14 spectacles en 4 jours dont 10 créations. Un thème qui croise esthétique et enjeux politiques sur fond de sensibilité poétique, pensées, réflexions sur le « bien commun ». Le Phénix, scène nationale, a tissé des liens avec des scènes plus petites mais joliment brillantes. Du 28 février au 03 mars, notre bien commun est, sera et restera la culture !

Festival dédié à la création contemporaine, le Cabaret de curiosités, réunit chaque année des artistes venus des arts vivants et des arts visuels sur des thématiques différentes. En 2017, main dans la main, Le Phénix, le 232U, théâtre de chambre, à Aulnoye-Aymeries, La chambre d’Eau à Le Favril, le Boulon, l’Espace Pasolini, l’H du siège et les Nymphéas d’Aulnoy-Lez-Valenciennes, ont sorti du chapeau « le bien commun ».

En ces temps, ou la division règne sur l’unité, où le monde change, où le développement du numérique va vite, très vite, où les ressources naturelles deviennent limitées, le thème du bien commun prend tout son sens. Mais qu’est ce qu’un bien commun ? « De nombreux artistes réfléchissent à cette question, nous les avons regroupés. Cette collaboration avec différents lieux artistiques crée une résonance plus forte », annonce Romaric Daurier, le maître du Phénix, qui explique ce choix «  l’idée est née à l’issue d’un travail sur la démocratie, sur la notion de ce qui détermine un espace public, espace commun. On parle de la culture comme un bien commun, mais ce n’est pas le seul, l’écologie, l’eau, les savoirs…le sont. C’est une notion transversale qui pose la question dans un monde limité, aux ressources naturelles rares, que va-t on garder comme commun ? ». Il ajoute « traiter un bien commun comme un bien privé conduit à sa réorganisation. Dès lors se pose la question de sa régulation, cristallisant de nombreux enjeux juridiques, politiques, intellectuels, économiques…et bien sûr artistiques ».

La culture comme bien commun, ô que oui, c’est une évidence. Ça l’a toujours été, mais force est de constater, malheureusement, que la culture est une grande absente des programmes de la campagne électorale.

De l’importance du partenariat entre structures.

Elles sont des havres de paix ces petites structures, dans le fin fond de la campagne, « si toutes ces structures n’existaient pas, il n’y aurait rien . Il est important pour la maison Phénix d’accompagner les petites structures… », note Romaric Daurier. Un ancien moulin, La chambre d’eau à Le Favril, implantée en Avesnois, pour la première fois le 232U théâtre de chambre à Aulnoye-Aymeries est une ancienne gare de triage, un dépôt où étaient réparées des locomotives à vapeur, dont l’ultime, «  la divine » qui portait le numéro qui lui donne son nom : 232U. Fortes de leur histoire qui fait leur charme si différent les unes des autres, ses structures mettent en dialogue les cultures. «  Nous avons des modes de fonctionnement divers, cela crée un tissu riche et fort qui se met en interaction. », note Christophe Piret, le directeur du 232U, chez qui Julien Gosselin a répété de très très très nombreuses heures et qui est visiblement très heureux de cette aventure humaine. Les rails sont posés, les flux sont possibles, les publics se croisent, ils circulent…librement…

4 jours, 14 spectacles, où l’importance de faire voyager.

Quoi de mieux que « la divine » pour embarquer ? Zoom sur un spectacle hébergé au 232U : ZVIZDAL, par le Collectif Berlin. Une performance théâtrale sur multi-écrans qui traite d’un sujet poignant, une immersion dans Tchernobyl avec « une poésie très forte, un beau voyage avec une force poétique puissante », précise Christophe Piret. Conçue, produite et réalisée par le collectif Berlin avec Cathy Blission, journaliste, dramaturge et auteure, qui lors de son passage à Télérama, s’est spécialisée dans les reportages sur la création contemporaine mélangeant disciplines scéniques et autres arts visuels. En Ukraine, près d’un millier de personnes sont retournés vivre sur les terres contaminées de la zone interdite qui ceinture la centrale nucléaire de Tchernobyl. Appelés les samosiols, littéralement « ceux qui sont de retour », Pedro et Nadia, 80 ans passés, ont refusé de partir, ils sont les deux seuls habitants d’un village fantôme. Zvizdal est décrétée impropre à la vie humaine. Pedro et Nadia, sont toujours là, seuls, au cœur d’une forêt qui gagne du terrain, filmés durant 4 saisons de 2011 à 2016, là dans un monde hors du monde.

Puis Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute, mise en scène par Rebecca Chaillon, par la Cie Dans le ventre, 11 filles sur scène pour un match de football de 45 min, enfin un match un peu particulier, «  l’occasion de causer trans-genre, liberté, remise en question, etc. elles sont 11 sur un plateau, une équipe de football, avec même des anciennes joueuses de l’OL. ».

