A l’heure des traditionnels vœux de l’an neuf, une chose est certaine : l’année sera politique. Et ça commence vite : le Phénix nous sert sur un plateau, la pièce écrite par Bertolt Brecht « La résistible ascension d’Arturo Ui », mise en scène par Dominique Pitoiset, avec Philippe Torreton, qui va tourner dans toute la France pendant la période électorale.

Philippe-Torreton ( Crédit photo Yannick Perrin)

Une fable poétique écrite en 1941 par Bertolt Brecht comme le témoignage d’un enfant du siècle. Une satire antinazie qui résonne étrangement dans notre époque.

Molière du meilleur comédien en 2014 pour le fabuleux Cyrano de Bergerac, Philippe Torreton redonne la main à Dominique Pitoiset, metteur en scène de La résistible ascension d’Arturo Ui. Ils posent leurs valises remplies de réflexions dans l’Athènes du Nord au milieu d’une tournée dans tout l’hexagone, qui va y allumer des petites lanternes, durant la campagne des élections présidentielles de 2017. La lumière écartera-t-elle assez bien l’obscurité dans laquelle danse la prise de pouvoir d’Hitler ?

Évidemment c’est avec plaisir que nous retrouverons Philippe Torreton sur les planches. Après le triomphe de Cyrano de Bergerac, l’acteur vient faire du remue-méninges, et il est temps. Sur la ligne d’horizon, les présidentielles. Ancien élu de Paris, Torreton est un comédien engagé. Engagé auprès de l’écologiste Yannick Jadot, César et Prix Molière en bandoulière, il a récemment commenté que «l’enjeu culturel est totalement délaissé par ce gouvernement… » mais également «un candidat qui ne place pas l’écologie au centre de son programme pour moi n’est qu’un clown dangereux et pathétique, un irresponsable». Il en est de même de la culture, grande oubliée des programmes… il est urgent d’entrer en campagne pour sa présence dans le débat public !

Une fable poétique qui voit le jour en 1941 comme un témoignage d’un enfant du siècle.

Bertolt Brecht narre la formation d’un dictateur dévoré par sa volonté de puissance. La Résistible ascension d’Arturo Ui fait partie des œuvres majeures du dramaturge allemand, qu’il a écrite en pleine période nazie, lors de son exil en Finlande. Une pièce qualifiée de «farce historique». Avec Arturo Ui, Torreton joue la prise de pouvoir d’Hitler, comme il avait joué Richard III de Shakespeare, alors forcément nos pensées vagabondent sur le chemin qui mène droit aux tyrans de l’Histoire, en passant par La guerre des Deux Roses…Le metteur en scène, Dominique Pitoiset, propose ici une version du personnage en l’immergeant dans notre époque troublée et fracturée. Il se sert du désarroi du peuple pour arriver au pouvoir et dénonce la corruption du système politique en place. Tiens donc. Toute ressemblance avec des faits réels…ne seraient ce pas les manœuvres politiques des partis en place en Europe ? La réalité, la fiction, la réflexion…alors à vous de penser maintenant !

Une plongée aux racines du mal en pleine campagne présidentielle.

Cette satire antinazie résonne étrangement avec l’actualité, avec cette montée en puissance préoccupante du Front National. En 2002 la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour avait été un choc, aujourd’hui quinze ans plus tard, cela n’étonnerait personne et les politiques parlent tous d’un face à face au second tour, avec dans leur besace, l’espoir alors de, peut-être, pouvoir bénéficier du vote citoyen. Peut-être.

Face à un monde rempli d’angoisses, de mauvaises nouvelles, de pression, de crise, d’hypocrisie, de mensonges, de petits arrangements entre amis, etc. A longueur de journée, marinent les informations tristes, sans espoir, transfusant la peur et l’horreur, le bruit et la fureur. Les attentats, l’insécurité, les citoyens assassinés, les entreprises qui ferment, le flux d’informations, fausses parfois, non contrôlées et non vérifiées..les migrants, les rumeurs, les réseaux sociaux qui diffusent des actualités morbides sur la société en un temps record….mais quelqu’un aurait-il la bonne réponse ? Quelqu’un est-il capable de faire naître un « nous » plutôt que des « je ». En attendant face à ce malaise bouillonnant, le vote extrême prend des forces.

Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure et fortuite coïncidence.

Fort de notre préférence pour le théâtre engagé, La résistible ascension d’Arturo Ui, est notre coup de cœur de ce début d’année. Loin d’être qu’une simple dénonciation de l’Hitlérisme, oh que non ! Elle est bien plus que cela, elle propose la nécessité de comprendre les mécanismes qui rendent possible de nos jours la montée des extrêmes.

Forcément, on ne résiste pas à citer un extrait visionnaire du texte de Bertolt Brecht, frappant et bouleversant de réalité «vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds. Agissez au lieu de bavarder. Voilà ce qui pour un peu dominé le monde ! Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut pas nous chanter victoire, il est encore trop tôt : le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde».

Au fait, savez vous pourquoi est elle estimée « résistible »  l’ascension d’Arturo Ui? Tout simplement parce qu’elle l’était. Et personne ne l’a empêchée. On a tous une carte en main… 

La résistible ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht mise en scène et scénographie Dominique Pitoiset, avec Philippe Torreton. Le Phénix, mardi 10 et mercredi 11 janvier.

Publié par Celine Druart le 5 janvier 2017
Dominique Pitoiset La résistible ascension d'Arturo Ui Le Phénix Philippe Torreton
«La résistible ascension d’Arturo Ui», première d’une année politique.
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