L’inquiétude des commerçants de proximité sur la commune de Condé-sur-l’Escaut s’affiche de plus en plus. Après une apparition remarquée au Conseil communautaire de Valenciennes Métropole, le monde du commerce a organisé, ce mardi 27 juin, une journée commerces morts, une préfiguration si rien n’est fait ?

David Lemoine :  » Cette journée exprime un raz-le-bol, il n’y a eu aucune concertation avec les commerçants ! »

Sur la Place Delcourt, le coeur battant de la commune, les commerçants se sont mobilisés pour exprimer le trop plein d’anxiété. Pour formaliser plus encore cette journée revendicative, les rideaux des commerces étaient baissées, mais surtout visuellement en danger de mort… ! La zone de stationnement bouclée, inaccessible pour « montrer au maire comment il devra faire après les travaux« , commente Valérie Candeago, la présidente de l’union des commerçants de Condé-sur-l’Escaut. Orateur du message dans l’hémicycle de Valenciennes Métropole, David Lemoine, restaurateur, résume cette initiative :  » Cette journée exprime un raz-le-bol, il n’y a eu aucune concertation avec les commerçants !« .

Concrètement, le monde du commerce voit arriver avec effroi la prochaine requalification urbaine PNRQAD (Programme National de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés) dans le centre-ville. Ce chantier est  financé par un fonds d’Etat, mais la conduite de celui-ci est dévolu à l’intercommunalité de Valenciennes Métropole, dont le président est Laurent Degallaix, également maire de la commune de Valenciennes. Le bémol n’est pas la rénovation urbaine de la commune, mais le tempo choisi, la très très faible concertation, voire l’absence d’un parking de délestage etc. ( à cette heure) etc.

Le PNRQAD a été signé en faveur de 5 communes du Valenciennois. Sur le centre-ville de Condé-sur-l’Escaut, 4 îlots sont prévus dans ce programme de travaux, celui de la Vieille Poste Place Delcourt, la Place Delcourt elle même, celui de l’ancien Mag rue Gambetta, et celle de la Place Rombault. Au niveau stationnement, le compte est déjà fait  » nous perdons environ 30 places de stationnement entre aujourd’hui, et après les travaux. Un parking de délestage avait été promis au premier semestre 2017, on attend toujours« , ajoute la présidente de l’Union commerciale locale

Ce projet PNRQAD est issu de la loi du  25 mars 2009. Cette dernière fixe ce programme pour une durée de 10 ans, et de fait devrait s’éteindre le 25 mars 2019, en fichier la loi PNRQAD du 25 mars 2019 (ci-joint) + une note de présentation du PNRQAD (ci-jointe) dont la dernière phrase en fin d’article est éclairante « Une clause de dégagement d’office en cas de non respect du calendrier figurera dans les conventions« .. avec les territoires !

Est-ce que cette date doit marquer la fin de chantier, des OS (Ordres de Services) signifiant concrètement l’engagement financier, ou autres formalités administratives du maître d’oeuvre…,, c’est le flou artistique pour les commerçants. Aucune information précise n’a été exposée au monde économique de la commune. Par contre, le parlement peut tout à fait modifier le modus operandi du PNRQAD.

        » Nous voulons des réponses à nos nombreuses questions ! », Valérie Candeago

nonvertiLa commune de Condé-sur-l’Escaut a un potentiel patrimonial indéniable, sa rénovation lourde n’est pas contestée sauf que  » le manque de concertation a radicalisé les positions. Il n’y a pas eu un cette coordination avec les commerçants. Pour autant, nous ne sommes pas contre des projets de développement d’une commune« , indique Guy Paul Simon, le président de la FTIAVAL (Fédérations des Unions du Commerce dans le Valenciennois…).

C’est là où le bât blesse. Même si le maire a indiqué qu’il avait reçu à 4 reprises les commerçants pour présenter ce projet, cela ne convient pas aux commerçants !  » Les visuels d’architecte, cela suffit. Nous voulons des réponses à nos nombreuses questions, du concret, une connaissance du phasage. Nos réunions ont été totalement stériles. En fait, notre impression est que Grégory Lelong ne maîtrise rien du tout« , s’exclame Valérie Candeago.

Techniquement, quel sera le timing de ce chantier perturbant pour le commerce local , » Si tout est en même temps, ce ne sera pas 12 mois de travaux, mais 18 mois, voire 24 mois. Des chantiers, on sait toujours quand ils commencent, jamais quand ils se finissent« , ajoute la présidente de l’union du commerce de Condé-sur-l’Escaut.

« Quand on ne joue pas sa croûte, on ne mouille pas sa chemise… », Valerie Candeago.

