Après une première mouture des Faiseux, en avril 2016, une seconde édition s’est déroulée hier soir. Cette fois, le fer était porté sur le chef d’entreprise en difficulté, sa capacité à se relancer après un incident d’entrepreneur, un défi colossal !

Entreprendre encore comme une résilience

ciaL’organisateur, le Conseil de Développement de la Porte du Hainaut sous la houlette de son président Didier Cousin, composé d’acteurs civils , a choisi de traiter ce sujet épineux, un peu tabou, un instant de mal être parmi les autres, celui d’une absence de réussite pour une entreprise. Plusieurs tables rondes édifiantes avec des intervenant(e)s éclairant(e)s, émouvant(e)s, stimulant(e)s car cette thématique de l’échec de l’entreprise, du désarroi du capitaine du bateau cristallise le monde économique. Pour alléger le propos, une pointe d’humour décalée, la soirée était entrecoupée de sketches très inventifs de la CIA (Compagnie d’Improvisation Amandinoise) !

Les mots ont un sens

Même le choix des mots a son importance, certains refusent fermement le terme « échec, c’est un mot que je rejette totalement de mon vocabulaire » , commente une accompagnatrice de l’association « Arcade » venant en aide aux agriculteurs en difficulté. D’autres ne veulent pas entendre… rebondir « on ne rebondit pas,  c’est une nouvelle expérience, en route vers un nouveau projet« , souligne Serge Moreau, président du Tribunal de Commerce de Valenciennes et d’Avesnes. Enfin, Cécile Masson, chef d’entreprise de Caval Kid, clame haut et fort « c’est un incident entreprenarial, pas un échec » !

Marquer au fer rouge

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En premier lieu, la mise en DCP (Déclaration de Cessation de Paiement) débouchant sur une liquidation ou redressement judiciaire vous marque de manière indélébile pour la suite de votre vie professionnelle. Seulement 10 % des entreprises dans ce processus survivent dans le milieu économique : « Les deux lettres RJ (Redressement Judiciaire) collent à la peau. La classification pourrie de la Banque de France tend à vous exclure de tout. Vous pouvez survivre mais sans projet et justement, moi j’ai un projet d’1,6millions d’euros« , poursuit Cécile Masson très pugnace.

L’ancien fondateur de Microco, entreprise informatique reconnue durant 17 ans sur le Valenciennois dans la vente et l’assemblage informatique, a chois la liquidation. « J’ai rebondi comme salarié dans une entreprise belge, on m’a posé une seule question sur le sujet« , précise-t-il. Un recruteur en France serait sans doute plus curieux avec cet insupportable raisonnement latin pensant que votre avenir n’est que le reflet de votre passé de chef d’entreprise.

Pourtant, l’année dernière, vous avez eu 63 000 incidents entreprenarials en France, 63 000 excellentes raisons de penser à soutenir le chef d’entreprise en situation délicate voire dramatique parfois. La détresse et l’isolement du chef d’entreprise sont une réalité de la vie économique française. Le regard, encore aujourd’hui, est négatif en France. Nous sommes loin de l’approche anglo-saxonne où le chef d’entreprise a plusieurs vies, nombres d’expériences, plus ou moins réussies mais peu importe car il demeure un entrepreneur, une femme ou un homme décidant d’entreprendre encore et toujours.

Soutien associatif

Cette édition des Faiseux a eu l’heureuse idée de faire venir deux associations présentes aux cotés du chef d’entreprise, les associations Second Souffle et Arcade.

Christine Lecomte a connu la liquidation judiciaire en avril 2013, 3 mois après, elle a lancé une association sur Lille, Second Souffle, afin de soutenir le chef d’entreprise dans cette situation oppressante, stressante durant laquelle le mot solitude prend toute sa dimension. Gauthier, agriculteur, a livré un témoignage glaçant de la situation d’une incapacité de paiement et de ses conséquences « ne soyez plus seul« , dit-il à l’auditoire comme pour évacuer un passé douloureux. « J’ai pu m’en sortir, ou en cours de l’être, grâce à l’association Arcade« , ajoute l’agriculteur.

Pour l’association Second Souffle, l’avenir se conjugue régionalement « nous déposons, début janvier 2017, les statuts d’une nouvelle entité, l’association Second Souffle des Hauts de France. Le Rotary Club de Lille sera un membre fondateur de cette nouvelle structure. Je lance un appel aux personnes désireuses de s’engager dans la démarche pour lancer une antenne sur Valenciennes« , ajoute Christine Lecomte. Dans cette lignée, elle souhaite également une autre structure sur Arras et sur le littoral.

Intervenant au titre d’un réseau de conseils indépendants RH Partners, Patrice Laplace est également le représentant du Rotary Club de Lille, cofondateur de Second Souffle Hauts-de-France. Il résume la philosophie, la colonne vertébrale de cet engagement « un chef d’entreprise en rupture demeure un professionnel« . On ne perd pas ce statut sur le banc d’un tribunal, certainement beaucoup d’illusions, de confiance mais en aucun cas le droit de remonter la pente…

Demain entreprendre

Cette manifestation a permis de parler ouvertement de la vie du chef d’entreprise, ses écueils possibles, ses enjeux et ses risques. Il ne faut pas oublier les outils de prévention existants comme au Tribunal de Commerce, voire à la CCI Grand Hainaut et osez parler de tout pour vivre une nouvelle expérience… sans crainte !

« La seule chose que nous ayons à craindre est la crainte elle-même », Franklin Roosevelt.

Publié par Daniel Carlier le 9 décembre 2016

Osez entreprendre… deux fois !
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