Dernier échange avec la presse locale, Thierry Devimeux a évoqué son bilan durant 2 ans et 4 mois. Le 18 janvier 2018, le nouveau préfet sera sur le sol de Saint-Pierre et Miquelon pour exercer ses nouvelles fonctions.

Sécurité, politique sociale, violences conjugales, commande publique, Unesco…

Arrivé le 11 septembre 2015, à la veille du grand week-end de la Braderie et du Tour du Saint-Cordon à Valenciennes, Thierry Devimeux est resté deux ans et 4 mois sur l’arrondissement du Valenciennois. Certes, le temps est court, mais ce territoire de 350 000 habitants est suffisamment riche en items puissants pour occuper l’Etat de proximité à forte dose.

La Sous-Préfecture de Valenciennes est dans le Top 10 en France.

Toutes les thématiques sont le plus souvent hors-norme à la lecture des chiffres « sur un territoire de la taille d’un département. De fait, nous avons tous les services de l’Etat. Nous avons donc une véritable force de frappe. De plus, ce territoire a l’habitude de travailler ensemble, c’est sa caractéristique », souligne Thierry Devimeux.

Son premier sentiment à la veille de son départ est « mitigé, entre blanc et noir, une véritable fragilité de ce territoire, et de très beaux fleurons. Le Valenciennois est une terre de contraste, mais il a une véritable capacité de réaction, un vrai resort avec des élus qui se battent. C’est intéressant pour un Sous-Préfet, car il y a des projets, du répondant, du débat, mon rôle est d’accompagner les envies… »… et en même temps «  la population est un peu fataliste. Parfois, elle fait de l’autobashing ! ».

La sécurité pour tous

La sécurité des biens et des personnes, c’est le sujet régalien par excellence. « C’est aussi l’affaire de tous. Les collectivités locales prennent conscience du problème avec notamment la plus grande coopération avec la Police Nationale, le développement de leur Police Municipale, sur Denain, sur Vieux-Condé, sur Marly, mais également sur Valenciennes avec le Centre de Supervision Urbain. La véritable révolution, ce sont les caméras de vidéo-surveillance avec des images de très grande qualité », indique Thierry Devimeux. Dans cet esprit de la sécurité pour tous et partagé par tous avec « 53 conventions de participation citoyenne sur 82 communes sont en vigueur sur le Valenciennois« , ajoute-t-il.

Parmi les éléments de sécurité, le versement de l’argent public est une base, et notamment les fameuses prestations sociales dans le respect des règles. « J’ai mis sur pied un CODAF pour lutter contre la fraude aux prestations sociales. D’abord sur le sud du département, il s’est étendu. Sur ce secteur, il était principalement sur le Denaisis. Au bout de 18 mois, nous avons solutionné le problème sur ce secteur avec la suppression de 1 200 personnes bénéficiant de prestations sociales frauduleuses. Les fraudeurs ne les touchent plus, voire sont partis. Au niveau du Nord, via ce CODAF, c’est un million d’euros par mois qui ne sont potentiellement pas versés. Ce fut une très belle opération collective (justice, services de l’Etat, CAF, RSI…). Je remercie notamment la CAF et le RSI pour l’expertise de leurs fichiers. J’ai pu présenter ce dispositif à Bernard Cazeneuve, il est aujourd’hui reconnu avec une prise de conscience et un groupe de réflexion au niveau national ».

Dans cet esprit, l’ancien Sous-Préfet de Valenciennes a fait « contrôler tous les chantiers de BTP afin de vérifier les salariés détachés légaux ou pas ». La nouvelle carte numérique délivrée, depuis le 01 janvier 2017, aux salariés détachés légaux aide grandement à cette mission.

Enfin, la thématique des gens du voyage demeure prégnante sur le Valenciennois. « Les communes ne respectent pas le schéma territorial. Même si nous avons eu deux ouvertures récentes sur Wallers et Onnaing, 50 places au total, il manque toujours des places. Cela constitue un sujet de crispation dans les collectivités locales », précise Thierry Devimeux.

Politique sociale de l’Etat

Sur un territoire fragile, dont la précarité demeure malheureusement un marqueur fidèle du Valenciennois, la politique sociale constitue un pilier du quotidien. A ce titre, compte tenu de la densité de population, et des chiffres hors-norme sur le volet social, des expérimentations trouvent souvent asile sur cet arrondissement, terre de l’ANRU !

Les violences conjugales « constituent un véritable fléau sur ce territoire, le plus souvent sur fond d’alcool. A ce titre, j’ai renforcé nos moyens en doublant le financement de la capacité d’hébergement en faveur des femmes battues. Pour ce besoin en urgence, nous avons 6 appartements, via des structures comme Prim’Toit, que l’Etat finance à 100 % ». Ensuite, l’accueil des plaignantes est véritablement le premier sas d’entrée pour une parole libérée. Là encore, les progrès à réaliser sont immenses. « J’ai sensibilisé tous les services concernés à l’accueil de ces personnes »… Et bien sûr, la réponse pénale doit être à la hauteur « fort heureusement, l’ancien procureur comme le nouveau sont très punchy sur le sujet, ils tapent forts », mentionne le Préfet de Saint-Pierre et Miquelon.

