Pour cette journée de la femme 2018, la parole est donnée à Marie-Thérèse Griselain, actrice historique en faveur des personnes handicapées sur l’arrondissement de Valenciennes. Son témoignage met en exergue la perception de la personne en situation de handicap au fil des décennies par notre société parfois corsetée, la mémoire du handicap sur ce territoire.

Marie Thérèse Griselain : «  Mon combat fut l’intégration des personnes en situation de handicap dans les clubs sportifs »

Marie-Thérèse a 63 ans et habite la commune de Saint-Saulve. Son parcours est édifiant sur l’évolution du statut d’une personne en situation de handicap. « Dès la 6ème, puis au lycée, on m’a refusé dans une école publique à cause de mon handicap. J’au pu suivre une scolarité dans un établissement privé sur Quarouble », explique-t-elle. Clairement, l’intégration des enfants handicapés en milieu ordinaire demeure à cette époque une idée saugrenue.

Ensuite, elle veut poursuivre ses études à travers un BTS comptabilité. « Là également, j’ai été refusé partout. J’ai suivi ce cycle chez moi via l’enseignement à distance (équivalent CNED). J’ai  passé un premier examen au Lycée du Hainaut à Valenciennes, puis mon épreuve finale avec succès sur Lille », ajoute-t-elle.

Et comme le hasard n’est que l’époux de l’opportunité, une responsable départementale de l’APF (Association des Paralysés de France), Mme Oliver, a repéré et proposé une responsabilité à Marie-Thérèse Griselain en 1973. « Elle m’a demandé de monter une section jeunes sur le Valenciennois au sein de l’APF. Elles existaient sur le Douaisis, Cambrésis, mais pas sur ce territoire. Je me suis rendu compte à cette période de la passivité des personnes handicapées », précise Marie-Thérèse Griselain. Cette époque est marquée par un réflexe où les familles cachaient leurs enfants handicapés moteurs ou cognitifs. Un état de fait accepté, sans rébellion…il n’en fallait pas plus pour motiver une jeune actrice concernée et décidée.

Le sport et le handicap

Aujourd’hui, les Jeux paralympiques, qui commencent d’ailleurs ce vendredi 09 mars en Corée du Sud, soulignent que ce fossé est franchi, celui de la validation de l’effort qu’il soit par un sportif valide ou pas.

Mais le temps fut long avant cette reconnaissance. « Au sein de cette section jeunes, j’ai multiplié les initiatives, les animations.. Ensuite, j’ai répondu à l’appel d’un club service, le Rotary de Valenciennes, pour la création d’un club handisport ». C’est la naissance de l’ASHHV (Association Handisport Hainaut Valenciennes) en 1974 avec un succès presque fulgurant !

« Rapidement, nous avons eu plus d’une centaine de membres, 130 pendant un temps. Nous étions même le club de sportifs handicapés le plus important de France », explique Marie-Thérèse Griselain. Mécaniquement, la Fédération française fut sensible à ce développement. « Nous avions l’attention de la fédération, et une écoute dans beaucoup de domaines. D’ailleurs, nous avons expérimenté beaucoup d’actions avec l’ASHHV », ajoute-t-elle.

Marie-Thérèse est restée présidente de l’ASHHV jusqu’en 2008 soit presque 34 ans. En 2018, c’est Cédric Parsy, joueur de handibasket au demeurant, qui a repris avec brio cette présidence.

« La ville de Valenciennes a ouvert d’emblée toutes ses portes », Marie-Thérèse Griselain

Il faut souligner par ailleurs que la voie du succès est rarement solitaire. Outre l’appui des membres du club service, les collectivités locales ont joué un rôle majeur. « La ville de Valenciennes a ouvert d’emblée toutes ses portes. J’ai de suite été invitée à toutes les manifestations où j’ai pu rencontrer d’autres acteurs associatifs. Ainsi, j’ai pu recruter, participer à des actions etc. »

A l’instar de Jean-Louis Borloo, Cécile Gallez a participé au développement du sport handicap sur le territoire. « La maire de Saint-Saulve est mon mentor. Elle m’a soutenu depuis le début ».