@FrédéricIovino

@FrédéricIovino

Membre du pôle européen de création, Rebecca Chaillon, sera suivie par Rodrigo Garcia, le metteur en scène espagnol, figure majeure du théâtre européen, qui lui prodiguera de précieux conseils. Rodrigo Garcia viendra également poser son regard sur Julien Herrault, plasticien performer , qui va parler de matérialisation de l’intime, du corps… Après une rupture amoureuse, Julien entame un voyage initiatique, et vit une profonde solitude. On the road. L’Angleterre puis l’Islande. L’inconnu. Se perdre pour mieux se retrouver… De retour en France, il se posera sur Paris où il se concentrera dans un travail sur le dévoilement de soi. Sur une musique d’Esteban Fernandez, Will I see you again, est accompagné par l’intime Espace Pasolini. On a déjà hâte.

Petit tour des spectacles

La chambre d’eau à Le Favril, accueille Julien Poidevin, Crossing wave, un travail sur le son. « Notamment son interaction avec la matière, Julien a mis au point un logiciel qui émet des basses fréquences, les impacts de ces basses fréquences sur l’eau. La propagation, les formes produites par l’eau seront captées par la caméra puis seront projetées dans l’espace. », explique la maîtresse des lieux, Alice Canelle. Il n’y avait pas de lieu plus approprié que cette chambre d’eau, basée au moulin des tricoteries, au fond de l’Avesnois, là où l’eau est constamment présente. Cela promet une jolie résonance vibratoire.

Les Nymphéas à Aulnoy-Lez-Valenciennes, accueillera D comme Deleuze de Cédric Orain, membre du pôle européen de création. Un hommage à Gilles Deleuze dans une conférence un peu particulière. Basée sur l’Abécédaire de Deleuze, ce spectacle est en sorte une initiation à la philosophie.

Au Boulon, la gâchette du bonheur, regroupe 20 jeunes adultes du valenciennois, mixés avec des jeunes issus de situations sociales difficiles sur la question « quelle est votre vision du bonheur ? »

Enfin à la maison mère, au Phénix, ce sera L’amicale de Production, on traversera le pont une fois rendus à la rivière., Antoine Defoort et Cie font causer Fiction, Réalité et Ergonomie dans une grande salle vide équipée de micros. Sarah Vanhée, avec Oblivion, s’est amusée à collectionner tous ses déchets. Chaque objet raconte une histoire. Consommation, destruction, de toutes ces ressources que l’on jette mais qui nous ont traversé.

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Focus sur les Pays-Bas avec 3 spectacles

Pourquoi les Pays-Bas, Romaric Daurier explique «  sur cette question des droits communs, beaucoup de démarches artistiques ont interrogé cette question du bien commun. ». Trois spectacles, trois artistes Néerlandais jamais venus en France. Stranger, d’Emke Idema, est un jeu théâtral à taille humaine, qui fait réfléchir sur le délit de faciès, sur le jugement basé sur les apparences. Prins of Networks, est une installation de Rodrigo Sobarzo de Larraechea, avec la création d’un éco-système autonome, un monde miniature. Let’s do it ourselves, du collectif Wunderbaum, projet participatif avec 20 valenciennois, sur la fin de l’ Etat providence et à l’aube de la société participative. Un road movie théâtral qui fait la part belle aux initiatives collaboratives.

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Rencontre pro : une Première édition à Valenciennes  le 1er mars, un dialogue entre chercheurs et artistes

 En parallèle au Cabaret de curiosités est organisé une journée d’étude avec l’Agence Nationale pour le Recherche qui supervise les projets de laboratoire. Cette rencontre avec la culture a lieu à Avignon d’habitude, et bien cette année, ce sera à Valenciennes ! Sous forme d’un dialogue entre chercheurs et artistes sur la notion de bien commun. Environnement, ressources naturelles, accès aux biens élémentaires comme le logement, l’éducation ou l’eau, la protection sociale, l’aide aux personnes vulnérables, la participation citoyenne…Chaque intervention d’un chercheur sera mise en résonance avec celle d’un artiste présent. Autour de la table, seront présents, Fabien Locher, historien au CNRS et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHEES), spécialiste de l’histoire de l’environnement du XVIIIème siècle à nos jours. Claire Lévy-Vroelant est professeure de sociologie à l’Université Paris 8 Vincennes St Denis, spécialiste de l’habitat et de la ville abordés au travers des politiques de logement et des politiques sociales, des migrations et des solidarités ordinaires. Emmanuelle Ferragina est sociologue à Sciences Po Paris et membre associé au Département de « Social Policy and Intervention » de l’Université d’Oxford. Et Pierre Sauvêtre, sociologue à l’Université Paris Nanterre et membre du laboratoire Sophiapol (Laboratoire de sociologie, philosophie et anthropologie politiques).

L’occasion de refaire le monde en mélangeant nos cultures, nos idées du bien commun. Une chose est sûre, la culture en est un. Il apparaît même indispensable de la renforcer en tant que ressource durable. ..

Publié par Celine Druart le 12 février 2017
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Cabaret de curiosités : un brainstorming sur le bien commun.
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