Il faut mentionner d’excellents acteurs de terrain sur cette thématique comme l’AJAR. Cette dernière travaille en lien étroit avec le TGI de Valenciennes.

Jeunes en errance

Autre volet social dramatique au sein de cet arrondissement, la thématique des jeunes en errance (16-25 ans) est de plus en plus lisible, même si cette population se met à l’écart de tout. « Il faut tout faire pour les sortir de la rue le plus rapidement possible. Dès la composition du 115 par un jeune, il faut le prendre en charge pour un hébergement, mais surtout lui proposer un parcours professionnel ». Dans cette optique, un recrutement est en cours « au titre de coordinateur/emplois/formation », précise Thierry Devimeux.

Le décrochage scolaire

Presque en amont de la thématique précédente, le décrochage scolaire est un facteur majeur de précarisation d’une population. « Dans le Valenciennois, nous avons près de 10 000 jeunes sans emploi. Nous lançons une expérimentation avec le centre de formation de MARLY, dans le BTP. Dix jeunes ont été repérés, et identifiés selon les enseignants comme des futurs décrocheurs. Ce dispositif implique  10 professeurs référents, et 10 chefs d’entreprises avec un rôle de parrain, de coach », souligne Thierry Devimeux. Cette expérimentation est en vigueur depuis novembre 2017, résultats à suivre de près… !

La micro entreprise d’insertion

Toujours à destination d’une population jeune, l’idée est la mise en place d’une entreprise d’insertion. « En lien avec les Missions Locales, une entreprise d’insertion pourrait voir le jour avec une prise en charge pendant un an », précise-t-il.

L’ensemble de ces actions sera financé via la Politique de la Ville, la seconde phase de la Garantie Jeunes (du 01 janvier 2017), et plus globalement « j’ai récupéré tout ce qui était possible en terme de financement, je prends tout ce qui passe afin de mettre en ouvre ces politiques publiques».

Les réfugiés et les migrants

Sujet totalement épidermique au sein de la région des Hauts-de-France, et pourtant cette thématique s’est déroulée dans la plus grande sérénité sur le Valenciennois. « J’ai pensé que le Valenciennois ne pouvait pas rester à l’écart de ce problème. Le tout est de bien mesurer la capacité d’absorption d’un territoire. Je n’ai rien fait sans l’avis des maires. Certains ont refusé l’arrivée de migrants, voire réfugiés, je n’ai rien imposé à ces derniers », déclare Thierry Devimeux.

De manière factuelle,  70 réfugiés (avec de fait un statut et des droits) sont arrivés depuis mars 2017 jusqu’à aujourd’hui. « Ce sont principalement des Syriens. En lien avec les bailleurs sociaux, nous avons trouvé des hébergements. L’UVHC a proposé des cours de Français », poursuit-il.

Ensuite, des migrants sont présents sur le Valenciennois. « Une cinquantaine de personnes bénéficient d’un hébergement provisoire dans un local entre Trith-st-Léger et Valenciennes. Nous sommes dans la mise à l’abri pour l’hiver de ces familles ou personnes seules. Ensuite, certains repartiront vers l’Angleterre ou demanderont un statut de réfugiés. Tout se passe sans aucun problème. Ils ont même été invités à voir un match du VAFC ».

L’économie et la commande publique

Certes, le Valenciennois est une terre industrielle avec des totems comme l’automobile et le ferroviaire, mais également une terre de projets avec des commandes publiques nombreuses. Outre le chantier passé de la Cité des Congrès sur Anzin, rien que les 3 prochains complexes aquatiques sur Valenciennes, Denain, et Trith-st-Léger vont générer une commande publique forte.

Bien sûr, en filigrane, sur l’item de la commande publique locale, les réponses des maires reviennent en boomerang avec les baisses des dotations de l’Etat…, ce qui incite le Conseil municipal à choisir le moins coûtant dans un marché public. « Cela constitue la réponse habituelle des maires. Je réponds que compte tenu que cet argent public est extrêmement rare, il doit impérativement bénéficier d’un impact maximum dans l’économie locale. Sinon à quoi sert-il ? Il faut faire une commande publique intelligente, vertueuse. Le code des marchés publics le permet, faut-il encore le maîtriser», s’exclame Thierry Devimeux.

Bizarrement, ce sujet « n’était pas prioritaire chez les élus, une thématique quasi inexistante. J’ai donc voulu faire le buzz sur cette problématique. J’ai mis en place un observatoire du Grand Hainaut de la commande publique locale, organisé des conférences avec les élus et techniciens des collectivités afin de sensibiliser ces acteurs locaux », précise Thierry Devimeux.

Ensuite, le passage de Thierry Devimeux a été marqué par la mise en fonction de cet échangeur A2/A23, lancé par Franck-Olivier Lachaud, un dossier revenu des tréfonds dont on mesure le bénéfice aujourd’hui.

