Longtemps en diminution, la surpopulation dans les logements revient faire son oeuvre. La précarité, le coût des loyers, le prix de l’énergie… un cocktail détonnant mise en exergue par le rapport de la Fondation Abbé Pierre sur l’Etat du mal-logement en France.

« Le surpeuplement, c’est un amortisseur de crise, mais avec des dégâts sociaux très importants », Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre.

En France, quatre millions de personnes sont mal-logées et douze millions sont fragilisées pour des impayés (locatifs ou accession), parce qu’elles souffrent du froid ou du surpeuplement. Cette dernière forme de mal-logement progresse de nouveau, après des décennies de baisse, s’inquiète en 2018 la fondation Abbé Pierre dans son rapport annuel.

Lentement, mais de façon chirurgicale, la crise de 2008 a fait des ravages. La surface de logement est trop coûteuse, car trop grande. La famille ne se réduit pas, mais l’espace de vie lui se contracte drastiquement.

Les population les plus touchées sont les plus modestes voire les plus pauvres. Le salon se transforme en chambre pour les parents, les enfants 2,3,4 logent tous dans une seule pièce. C’est la seule parade pour payer les loyers pour ceux qui sont en capacité de le faire.

Ce surpeuplement était en déclin depuis des décennies. En 2017, la sur-occupation des logements augmente de nouveau souligne la fondation Abbé-Pierre. Un phénomène qui concerne principalement les locataires des parcs privés et sociaux, mais aussi des propriétaires. Le pourcentage de logements en situation du surpeuplement (propriétaires et locataires) a cessé de diminuer entre 2006 et 2013, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), le taux de sur-occupation des locations dans le secteur social a de nouveau augmenté entre 2006 et 2013, passant de 15,3 à 16,9 % :

Vivre à cinq dans un deux-pièces

Environ 7,6 millions de personnes (contre 6,8 millions en 2006) vivent dans un logement en « surpeuplement modéré », dans lequel manque une pièce au regard de la composition du ménage, selon la norme de l’Insee. Et 934 000 habitats passent en « surpeuplement accentué », où manquent au moins deux pièces.

« Cela veut dire par exemple qu’un couple dort dans le salon et trois enfants dans une même chambre », explique Manuel Domergue, rédacteur de l’étude. Ce surpeuplement accentué, « le plus grave, a augmenté de 17 % par rapport à 2006 et concerne 300 000 enfants ». Il touche « surtout les jeunes ménages pauvres vivant dans de grandes agglomérations (Paris, Marseille, Lyon…) ».

Une précarité sociale

Les causes de cette augmentation de la sur-occupation des logements sont multiples. La fondation pointe d’abord la précarité sociale. « La crise économique a fait des ravages. Les loyers sont souvent insoutenables, et les familles s’installent dans de petites surfaces. » L’augmentation du nombre de divorces et de recompositions familiales a « souvent aussi des effets sur le surpeuplement ».

Elle note enfin « les migrations. Les ménages immigrés sont plus touchés en raison de faibles revenus, de discriminations et d’une précarité administrative rendant plus difficile l’accès au parc social ».

Les enfants premières victimes !

Cette forme de mal-logement « n’est pas vraiment reconnue comme telle par les acteurs locaux du logement », souligne encore Manuel Domergue. Souvent, « ils disent qu’il n’y en a pas tant que ça ou qu’il y a plus grave… Parfois même, on a entendu des discours choquants, disant que pour certaines familles étrangères, la sur-occupation d’un logement est culturelle. » Évidemment, « ce n’est pas vrai. Il faut vraiment changer de regard : le surpeuplement c’est grave. Cela a des conséquences sanitaires, scolaires, sur la capacité à sortie du chômage, etc. Quand on se bat au quotidien pour se laver, ranger, stocker, manger ensemble, ça dégrade votre santé et la capacité à faire famille. Les enfants en sont les premières victimes », ajoute-t-il.

« Plus vous êtes dans une situation financière et sociale difficile, plus le surpeuplement de votre logement sera élevé. La hausse du surpeuplement qui vient rompre des décennies d’évolution positive concerne surtout les ménages modestes et pauvres », a commenté Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé sur une chaîne de radio.

Le logement dans des conditions décentes demeure le point d’accroche d’une intégration, d’une insertion dans notre société, il ouvre le chemin vers la recherche d’un emploi, d’une régularisation administrative etc. Tous les rapports sur cette thématique convergent vers cette donnée claire, le logement d’abord dans des conditions humaines, normales d’occupation d’un habitat, tel devrait être l’enjeu numéro un d’une politique publique du logement en échec depuis des décennies… !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 10 mai 2018
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Le surpeuplement dans l’habitat refait surface
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