Le code des marchés publics à travers la commande locale, le soutien au circuit-court, la loi NoTRE, projet urbain, le Canal Seine-Nord… le sous-préfet de Valenciennes passe en revue des axes concrets pour le développement du Valenciennois.

Entretien avec Thierry Devimeux, Sous-Préfet de Valenciennes

Suivez le code…

L’économie locale ne sait plus vers qui se tourner afin de remplir son carnet de commandes. Dans cette optique, les collectivités publiques jouent un rôle central. Le Sous-Préfet ne s’en cache pas, c’est « mon cheval de bataille« , car il sait pertinemment, même dans un contexte de réduction des dotations de l’Etat, que la commande publique locale demeure un baromètre de la santé économique d’un territoire.

« L’action d’achat des collectivités locales est importante. C’est l’outil au service d’une politique publique, elle doit être raisonnable et citoyenne« , souligne Thierry Devimeux. Raisonnable dans un cadre de réduction de la dette publique mais ambitieuse, car un territoire sans projets se meurt et s’étiole à petit feu. Pour arriver à bonne fin, la commande publique locale doit s’appuyer sur les forces vives de l’économie locale « après tout dépend de l’échelle de la commande, suivant les compétences en la matière localement, au niveau de l’arrondissement voire de la région. Pour nos travaux de couverture en sous-préfecture, pourquoi chercher ailleurs un professionnel alors que sur ce territoire il existe une entreprise de qualité que nous faisons donc travailler« , ajoute-t-il.

Bien sûr, il faut respecter les règles très stricts d’un marché public. Toutefois, le Sous-Préfet précise : « Le code des marchés publics est clair, ce n’est pas le moins coûtant mais le mieux disant. Tout repose sur l’élaboration de votre cahier des charges. Dernièrement, lors d’une conférence sur le sujet à la CCI Grand Hainaut, j’expliquais à des entreprises et collectivités publiques ; par exemple, vous voulez servir du jus de pomme dans vos cantines et bien… pour être sûr que le producteur soit du territoire, vous demandez une visite régulière et organisée du verger pour les écoliers » CQFD… !

Quels secteurs ?

Les 3 domaines les plus exposés sont inévitablement, le BTP extrêmement dépendant de la commande publique locale voire territoriale. Ensuite, le secteur de l’agroalimentaire « pour lequel, les marchés relatifs aux cantines scolaires sont énormes« , précise Thierry Devimeux. Enfin, celui de l’innovation avec des initiatives comme celle de Valenciennes Métropole sur « une plate-forme d’expérimentation numérique« , ajoute le Sous-Préfet.

Un SBA… sur le Valenciennois ?

Cela n’existe pas sur ce territoire mais un SBA (Small Business Act) est une des pistes de travail de Thierry Devimeux.: « L’enjeu est de mettre en capacité de répondre à des marchés publics les entreprises. En effet, il faut que le cahier des charges des collectivités soit adapté aux compétences économiques sur le territoire. Cela demande une grande finesse mais on peut tout faire avec un cahier des charges » Afin d’optimiser l’adéquation entre l’acteur public et l’entreprise, il faut un travail collégial en amont, c’est un peu l’esprit de ce SBA. Rien n’est de trop pour améliorer la situation économique !

Le chemin du circuit court

Sur le thème de l’agriculture, des réunions ont été organisées en sous-préfecture avec tous les acteurs de la grande distribution : »Ils furent très réceptifs à ma demande de réfléchir à leurs achats en circuit court. Certains le pratiquaient déjà mais il existe sur le Hainaut des produits de grande qualité « , conclut-il. Néanmoins, il insiste sur un point très sensible «  il est nécessaire d’acheter au juste prix aux producteurs ! Il y a un prix psychologique pour le client mais en même temps, il y a une véritable responsabilité de la grande distribution à cet égard« .

Outre l’acte d’achat à proximité, il ne faut pas occulter l’attractivité commerciale car la clientèle est sensible à cette démarche. « Valorisez le circuit-court devient un atout commercial pour la grande distribution« , précise Thierry Devimeux.