Autre vieux dossier au fond du carton, la ligne ferroviaire Valenciennes/Mons serait en voie de résolution. « Les belges ont (enfin) validé le financement de leur partie. Du coté français, nous sommes prêts sur 80 % du trajet, il reste la partie de chez Bombardier à la frontière »,précise-t-il.

Enfin, sur le transport fluvial, le futur curage du Canal Condé-Pommeroeul est acté dans sa phase dossier. « Concrètement, les travaux interviendront en 2019 pour s’achever en 2021. Pour le Valenciennois, les priorités sont la liaison avec le port du Dunkerque et cet axe Condé-Pommeroeul. Le Canal Seine Nord est un autre dossier car le Valenciennois est sur le tracé, mais il ne constitue pas, dans l’immédiat, un sujet vital pour cet arrondissement », précise Thierry Devimeux. On sent tout de même le poids de l’indécision opérationnelle pour lancer ce chantier titanesque dont sa conclusion sera au détriment de l’activité du Port du Havre. Dominique Riquet, député européen, évoquait, en décembre dernier, les réticences de tous les acteurs économiques de ce territoire du Havre vis à vis du CSNE. Puisque tout est dans la préparation du dossier, on peut dire que celui-ci ne rentre plus dans les priorités du moment, sans doute que l’approche électorale va faire resurgir un beau plan com sur le bébé CSN… !

L’Unesco

Très présent sur cette thématique, Thierry Devimeux fut le premier acteur sur cette thématique de l’UNESCO dans le Valenciennois. « Nous avons été très surpris (en famille) par un territoire ou le label UNESCO était attribué depuis le 01 juillet 2012, et pourtant complètement invisible »,indique Thierry Devimeux.

A son tableau de chasse, l’ancien Sous-Préfet a mis en place des panneaux autoroutiers avec un esthétisme certain, des tramways customisés avec le rappel de l’UNESCO, mais également thématisés selon les patrimoines miniers, des bus de l’entreprise Place/Voyages, et enfin la signalétique de proximité nouvelle technologie au sein des communes concernées sur les deux intercommunalités, pas mal en 28 mois…, un action saluée par l’association MBM (MissionBassin Minier).

« Ce territoire recèle certains patrimoines universels. Par exemple, Condé-sur-l’Escaut est une ville magnifique au niveau patrimonial, vous passez du Xème au XIXème siècle. Les élus n’ont pas conscience de cela. A l’entrée de la France, elle pourrait constituer un élément d’attractivité ! », conclut Thierry Devimeux.

Enfin, la belle histoire du vignoble sur le Valenciennois « géré par l’APEI du Valenciennois. Un espace foncier au coeur de l’A2/A23 est validé pour une extension de la vigne. Ensuite, un changement de la réglementation est en cours afin que ce vin puisse être servi dans les restaurants ».

Pour conclure, sa formation d’ingénieur, spécialiste dans la génétique équestre, a laissé des traces puisqu’il a défendu une race de cheval « Le Trait du Nord ». « C’était lui qui tirait les péniches sur les chemins de halage, qui tirait les berlines au fond de la mine, le premier à mourir en cas de problèmes d’ailleurs. J’ai essayé de faire survivre cette race  » Trait du Nord » avec l’aide de certains maires« .

Vers le TER (Territoire d’Outre Mer)

Très porté sur l’international, Thierry Devimeux sera sur le sol de ce TER (Territoire d’Outre-Mer) de Saint-Pierre et Miquelon le 18 janvier prochain, un territoire insulaire battu par les vents, à l’entrée du remuant fleuve du Saint-Laurent, donc aux portes du Canada. Un nouveau challenge pour un haut fonctionnaire pour qui «  la France est trop petite ». Ce choix validé au Conseil des ministres du 20 décembre dernier est aussi celui de la Ministre des Outre-Mer, originaire de cette île dont l’influence nord-américaine n’est un secret pour personne. Après l’A2/A23 dans le Valenciennois, le Préfet Thierry Devimeux devrait bénéficier, durant l’été 2018, de la 1ère ligne directe en avion entre Paris et ce TER, une vielle demande de cette terre éloignée, l’origine de la ministre n’est sans doute pas étrangère à cette  nouvelle liaison. La situation est un poil différente aujourd’hui… » je vais prendre 3 avions et atteindre Saint-Pierre et Miquelon en 17 heures le 18 janvier prochain« , souligne le nouveau Préfet.

Pour son pot de départ, devant une assistance très nombreuse, le préfet de région, Michel Lalande, est venu hier soir en Sous-Préfecture de Valenciennes afin de saluer son vieux complice de l’île de la Réunion pour un bon vent vers «  ce confetti de l’empire« .

Au niveau température, Thierry Devimeux indique «  que sur Saint-Pierre et Miquelon, cela ne changera pas beaucoup du Valenciennois »…ça c’est une Fake-News … !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 4 janvier 2018
Thierry Devimeux
Thierry Devimeux « le Valenciennois a une véritable capacité de réaction »
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