elle se déroule comme s’il ne s’était rien passé. C’est le club des déni-oui-oui », entame Joseph Macé-Scaron.

foulefmL’actualité est source de commentaires acerbes du journaliste, président du comité éditorial de Marianne. De l’Inde, où le nouvel ordre politique veut annihiler la religion catholique et musulmane ; en Europe avec la Hongrie, la Pologne etc., et bien sûr, le président turque Erdogan et son référendum avec la fameuse réunion à Metz si contestée. « Alors que l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-bas ont refusé cette propagande sur leur sol. Nous, on se déculotte, on s’aplatit comme un vendeur de tapis dans le bazar d’Istanbul, c’est scandaleux, c’est une honte », assène Joseph Macé-Scaron.

Bien sûr, la pensée ne peut oublier les tragiques attentats en 2015, 2016, qui flottent dans l’air en permanence. « C’est l’Etat islamique. Comme le dit Charles Coutel, la première chose est de nommer son ennemi », ajoute le journaliste.

Ensuite, il explique son analyse, le fil conducteur après chaque atteinte au principe de laïcité, sa conclusion est limpide « aucune critique de la religion n’est possible. Elle est absoute de tout reproche aujourd’hui. Mais, nous voyons ces pavillons religieux même s’ils ne sont pas hissés aux mâts de ces vaisseaux de guerre ! ».

L’ avenir immédiat est inquiétant. Joseph Macé-Scaron dénonce : « Vous verrez, sous peu, c’est en cours de préparation, le prochain président du Conseil théologique du CFCM sera turque, sous l’influence d’Erdogan et sa volonté d’imposer la religion sunnite. Il faut que nos politiques se réveillent ! Ce sont des légions de fanatiques qui se lèvent. Ce n’est plus un rêve en commun mais un cauchemar à plusieurs ».

« Un temps où la politique faisait sens avant de faire ambition comme aujourd’hui’, Patrick Kessel

Patrick Kessel plante le décor de cette élection suprême : « Nous ne sommes pour aucun candidat, nous écoutons les programmes, nous sommes sur le long terme. Notre combat ne s’arrête pas avec cette élection. Bien sûr, nous allons recevoir les candidats, ou leurs représentants, avant l’échéance présidentielle sauf le Front National », souligne Patrick Kessel, le président du Comité Laïcité République. L’inspirateur de cette laïcité, Nicolas de Condorcet, serait sans doute atterré face à l’inertie politique concernant cette thématique majeure.

Pour autant, le combat pour les valeurs de la laïcité ne doit pas être compris comme une quelconque hostilité contre les religions, où plutôt contre le fait religieux. « Nous discutons avec les différentes communautés religieuses, et d’ailleurs nous sommes heureux lorsqu’elles échangent entres elles », indique Patrick Kessel.

Aucun doute, cette élection épidermique ne ressemble à aucune autre, rassemble si peu « une société à la croisée des chemins. Nous ne sommes plus dans un temps où la politique faisait sens avant de faire ambition comme aujourd’hui », déclare Patrick Kessel.

«Nous ne devons pas rater le train d’une République laïque et sociale », conclut-il, voire ne pas rater le train du tout… en Gare du Nord !

Edito

Face à l’âge d’or du «Carpe Diem» de l’égo, dans ce fatras de paroles dont la vacuité donne la nausée, la laïcité doit trouver sa lumière, sa capacité de résistance, et cette conférence a eu l’immense mérite de remettre certaines vérités sur l’échiquier politique. La laïcité n’est pas un pion, c’est la reine et rien d’autres !

D’ailleurs, une question pourrait se poser après cette conférence magistrale à trois voix. Est-ce que la terminologie, sanctuarisée, du mieux-vivre ensemble se heurte à la défense du principe de laïcité ? En d’autres termes, l’idée d’une laïcité pleine et entière doit-elle s’amender sur l’autel d’une cohésion sociale et religieuse…pacifiée ?

A la lumière d’un tympan plus éclairé après cette soirée à Valenciennes au sein de l’espace Pierre Richard, où personne ne fut «distrait», mais ô combien conscient de l’enjeu de la laïcité, car elle dépasse la perception d’un environnement sociétal, d’un rapport à la religion, d’une illusoire souplesse du principe fondateur initié par Condorcet. Non, la laïcité demeure le pilier de notre démocratie. L’apostasie de la République est son fondement contre vents et marées, contre la démagogie et l’anarchie, contre le repli sur soi si réducteur d’une pensée alors que notre richesse républicaine est le cumul des avis contraires, du débat serein sachant qu’aucun n’est supérieur, ni inférieur à l’autre, il existe tout simplement. Le fait religieux n’est qu’un avis de plus, pacifique, mais qui en aucun cas ne doit interférer dans la conduite d’un Etat de Droit.

Quelle est donc cette démocratie inconnue que je viens de décrire ? Montrez-la moi que je sèche mes larmes républicaines !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 19 mars 2017
Charles Coutel Joseph Macé-Scaron Patrick Kessel
Joseph Macé-Scaron : « Au secours, c’est le grand retour du religieux »
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