Dans sa finalité, cette intervention de Thierry Devimeux fait partie d’une logique plus globale encore. En effet, elle est englobée dans la démarche de l’économie circulaire. Un comportement des acteurs économiques, privés ou publics, les incitant à commander, à travailler, à choisir des entreprises locales, du territoire voire de la région. C’est une réduction massive de l’empreinte écologique, une consommation des compétences proches à la fois vertueuse mais surtout judicieuse. Le protectionnisme, c’est dépassé, l’économie circulaire, c’est solidaire !

La NoTRE

Petit à petit, la loi NoTRE tisse sa toile car elle a le mérite de clarifier les choses. On se souvient de l’extrême difficulté de l’ancien sous-préfet Franck-Olivier Lachaud à travers sa volonté de réduire de 11 à 5 syndicats d’assainissement, la réticence des syndicats l’a emporté. Cette fois, la donne a changé l’approche des acteurs concernés… avec la perspective d’une économie importante d’indemnités des élus en 2020.

En effet, la loi NoTRE ramène les compétences assainissement au sein de l’intercommunalité au plus tard au 01 janvier 2020. « C’est possible le 01 janvier 2018 mais, à priori, ce n’est pas l’option retenue par les agglos du Hainaut. Aujourd’hui, ce sont les syndicats qui viennent demander pour des réunions de concertations etc. Nous avons 4 ans pour nous y préparer…« , précise-t-il et cela ne sera pas de trop !

Enfin, il faut rappeler que l’assainissement revient dans le giron de l’intercommunalité tout comme les eaux pluviales en 2020.

Le Canal Seine Nord

« Cette réalisation constitue un enjeu majeur pour cette partie de l’Europe et bien sûr un enjeu essentiel pour l’économie du Valenciennois« . A ce titre, il a été déclaré officiellement que les travaux du Canal Condé-Pommoroeul seraient initiés dès 2016. « Avec l’Etat et la région voire l’Europe, de toute manière ce chantier va démarrer avant la fin de l’année 2016 « , déclare Thierry Devimeux. Sans même l’existence du futur Canal Seine Nord, ce raccourci va éclaircir bien des routes fluviales…

Le chômage

Les chiffres d’avril 2016 sont pour la première fois en amélioration dans le Valenciennois, avec une baisse de – 0,2% toutes catégories et – 2,3% pour les moins de 25 ans. « On observe que le Valenciennois souffre plus que le reste du département. Néanmoins, le Valenciennois ne s’enfonce pas (ou plus)« , souligne Thierry Devimeux. De plus, quelques nouvelles positives ont émaillé ces dernières semaines avec le succès de la K-Zéro chez Sevelnord, l’arrivée de Safran/KLM etc.

Commerce de proximité

La problématique de la crise du commerce de proximité en centre -ville est devenue un phénomène, observé dans de nombreuses villes moyennes, palpable au Tribunal du commerce et visible avec une kyrielle de vitrines vides ! Valenciennes connait de près cette tendance même si toute une série de nouveaux professionnels est venue s’installer. « C’est très compliqué comme sujet. Il faut trouver un équilibre subtil entre le commerce de qualité en centre-ville et des offres complémentaires au niveau de la grande distribution en périphérie. Pour la ville de Valenciennes, je pense qu’il n’y a pas assez de zone piétonne et de parking en ouvrage« , précise-t-il.

L’urbanisme

Le sujet de taille est bien évidemment les différents bâtiments de la caserne Vincent plus le fameux projet de l’Arsenal. « Le contentieux entre la ville de Valenciennes et l’Etat est achevé. Il n’y a plus de litige sur la propriété depuis 12 mois environ sur la caserne« , précise-t-il. Ensuite, cet espace foncier est tellement énorme qu’il sera mécaniquement divisé en plusieurs lots afin de trouver des investisseurs de qualité comme GHI sur le Passage de l’Arsenal ! Si tel était le cas, la rue de Lille pourrait retrouver son lustre d’antan mais cela demande un effort d’imagination certain !

 

Publié par Daniel Carlier le 5 juillet 2016
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Thierry Devimeux « La commande publique locale et citoyenne »
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