Samedi 07 juin 2018, une nouvelle date à marquer d’une brique rouge dans la vie de cet ancien bâtiment industriel devenu église. Le temps de la restauration est achevé au grand plaisir de la population venue en nombre pour cette inauguration symbolique.

Cette église coche toutes les… croix !

Un rappel de l’histoire est indispensable afin de mettre en exergue ce destin bâtimentaire hors norme de l’église Sainte-Barbe de la Sentinelle, classée aux monuments historiques.

Eglise Sainte-Barbe

Il faut remonter à la 1ère moitié du XIXème à la création de la Fosse de la Sentinelle datant de 1818. Ce patronyme singulier fut attribué à ce puits de mine, car la montée des eaux intervenait toujours sur ce site en 1er. De facto, les autres puits étaient prévenus d’une future hausse du niveau de l’eau, un véritable rôle de sentinelle pour un labeur où le risque mortel, en sus de la pénibilité, n’était pas bien loin du quotidien du mineur. En bois jusqu’en 1824, la brique rouge vient conforter ce lieu dédié à l’extraction du charbon. Dans la foulée, la toute puissante Compagnie des Mines d’Anzin décide d’installer un Coron en 1826 dans ce quartier de Trith-st-Léger à l’époque.

Assez rapidement, cette fosse ne fut plus utilisée laissant place aux grandes structures que nous connaissons encore avec les puits de Wallers-Arenberg (film Germinal) Sabatier etc. « La compagnie des Mines d’Anzin décida de transformer, dans un 1er temps, cette ancienne fosse en chapelle en 1830, puis elle devint église en 1853, juste après que cette fosse ne ferme définitivement en 1852 », explique Bernadette Sopo, la première magistrate de la Sentinelle.

L’expansion de ce Coron de la Sentinelle pousse ses habitants à demander leur autonomie communale dès 1850. Comme d’habitude, cela fut refusé au premier abord, mais « en 1875, la commune de la Sentinelle est née. Cette restauration préfigure une transformation complète, dès 2019, de cette place avec une nouvelle Maison des Services notamment », ajoute la maire. Comme de nombreuses cités d’origine minière, il n’existe pas de centre-ville proprement dit. C’est le futur défi de la majorité municipale, installer un coeur de cité à la Sentinelle.

Cette église a connu une première transformation en 1872 avec l’installation de fonts baptismaux, d’une tribune pour les enfants de choeur et d’un tambour. Ensuite, le temps fut très long avant que des travaux intérieurs, début des années 2000, interviennent et depuis 2014 sous la houlette François Bisman, architecte du patrimoine basé sur Lille. Spécialisé dans les églises, notamment classées, ce cabinet d’architecte exerce dans le « nord des Hauts-de-France. Je tiens à rester à quelques heures maximum d’un chantier. Ainsi, je peux réagir de suite en cas de problème, c’est ma philosophie de travail », insiste le professionnel.

« Ma mission était la restauration du clos et du couvert. Grâce aux archives, nous avons installé un escalier d’entrée à l’identique de l’origine, la porte d’entrée également, le nettoyage intégral de la façade, et de nombreux détails extérieurs pour se rapprocher au plus près du bâtiment initial (après 1872). La partie la plus ancienne est la nef de l’église Sainte-Barbe », explique l’homme de l’art.

Bien sûr, il aborda le sujet polémique du moment, la fameuse nouvelle croix de l’église Saint-Barbe qui fait tant parler (ci-dessous).

Les travaux et la croix de la polémique… !

Les travaux se sont divisés en deux tranches pour une durée globale de deux ans. Le financement total fut de 892 581 euros, dont 116 661 euros de la Porte du Hainaut, et surtout 513 826 euros de la DRAC ( Direction Régionale des affaires Culturelles) prouvant, si besoin en était, le trait architectural exceptionnel de cette église Sainte-Barbe. « C’est la seule église dont l’origine est un ancien site industriel. C’est un patrimoine unique en France », souligne Francois Bisman.

Sur l’aspect consacré de cet édifice, personne ne discutait le sujet sauf depuis la pose d’une nouvelle croix à son sommet. Une pétition est même en circulation. « J’ai fait 7 ans d’études afin de pouvoir restaurer le patrimoine classé. Certains s’expriment sans aucune connaissance sur le sujet. I n’existait plus que deux bulbes, nous avons un bulbe de plus, et ajouté une croix, mais c’est également un paratonnerre. Cette croix fut validée par la DRAC  », tance l’architecte. A ce titre, il pointe du doigt la façade où les rappels d’une croix sont pléthoriques, visibles et lisibles.

Nouvelle croix de l’église Sainte-Barbe

La polémique reste vive compte tenu de la présence pendant les discours, dans l’église, d’une poignée d’opposants en brandissant une croix plus classique (visuel dans le diaporama en bas de l’article), voire plus austère suivant son point de vue. Un coté croix nimbée plus dépouillée, d’influence orthodoxe via les bulbes, il y a assurément une recherche d’esthétisme dans cette réalisation « mais c’est une croix », insiste l’architecte. Cet expert a été désigné pour le confortement de la basilique Notre-Dame à Valenciennes dont les travaux devraient s’achever pour Noël 2019. 

Saint-Barbe, patronne des mineurs

Mme Bailleux, mère d’Haulchin, vice-présidente de la Porte du Hainaut en charge de tourisme, rappelle ce rôle « d’alerte de la fosse de la Sentinelle pour les autres puits de mine. Cette église fait partie de la mémoire générationnelle des mineurs ».

Pour sa part, Patrick Kanner, ex ministre et sénateur aujourd’hui, était l’invité de Bernadette Sopo. « Des discours républicains au coeur d’une église, ce mélange du religieux et du laïc exprime bien cette journée particulière. Cet édifice est également un ancien témoignage technique de la révolution industrielle qui a tant marqué ce territoire », indique le sénateur. Sainte-Barbe « est la patronne des mineurs, mais également des pompiers et des artificiers « , ajoute l’ancien ministre des Sports.

Ensuite, Sébastien Chenu, député de la 19ème circonscription, souligne « ce lieu où l’on croit ou pas. C’est le retour de l’église dans le centre de la commune, comme un point de départ ». Ce discours fut très applaudi dans l’église comme un moment religieux, mais extrêmement laïc au demeurant !

Enfin, honneur à l’homme de foi, le père Jean Ménétrier : « Je suis convaincu que l’histoire n’est pas finie pour cette communauté chrétienne à la Sentinelle. Je vais bientôt quitter ce Ministère dans cette commune où j’ai passé de très bons moments. » Lieu de foi, lieu de vie pour tous, et d’ailleurs n’oublions pas de mentionner un accès de qualité pour les personnes en situation de handicap (en visuel dans le diaporama) au sein de l’église Sainte-Barbe. A l’époque, le regard étroit sur le handicap ne permettait pas à ces deniers de sortir de chez eux ! Comme quoi, tout peut évoluer même le design d’une croix !

Depuis la nuit des temps, nos communautés de vie n’ont pas trouvé mieux que la polémique religieuse pour se diviser, mère de tous les extrémismes ! On tue encore en 2018 pour cela, et la France ne le sait que trop !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 8 juillet 2018
Bernadette Sopo Eglise Sainte-Barbe François Bisman La Sentinelle
Quand la mine rencontre le consacré, église Saint-Barbe à la Sentinelle
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