Chacun peut s’apercevoir que le parti politique « Les Républicains » est à l’heure d’un choix crucial, à la recherche d’une ligne politique fédératrice, car ce n’est plus le temps des simples divergences programmatiques, mais bel et bien l’esquisse d’une fracture interne. Entretien avec Pascal Coupez, responsable LR pour le Valenciennois, car en octobre 2018 se profilent des élections majeures pour ce parti politique au niveau national, départemental, et dans les circonscriptions.

Les Républicains entre deux rives

Pour comprendre les clés de cette période délicate pour le parti LR, il faut retracer les épisodes précédents.

Certes, ce n’est pas une nouveauté, les grands partis politiques sont traversés par différents courants de pensée. Toutefois, quand la fin de la récréation est sifflée, tout le monde se range derrière le capitaine du bateau. Ça c’était avant !

En effet, la présidence de François Hollande a d’abord été marquée, avant toute appréciation politique du contenu, par l’absence de maîtrise des différents courants au sein de son gouvernement. D’où presque 3 ans d’inertie, hors mariage pour tous, ce qui a propulsé Emmanuel Macron au pouvoir profitant d’un alignement des planètes inimaginable. Le sens aigüe de la verticalité du pouvoir par le Président de la République actuel n’est pas sans rapport avec son ancien statut d’observateur privilégié !

Et en même temps, une droite nationaliste en Europe arrive sur le devant la scène, cette donnée habitent, voire hantent, les esprits des grands acteurs et actrices chez Les Républicains. De plus, l’élection du 26 mai 2019 se fera à travers des listes nationales avec des Partis politiques en opposition frontale, plus de listes régionales, ce qui change de facto la portée de cette échéance électorale. Il faut ne pas oublier non plus que le déroulement de l’année 2017 fut vécu comme un cauchemar improbable par le parti LR. « Si fin 2016, on m’avait dit que la droite républicaine perdrait cette élection présidentielle, je lui aurai ri au nez », commente Pascal Coupez, délégué LR pour la 21ème circonscription.

Enfin, par rapport à l’échéance municipale de mars 2014, deux nouveaux partis sont venus bousculer l’échiquier politique. En effet, la France Insoumise et La République en Marche ont vampirisé à gauche et à droite l’électorat français. En clair, aucun candidat des formations politiques historiques ne peut évaluer, aujourd’hui, son poids électoral en référence à la derrière élection municipale. Mis à part les petites communes de moins de 1 000 habitants, la particularité de cette prochaine joute locale en mars 2020 sera sans doute le poids prépondérant de la politique, l’étiquette ou la virginité politique, et beaucoup moins la notoriété locale qui se délite partout comme neige au soleil.

Pour conclure, une atmosphère de dégagisme, comme en 2017, pourrait être le baromètre de cette élection. Comme disait Napoléon : « L’art de gouverner consiste à ne pas laisser vieillir les hommes (ou les femmes) dans leur poste ».

Pascal Coupez : « Tant que la ligne rouge n’est pas franchie (avec le RN), je resterai au parti LR »

Revenons sur le Valenciennois à travers cet entretien avec Pascal Coupez, 57 ans, un homme politiquement engagé de longue date. « J’étais carté politique à 16 ans avec les mêmes convictions, les mêmes valeurs qu’aujourd’hui », explique-t-il en propos liminaire. Ses convictions sont claires « nous avons été victime de l’affaire François Fillon, cette pratique était amorale. Je suis tombé des nues ».

Pascal Coupez ne cache pas non plus ses valeurs sociales sur un territoire qui en a tant besoin. Sur la politique menée par le nouveau Président de la République. « Certes, il a redonné un certain lustre à la fonction présidentielle. Néanmoins, j’émets des doutes durant son mandat concernant ses résultats sur l’économie, l’emploi, le pouvoir d’achat, l’endettement de la France. Emmanuel Macron clive de plus en plus les Français. Ensuite, il a un véritable problème avec la ruralité, il est trop porté sur les grandes métropoles. Je suis déçu par Emmanuel Macron. Bien sûr, je souhaite qu’il réussisse pour mon pays.  ». Il regrette amèrement le départ de Nicolas Hulot du gouvernement «  l’écologie dépasse tous les clivages politiques. Nicolas Hulot avait une aura pour porter une politique ambitieuse sur le sujet ».

