Une année 2016 riche en émotions pour Francisco Mazurenko. L’artiste sculpteur, philanthrope et passionné, à l’univers poétique flottant entre réalité et onirisme, a récolté des bouquets d’encouragements et cerise sur le gâteau, il vient de décrocher une bourse régionale d’aide à la création pour les artistes plasticiens des Hauts de France.

Un immense amour de la nature et des arbres

«l’arbre fascine, je me demande toujours pourquoi et comment… des réponses me viennent à l’esprit, je traduis un regard, mon regard poétique sur le monde, celui des arbres et des hommes qui portent chacun les marques du temps, de leur environnement. »

Francisco Mazurenko, un air d’artiste, le corps fin, les cheveux bruns qu’il laisse au vent ou qu’il attache, une gentillesse naturelle dont les yeux marron se font le reflet. Ses sculptures en forme d’arbres et d’hommes ont le charme de celles d’Alberto Giacometi, avec un souffle de poésie. Elles portent les doux noms rêveurs d’ Équilibre ou de Légèreté. Il allie avec merveille deux valeurs essentielles, l’espace et le temps. Généreux dans son art et dans la vie, le Roubaisien est connu sur le territoire Valenciennois par ses œuvres mais aussi parce qu’il est modèle, il pose nu, au musée des Beaux Arts de Valenciennes.

Le monde poétique de Francisco Mazurenko.

Pour lui, dans tout, il est question d’équilibre, « je trouve le mien en étant sculpteur mais aussi modèle et jardinier. » Modèle, «je me sens juste matière, une matière habitée de sentiments, voulant juste exprimer ce que cette matière peut évoquer, un peu comme dans le Buto. Sculpteur, « je suis rêveur et me surprend à réinventer un monde, à voir les choses autrement, sous un autre angle, attentif à ce que la matière révèle, à ce qu’elle a à dire». Jardinier, « je sens, je vois les choses dans leur vérité, la nature ne ment pas, elle ne triche pas, elle est tout simplement ce qu’elle est. ». Il ajoute « j’aime ce contact avec la vérité, avec le réel, éprouver la vie, la terre, les éléments et chercher l’équilibre, prendre ce que la nature a à nous révéler».

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L’usage des pierres est très présent dans ses travaux, Francisco aime associer des matériaux naturels à des matériaux de construction, «avec la volonté qu’ils dialoguent entre eux et créent une harmonie de forces et de formes. J’aime la rencontre de matériaux bruts de construction et matériaux naturels glanés ou non, rencontre poétique, manifeste des possibles cohabitations, des êtres, des langages. Le fil de fer pour sa rapidité d’exécution, l’étain me permet de graver dans la sculpture, tel le temps dans l’écorce de l’arbre», confie celui qui est animé de la volonté, de laisser une empreinte poétique du temps dans la matière, mais aussi d’amener le spectateur vers des questions plus philosophiques.

Des interrogations face au monde et un amour de la nature.260 425

On connaît le monde Mazurenko. On sait depuis toujours, cet immense amour de la nature et la permanence de l’arbre dans ses réalisations, « j’explore sa condition sous différentes formes et ne manque pas les allégories de celui ci à l’homme, l’arbre fascine, je me demande toujours pourquoi et comment…??? des réponses me viennent à l’esprit, je traduis un regard, mon regard poétique sur le monde, celui des arbres et des hommes qui portent chacun les marques du temps, de leur environnement. La danse me fascine, j’aime voir les corps bouger, ils m’apparaissent comme des sculptures vivantes, des formes mouvantes, habitées d’énergies, dont le corps dans ces différentes postures et directions. Ils me laissent penser que quelque chose les habite, quelque chose qu’ils ne parviennent à exprimer autrement que par le mouvement…comme si quelque chose voulait sortir et venir former et déformer les corps, comme s’ils se tordaient où bougeaient grâce à cette compression d’énergie libérée par la danse…». Ces arbres poétiques et ses œuvres définissent son interrogation face à un monde en mutation « optant souvent pour un triomphe de la nature à l’image des temples d’Angkor Vat».

Graine semée, arrosée avec passion, récoltée cette année : 5000 € de bourse régionale d’aide à la création pour les artistes plasticiens des Hauts de France. Petite graine pour jolis projets.

Point d’orgue du millésime 2016, une résidence d’artiste dans l’espace public à Grande-Synthe sur le thème de la transition énergétique. Francisco y a réalisé une sculpture monumentale, un arbre, en métal fragmenté en trois parties de cinq à six mètres chacune, agrémenté d’ un jardin tout autour, avec l’aide d’un assistant Raphaël Selame et de tout un staff de la ville de Grande-Synthe, «j’ai inclus des pouzzolanes, roches volcaniques riches en oligo-élément et minéraux, d’une quarantaine de kilos chacune, j’en ai placé deux à trois par structure, avec dessus des végétaux que j’ai glané dans les alentours sur les bords des routes, des trottoirs, autrement dit une flore spontanée déjà présente et vivant dans des conditions difficiles. L’idée étant de ne rien imposer mais de composer avec la nature, anticiper comment l’œuvre, la faune et la flore vont interagir».

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C’est durant ce moment de création intense, que Francisco Mazurenko a renouvelé sa demande de bourse à destination des artistes plasticiens des Hauts de France. Et bingo ! La graine semée est récoltée. Dans sa besace, 5000 € de bourse. De quoi faire éclore de jolis projets. Ça tombe bien, des projets, il en a, forcément, parmi lesquels «réaliser ma première sculpture en bronze ainsi qu’une forêt d’arbres et de danseurs. » Une forêt. Bien sûr. «L’arbre mais aussi l’homme sont des parties de cet ensemble nommé « La nature », il me tient donc à cœur d’exprimer tout mon ressenti par ma dernière production en cours, à savoir: une forêt d’arbres face à une forêt de danseurs. Cette production sera réalisée en grande partie grâce à la bourse d’aide à la création de la région. Par ailleurs j’aimerais et envisage déjà des pièces avec et pour danseurs, autours d’écrits, de poèmes toujours autour de la même thématique à savoir «le fragile équilibre ».

425 260 4Une exposition «Mondes parallèles» encore visible chez «Le Monde Addict» à Roubaix.

Une exposition avec son ami peintre Patrick Desmet, dans un salon de coiffure installé dans une ancienne banque, visible encore quelques jours (jusqu’au 31 décembre) au 80 avenue Jean Lebas. Il explique « notre expo évoque nos deux mondes, deux regards poétiques sur notre existence et ce qui la compose. Patrick Desmet présente ici ses dernières peintures à l’huile et dessins. Des œuvres qui se veulent le reflet de nos joies, nos angoisses, et même nos rêveries où nos états intérieurs se traduisent dans les postures des corps. Pour ma part, j’ai installé mes sculptures comme on écrirait une partition musicale, entre les arbres dans tous leurs états, mes personnages gardiens, danseurs. Je partage ici mon regard poétique sur notre époque et nos mondes intérieurs».

Francisco a son monde, son univers, cependant il est nature et humain, c’est ce qui fait de lui un véritable artiste. Il me l’a toujours dit «le regard de l’autre…les gens vous renvoient ce que vous leur donnez». Brille dans son regard, la passion.  Pour lui, «artiste n’est pas un métier, mais un chemin, le chemin d’une vie et de ce que l’on tente de révéler au cours de celle ci. » On a juste envie de dire encore, car comme le dit si bien Stanilas de Boufflers «la société a besoin de poètes, comme la nuit a besoin d’étoiles».

 

Publié par Celine Druart le 25 décembre 2016
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Francisco Mazurenko où la poésie de la vie.
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