A l’occasion de la Journée des Portes Ouvertes de l’ENTE, enseignants, élèves voire anciens stagiaires étaient au rendez-vous, une occasion pour décoder cette formation presque unique en France, sauf Aix-en-Provence.

(Visuel Antoine Meurice, Mathieu Delplace et Aytekin Celik)

Focus sur une Chef de projet

Le champ pédagogique est immense, brûlant d’actualité, et son impact est indéniable sur la pratique d’un professionnel ; voilà cernée rapidement la thématique liée aux enjeux de l’environnement. Telle est la mission quotidienne de Virginie Dolique, chef de projet formation/ développement durable, pas simple et surtout en évolution permanente.

Le déchet

C’est quasi l’enjeu numéro un, avec la gestion de l’eau, car notre société de consommation, si vorace, a besoin de balises incitatives voire signaux curatifs dans ce domaine. «Bien sûr, on tend vers le cycle parfait, la valorisation de tous les déchets où chaque matière connaît une seconde vie. Cela constitue une économie circulaire», explique Virginie Dolique.

Ce programme pédagogique explique la vie du déchet, du recyclage de l’ordure ménagère pouvant devenir le matériau d’une route, l’isolant d’une habitation, des objets du quotidien etc. Et surtout, il va former des futurs techniciens de l’aménagement du territoire à cette sensibilité, tout projet urbain doit penser à la thématique déchet.

L’eau

L’autre bloc de pensée nécessitant une sensibilisation pratique, c’est la gestion des eaux usées et pluviales. Bien sûr, les eaux usées impliquent une pollution et la problématique de la construction d’une station d’épuration ou de tout autre équipement à ce dessin.

«Mon objectif est d’apporter un regard critique sur chaque équipement, chaque mode d’assainissement proposé doit être analysé par le technicien», ajoute Virginie Dolique.

Au niveau de l’eau pluviale, les choses ont évolué drastiquement dans le mode de réflexion. «Aujourd’hui, nous en sommes à regarder où la goutte d’eau tombe ! Le point d’infiltration est devenu central dans la réflexion sur la gestion de l’eau», explique la formatrice. Le temps, des fossés en dur, de la tuyauterie interminable pour amener une goutte d’eau à des kilomètres, est révolu, désuet, et incroyablement peu écologique. Un très bel exemple a été réalisé sur le Valenciennois sur Saint-Saulve. Une avenue majeure de cette commune a été repensée avec des fossés naturels, des espaces gazonnés, des puisards etc. l’eau va vivre et s’infiltrer sur son point de chute. Une conception réfléchie « dans le cadre de la route de l’eau », souligne la formatrice.

Enfin, il faut préciser que l’Europe a imposé, à juste titre, une séparation des tuyaux entre les eaux usées et des eaux pluviales, il y a juste quelques années, surprenant !

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Virginie Dolique

La Biodiversité

Cette thématique est un symbole de la modification des éléments d’analyse d’un aménagement public ou privé. Un dossier ô combien médiatisé comme celui de Notre-Dame-des-Landes où le champ de la biodiversité est l’élément cristallisant.

Cette sensibilisation est indispensable dans le cadre structuré de la Trame Verte et Bleue. «Cela démontre que le projet doit être construit, appuyé sur les deux thématiques que sont l’économie et l’environnement», ajoute-t-elle.

L’événement de ce début d’année 2017 est l’émergence de l’Agence de la Biodiversité. Elle regroupe les anciens organismes : Parcs nationaux de France, l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques,  l’atelier technique des espaces naturels et l’Agence des aires marines protégées. Des agences seront déployées par région et «même si nous avons moins d’espaces naturels que d’autres grandes régions de France, la densité de population exceptionnelle implique des enjeux fondamentaux sur les zones humides à protéger», précise la formatrice.

Energies renouvelables

«En première, chaque année, nous réalisons un voyage d’études sur la commune de Mont-Didier (Somme). Toute la palette des énergies renouvelables est utilisée dans cette collectivité locale. en ce moment, il travaille sur une nouvelle installation de géothermie» , commente Virginie Dolique.

