Vendredi 13 avril, au sein de l’Hôtel de Ville de Valenciennes, le parti politique LREM (En Marche) a organisé une conférence sur « Envie d’Europe ». Un temps fort d’une campagne de communication politique dans la perspective de la prochaine échéance électorale européenne, le 26 mai 2019, c’est demain… voire même aujourd’hui avec un discours du Président de la République à Strasbourg ce mardi 17 avril 2018 (visuel Sarah Robin, référente LREM département du nord).

(Dominique Riquet, député européen)

L’Europe vers un tournant politique et structurelle ?

Accueilli par le premier magistrat de la ville de Valenciennes, Laurent Degallaix, cette information a le mérite de fédérer plusieurs partis politiques. «  Il n’y a pas une feuille de papier entre l’UDI, le Parti Radical et LREM sur la thématique de l’Europe. C’est un sujet qui nous touche particulièrement sur Valenciennes. Il faut plus parler d’Europe, car sinon vous laissez la place aux agitateurs contre l’Europe », explique le maire.

En propos liminaire aux interventions, Sarah Robin, la coordinatrice LREM dans le département du Nord, rappelle « qu’il est indispensable de ne pas laisser cette parole aux extrêmes ».

Dominique Riquet, député européen, ancien maire de Valenciennes : « On reproche à l’Europe des compétences qu’elle n’a pas obtenu dans les traités ! »

Depuis 9 ans député européen, Dominique Riquet est vice-président de la commission transport, un sujet majeur dans les compétences attribuées par les traités à l’Union européenne. « L’Europe nous a offert 4 cadeaux : la paix, la démocratie, les droits de l’homme, et l’Etat de Droit », entame le député européen.

Face à la mondialisation, le citoyen attend tout de l’Europe alors que factuellement ses compétences sont très ciblées. « L’Europe est un espace de solidarité entre les pays (les 27). Dans les domaines de la défense, de la fiscalité, du social, des frontières, des migrants, l’Europe n’est pas compétente », déclare Dominique Riquet.

La ville de Valenciennes n’a pas à se plaindre de l’implication de l’Europe sur son territoire. « Dans les années 90, Jean-Louis Borloo et un député européen socialiste ont travaillé afin d’obtenir un fonds européen, Objectif 1, à une époque où nous avions un taux de 25% de chômage sur le Valenciennois », ajoute le député un peu laconique… « et pourtant, au moment du traité de Maastricht, ce territoire a dit NON. Il y a un problème d’information sur l’Europe. C’est pourquoi, je soutiens cette initiative de LREM afin d’écouter les citoyens sur ce sujet. Je remercie Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle d’avoir remis l’Europe dans le débat démocratique ».

Le mot est faible quand on se rappelle les campagnes à la fonction suprême en 2007, 2012, et 2017, le mot Europe était dans le meilleur des cas une conviction discrète, éloignée d’une joute nationale. Au pire, l’Europe était responsable de tout. Que l’on soit en accord ou en désaccord avec la politique européenne, il faut critiquer ce qui critiquable : «  On reproche à l’Europe des compétences qu’elle n’a pas  obtenu dans les traités ! », assène Dominique Riquet.

« Plus de parole politique en Europe », Anne-Laure Cattelot

Outre les compétences, le mode opératoire de la machine européenne intrigue toujours le citoyen.  » Concrètement, la commission européenne à Bruxelles propose, puis le Parlement européen et le Conseil de l’Union (réunion des présidents et chefs de gouvernements) co-décident », explique Michel Grenier, spécialiste de l’information européenne.

Le sentiment palpable chez les européens est l’imperméabilité apparente de la Commission européenne. « Il faudrait plus de force de proposition auprès de la Commission européenne, plus de parole politique. Le temps européen, c’est très long. Aujourd’hui, vous n’êtes plus surtaxé par votre opérateur en passant la frontière, on en parle depuis 2008… », explique Anne-Laure Cattelot député LREM dans l’Avesnois.