La présidente présente les signataires de la pétition

La présidente présente les signataires de la pétition

L’UC de Condé-sur-l’Escaut a travaillé avec des exemples concrets sur l’impact de 12 mois de travaux sur l’économie locale.  » Je rappelle que le commerce du centre-ville se remet doucement des travaux du tramway. Là, un banquier, membre de notre UC, a fait une simulation avec 5 bilans de commerces condéens de 200 000 € à un million d’euros de chiffre d’affaire. Avec une baisse de 20% de l’activité durant 12 mois, votre dossier est dans le rouge. Les banques ne suivront pas plus de 3 mois. Toutes les catégories professionnelles nous soutiennent, même les professions libérales très conscientes du problème. Elles seront atteintes comme les autres« , explique la présidente de l’UC, en connaissance de cause car elle au quotidien pharmacienne rue Gambetta.

Malgré nos demandes pour montrer au maire de Condé-sur-l’Escaut ces résultats concrets, il n’est jamais venu. De fait, elle fustige le peu de dialogue, et d’implication des élus en charge du dossier, comme celui dédié au commerce « quand on ne joue pas sa croûte, on ne mouille pas sa chemise…« , assène la présidente de l’U.C.

Cette dernière aborde également la problématique de la nouvelle zone commerciale à l’entrée de ville. «  Dès le mois de septembre, une petite zone commerciale va voir le jour. Une boulangerie Louise, un fleuriste, un boucher… est-ce nécessaire de concurrencer les professionnels existants. Le maire nous indique qu’il ne peut rien faire. C’est faux, la maire de Le Quesnoy fait tout pour retarder cette échéance avec Louise, et il n’est pas impossible qu’elle arrive à ses fins ». Par contre, il faut préciser que la Loi NOTRE, appliquée en 2016,  a transféré la compétence urbanisme au sein de l’intercommunalité, c’est une nouvelle donne au niveau du permis de construire, qui de fait n’est pas l’apanage de la commune.

La commission d’indemnisation…. un  seul être vous manque !

Vendredi dernier, le Conseil communautaire de Valenciennes Métropole a validé la création d’une commission d’indemnisation. Certes, elle sera composée de membres très compétents, des magistrats, de la finance publique, de la CAVM, de la ville, sauf qu’il manque « un membre de l’union du commerce de Condé-sur-l’Escaut. C’était une promesse de Grégory Lelong, nous avons appris à la dernière minute cette installation vendredi dernier« , ajoute-t-elle. Dès le démarrage du chantier  » Valenciennes sera très loin une fois les trous devant nos commerces« .

Annie Denis, co-présidente de la FTIAVAL, conforte ce propos  » il est anormal qu’aucun représentant de l’union du commerce ne soit présent dans cette commission d’indemnisation« .

Fort de l’expérience sur la ville de Valenciennes, et de ses « Grands travaux« , il faut rappeler quelques principes de base. Tout d’abord, les premiers coups de pioche sont toujours dédiés aux travaux de l’usine urbaine enterrée. En l’occurrence, ce sera l’assainissement dont le traçage est déjà visible sur les trottoirs du centre-ville… Ensuite, jamais un commerçant ne pourra être indemnisé pendant l’inaccessibilité, ou très relative, consécutive aux travaux d’un intervenant régalien, comme ERDF, GRDF, le SIAV…, c’est la règle qui s’impose partout en France. De plus, la période indemnisable est tributaire des arrêtés municipaux qui vont baliser les zones impactées par les travaux. L’arrêté municipal constitue le document cadre tangible sur lequel s’appuie la dite commission. La latitude est le jugement d’une inaccessibilité ou pas. En clair, un chantier dans la rue voisine, à 100 mètres de votre commerce, peut concrètement vous affecter commercialement, sans toutefois une inaccessibilité pour le commerçant stricto sensu. Tout se négocie en amont. Ensuite, la liste des commerçants morts, voire très affectés économiquement, fut impressionnante sur la ville de Valenciennes. Jamais une indemnisation n’a sauvé un commerçant, tout juste regonflé trop tardivement une trésorerie, voire permis de rembourser des lignes de crédits etc. En l’espèce, face à un commerce condéen en convalescence, le dommage direct pourrait être sanglant.

Enfin, une pétition a été lancée afin de soutenir les commerçants du centre-ville de Condé-sur-l’Escaut. Près de 2 000 signataires déjà  » qui pourraient être des électeurs également sur cette commune« , ajoute la présidente de l’UC.

Les manifestants commerçants ont contacté à de multiples reprises Grégory Lelong durant cette journée.  » Finalement, nous avons été reçus par le maire, rien de plus n’est ressorti de cet entretien« , indique Valérie Candeago.

Sur Valenciennes, Dominique Riquet avait promis pendant les travaux  » du sang et des larmes  » aux commerçants de Valenciennes. Sur Condé-sur-l’Escaut, on peut envisager en l’état actuel du dossier – Condé, ville sans un commerçant- pour le chef lieu du Pays de Condé.

Publié par Daniel Carlier le 27 juin 2017
Condé-sur-l'Escaut David Lemoine Grégory Lelong Valérie Candeago
Valerie Candeago « le maire de Condé ne maîtrise rien du tout »
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