Puis en seconde, il y a une étude plus approfondie sur l’efficacité thermique, notamment dans l’habitat. «Concrètement, l’efficacité thermique, comment fait-on !», explique la formatrice. Le choix des matériaux, l’orientation de la maison, le mode de chauffe et les coûts associés, tout est quantifiable que ce soit pour une maison individuelle ou un collectif, un bâtiment public ou une entreprise.

La problématique, en 2017, est le surcoût d’une construction en mode développement durable malgré des aides, très ciblées, relatives à tel ou tel équipement. Il est nécessaire de réfléchir à un coût de construction, son usage et son impact écologique.

Agriculture

Sujet moins prégnant que d’autres sur cette thématique, pour autant, le volet environnemental concerne de plein fouet le monde agricole. Le vote des nouveaux SCOT sur les différents territoires a marqué une réduction significative des zones urbanisables. Toutefois, la pollution des sols, dans la pratique de l’agriculture intensive, constitue une véritable préoccupation du XXIème siècle.

Les SCOT vont mécaniquement impacter les nouveaux Plan Locaux D’Urbanisme Intercommunaux. De facto, les stagiaires de l’ENTE doivent être sensibilisés à cette échelle des règlementations, la tutelle concernée, et surtout l’impact écologique sur la durée !

Voilà, un panorama, non exhaustif, qu’une chef de projet sur la thématique du développement durable doit baliser pour les futurs techniciens formés à l’ENTE.

Et l’avis des anciens stagiaires de l’ENTE

Trois jeunes, Antoine Meurice, Mathieu Delplace et Aytekin Celik, passés par la nouvelle filière ouverte aux civils au sein de cette école d’Etat, reviennent sur leur vécu durant ces 2 années de formation à l’ENTE.

Deux ans de formation, c’est peu et énorme en même temps. Pour Antoine «ce fut un apport fondamental sur la compréhension des métiers de l’environnement et du logement, une connaissance des risques, des techniques, des milieux naturels et de la sociologie», explique-t-il. En effet, il ne faut jamais occulter un des piliers du développement durable, le social. Ce paramètre est le plus certain, en mouvement perpétuel, dont la porosité est reconnu avec toutes les autres thématiques.

Pour Mathieu, la plus-value de la formation au sein de l’ENTE, ce sont «les cas d’études, avec des propositions d’aménagement de territoire». Le volet pratique, la concrétisation d’un choix d’aménagement constitue un point fort «nous sommes allés au contact de certaines collectivités locales comme Famars, Anzin, Quiévrechain et Aulnoy-lez-Valenciennes, mais également à la découverte d’un éco-quartier dans le Douaisis».

Enfin, pour Celik, «je suis passé par l’IPAG, c’est un cursus extrêmement théorique. Par contre, la formation au sein de l’ENTE est très pratique, elle a même cette double culture public/privé». C’est un point clé car «en seconde année, nous sommes mélangés avec les stagiaires fonctionnaires sur certains cours. Parfois, il y a une différence d’âge importante, et nous échangeons beaucoup, expériences, nouvelle vision de l’aménagement du territoire…», ajoute-t-il.

Résumer l’aménagement de territoire en quelques mots, voilà le défi lancé aux 3 anciens de l’ENTE :

« Aspect Humain »

« Art du compromis »

« Adaptation des discours et vulgarisation pour les élus »

« Sociologie du risque »

« Centrer le projet sur la problématique des citoyens »

« Le développement durable au coeur du projet, énergie, accessibilité »

« La gouvernance, le 4ème pilier du développement durable »

Ces flèches verbales résument avec justesse une nouvelle donne dans l’aménagement du territoire, la transversalité des thématiques va conditionner un projet, une implantation, le visible n’est pas forcément plus essentiel que l’invisible, l’impact humain, l’environnement immédiat etc.

L’habitat est une illustration parfaite de ce supplément «un bailleur social doit aller plus loin que son obligation légale. Notre rôle est de lui démontrer que ce n’est pas une contrainte au final», lance un ancien stagiaire de l’ENTE.

Chacun de ces 3 anciens stagiaires a pris une direction professionnelle différente, collectivité territoriale, entreprise privée, contractuel ou fonctionnaire, les champs du possible sont nombreux… après l’ENTE !

Publié par Daniel Carlier le 27 janvier 2017
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ENTE, une formation écologique et sociétale
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