Néanmoins, pour toute proposition de loi, il est nécessaire qu’il soit en phase avec les 27 pays. « A l’heure de l’information immédiate, le citoyen vit dans l’instant et l’Europe travaille sur une décade », souligne Dominique Riquet

 » La PAC a besoin d’une réforme « , Anne-Laure Cattelot, député LREM

Anne-Laure Cattelot

Le premier budget de l’Union européenne est la PAC (PolitiqueAgricole Commune) qui depuis des décennies fait couler beaucoup d’encre, agite les claviers aujourd’hui tant elle est complexe. « Les agriculteurs vivent mal cette PAC. Ils reçoivent des subventions importantes, mais très en retard. En fait, ils n’arrivent pour nombre d’entres eux à générer un revenu suffisant, d’où le mal être des agriculteurs que nous connaissons ! », explique Anne-Laure Cattelot.

Durant la période 2014/2020, c’est 360 milliards d’euros pour la PAC… tout de même ! Globalement, tous les secteurs agricoles confondus, un produit en Europe est subventionné à hauteur de 34%, en Suisse et au Japon, c’est 40% voire 17% aux Etats-Unis.

L’Europe ouverte

Xavier Cognet, expert relations internationales pour la Communauté européenne, travaille depuis 15 ans auprès de l’O.M.C (Organisation Mondiale du Commerce). Il dessine le périmètre économique de l’Union européenne. « Elle est d’abord ouverte sur le monde, elle régule également cette mondialisation, et enfin surveille toute pratique déloyale. Aucun régime entrainé dans une spirale protectionniste n’a réussi économiquement parlant. D’ailleurs, la crise de 192ç9 et la vague en ce sens qui a suivi est à l’origine de la seconde Guerre Mondiale », explique-t-il. En tout état de cause, il est établi que le montée du Fuhrer va de pair avec une crise économique majeure en Allemagne avec de multiples ramifications.

Pour sa part, Charles de Marcilly, de la Fondation Robert Schuman, pose l’équation : «  Y-a-t-iil assez d’Europe dans la France, assez de France dans l’Europe, ni l’un ni l’autre ! » Le constat est assez limpide  » plusieurs pays comme la Hongrie, l’Autriche etc. reviennent avec un discours sur une Europe fermée. Il est nécessaire qu’un débat d’idées s’installe en Europe avant ces élections. Il faut cesser ce statu quo, car il est responsable du Brexit », commente-il.

Clairement, le fonctionnement actuel de l’Europe pourrait conduire à un rétrécissement de la pensée européenne. L’Europe doit se transformer de l’intérieur pour réguler à l’extérieur. L’éloignement du citoyen européen résulte avant tout du manque de résonance de la politique européenne dans le quotidien. En fait, on ne parle de l’Europe que pour souligner la dernière mesure liberticide. L’union européenne doit descendre dans le ring politique, donner de la voix sur des grands items, chantiers structurants, réforme de la PAC, transports etc. revoir la protection de ses limites géographiques avec son bras armé Frontex (Agence européenne de garde-côtes et garde-frontière) dont le  budget est à revoir à la hausse… !

Echéance 2019

Durant l’année 2019, les principaux organismes européens vont changer de tête, le parlement européen en mai 2019 avec un nouveau président, mais également le président de la Commission européenne, et enfin le président de la Banque européenne. Compte tenu du départ de la Grande-Bretagne, le parlement européen passera de 751 députés à 705 députés. « Il n’y a jamais de majorité politique au Parlement européen, c’est le jeu des alliances. Emmanuel Macron n’a pas de réseau en Europe comme en France durant la campagne présidentielle 2017″, explique Charles de Marcilly. Aucun doute, cette élection en mai 2019 doit donner une nouvelle impulsion à l’Europe ou s’attendre à d’autres Exit…!

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Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 16 avril 2018
Anne-Laure Cattelot Dominique Riquet Europe LREM Sarah Robin
Des mots contre les maux de l’Europe
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