La présidence de Laurent Wauquiez amène quelques questionnements chez ce militant chevillé au corps : « Laurent Wauquiez a fait une erreur dans la constitution de son équipe. Vise-t-il une logique de rassemblement ? » Rien n’est moins sûr à la vue de cette rentrée politique dispersée chez les LR. « Xavier Bertrand, Christian Estrosi sont partis, Valérie Pecresse essaye de faire bouger les choses de l’intérieur », ajoute-t-il. Pour autant, il hausse le ton, évoque ce qu’il entend sur le terrain : « Les militants ne veulent plus de guerre des chefs, on connaît le résultat. Pour ma part, tant que la ligne rouge n’est pas franchie (avec le Rassemblement National), je resterai au parti LR ».

Le délégué territorial ne digère pas les départs de Bruno Lemaire et de Gérald Darmanin… « Gérald n’avait pas de mots assez durs sur Emmanuel Macron au sein du Bureau de la Fédération du Nord. Ces départs sont une trahison (politique) ». Concernant le maire de Valenciennes devenu Pro-Macron, il note « ce revirement, car il était plutôt pro Sarkozy à ses débuts », puis pro Alain Juppé quand ce dernier est venu durant la campagne des primaires. Notons, car chaque détail est important, qu’un certain « Gratin de nouilles » pourrait perturber cette association entre la majorité municipale à Valenciennes et le parti LREM.

Election interne capitale

Début octobre 2018 va se jouer un temps fort de la vie politique pour la première force d’opposition en France. En effet, les militants vont procéder à l’élection de leur délégués de circonscription, celui du président de la Fédération du nord, et le Conseil national, un peu le parlement du Parti politique. 

« Pour la 21ème circonscription, je me représente à la fonction de délégué du Parti LR, mais il y  aura d’autres candidats. Au niveau du département (le plus peuplé de france), Sébastien Huygues et Marc-Philippe Daubresse sont les deux candidats à cette présidence », commente Pascal Coupez.

Rappelons qu’une réforme constitutionnelle est dans le tuyaux diminuant d’un tiers le nombre de députés, et de sénateurs. D’ailleurs, même si le Président de la République n’obtenait pas les 2/3 de voix au Congrès, cette disposition peut faire l’objet d’une simple loi organique, donc elle est programmée d’une manière ou d’une autre. En clair, il est évident que nous allons passer de 3 à 2 circonscriptions dans le Valenciennois (19ème, 20ème, 21ème), et ce découpage demandera un trésor de réflexion…. politique !

L’Europe ou le néant

La montée flagrante d’une droite nationaliste en Europe constitue « une réelle inquiétude. Notre avenir, c’est l’Europe, sans elle, on est mort », déclare Pascal Coupez. Plutôt d’influence jupéiste, « voire Colbertisme », dit-il l’oeil rieur, le délégué LR de la 21ème circonscription n’occulte pas non plus le phénomène de cette vague migratoire. « Nous n’avons pas la même démographie que l’Allemagne qui avait un besoin crucial de main d’oeuvre », souligne-t-il.

Il pointe du doigt toute idée aventureuse d’une sortie de l’Euro : « Notre monnaie serait dévaluée avec des conséquences catastrophiques à la clé ».

L’élection locale en mars 2020

« Je pense qu’il faut laisser passer l’élection européenne avant de réfléchir à cette échéance locale ». A juste titre, toutes les cartes des partis politiques pourraient être rebattues suivant le résultat de ce 26 mai 2019. La commune, et l’Europe, aussi distante soient-elles, n’ont jamais été aussi étroitement liées par une réorganisation d’un paysage politique français troublé. Cette année 2019 sera extraordinairement pesante, mais très instructive politiquement.

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 17 septembre 2018
Les Républicians LR Pascal Coupez Valenciennois
Des élections à enjeux chez Les Républicains
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