A noter qu’il a fallu un temps certain « avant que nous puissions intégrer les sourds et les aveugles dans notre association. Ce n’est que dans les années 80 que la Fédération nous a autorisé à le faire », précise-t-elle.

Plus globalement, l’objectif final était tracé. « Mon combat fut l’intégration des personnes en situation de handicap dans les clubs sportifs (valides). C’est le cas aujourd’hui, une personne en situation de handicap sur le Valenciennois peut s’inscrire directement dans une association sportive sans passer par l’ASHHV », conclut-elle sur cette thématique.

L’accessibilité en question

Sous la Présidence de Valéry Giscard d’Estaing, la première loi reconnaissant le handicap a été votée en 1975, un premier pas franchi, certes insuffisant tout en ayant le mérite d’exister. Certains souvenirs marquent « et en 1975, Simone veil a instauré la première allocation adulte handicapé », précise Marie-Thérèse Griselain… un événement indubitablement car la puissance publique reconnaît de fait la personne en situation de handicap comme un citoyen à part entière.

Cette reconnaissance a néanmoins un frein majeur, celui de l’accessibilité au domaine et équipements publics.. « J’ai fait partie de la 1ère commission d’accessibilité (1994) dans l’arrondissement avec notamment l’OVJS, son 1er président Charly Barbieux, puis Laurent Degallaix. Les première réunions avaient lieu en Sous-Préfecture ».

Comme souvent, le sport a des vertus inégalables, voire diplomatiques ! En effet, la ville de Valenciennes a mis en oeuvre l’accessibilité de ces équipement sportifs…  » les autres communes ont suivi et tous (ou presque) les équipements sportifs sont devenus accessibles sur le Valenciennois « , précise Marie-Thérèse Griselain. Une fois de plus, le sport s’impose à tous les publics, et ceci se situe bien avant la loi de 2005.

A contrario, le bâtiment culturel est devenu accessible grâce à la loi de 2005 du président Jacques Chirac. La culture fut plus réticente, voire moins souple, compte tenu de certains édifices historiques et complexes à aménager.

Le travailleur en situation de handicap

De 1987 à 1992, la première pierre de l’insertion des personnes en situation de handicap dans l’entreprise privée ou publique  fut posée. « J’ai pris l’initiative de mettre sur pied un groupe de réflexion sur ce sujet. Je suis allée voir le président de la CCI du Valenciennois (à l’époque), Jean-Marie Delquignies. Un groupe de huit personnes s’est constitué avec des membres du Rotary de Valenciennes, un enseignant, deux ingénieurs de la CCI de Valenciennes, et au tout début Cécile Gallez, puis elle fut représentée », explique-t-elle.

Aujourd’hui, chemin faisant, l’insertion professionnelle etc. constitue un pan incontournable de la politique de l’emploi. Cette initiative a donné naissance à l’association Prométhée en 1992. Aujourd’hui, après diverses fusions dans le Gand Hainaut en 2009, elle est devenue l’association Handynaction, organe gestionnaire du Cap Emploi/Sameth( insertion et maintien du travailleur handicapé dans l’entreprise).

La vie scolaire

Très marquée par ses propres difficultés dans sa scolarisation, Marie-Thérèse Griselain est ravie « de constater l’intégration des jeunes en milieu scolaire ordinaire. Nous assistons à une bascule d’une culture française vers une culture plus anglo-saxonne. Je suis heureuse de la vivre et de la voir cette nouvelle considération des enfants en situation de handicap », conclut-elle . Si tout n’est pas à prendre dans la culture britannique, voire américaine, la prise en compte du handicap fait partie de leur culture profonde avec près de 40 ans d’avance.

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 7 mars 2018
Marie-Thérèse Griselain Personne handicapée Sport handicap
Entretien avec Marie-Thérèse Griselain
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