L’avenir de la sidérurgie française se joue (peut-être) ce mardi 25 septembre entre les 4 murs d’un bureau à Bercy. En effet, la date butoir du 31 janvier 2019 arrive à grand pas, et l’exigence d’une reprise industrielle de l’entreprise Ascoval devient pressante à Saint-Saulve.

Ascoval, à quel jeu jouent les politiques du Valenciennois ?

En effet, ce mardi 25 septembre, rendez-vous est pris avec Jean-Pierre Floris, le Monsieur industrie du gouvernement. La veille d’un passage au Tribunal à Strasbourg (mercredi 26 septembre), il serait impérieux de connaître les intentions de l’Etat, comme des élus locaux.

Suite à ce sursis d’une année, deux offres de reprise sont sur la table ; une lettre d’intention de Boost, entreprise d’origine iranienne ce qui dans le décor géopolitique constitue un handicap, et Altifort, jeune groupe industriel diversifié, se positionnant « en amont et en aval de la production d’acier », souligne Nacim Bardi, délégué syndical (CGT) d’Ascoval.

Cette rencontre décisive s’inscrit dans un passé (3 ans) industriel tumultueux. « Nous avons annoncé un désastre industriel, dès 2015, à Xavier Bertrand, Valérie Létard, et Laurent Degallaix, etc.. Nous voudrions avoir tort », souligne Ludovic Bouvier, responsable CGT Métallurgie. Néanmoins, l’espoir subsiste « tout n’est pas fini», ajoute-t-il

« Altifort, un projet industriel français », Nacim Bardi.

Par voie de conséquence, la position de l’Etat, encore majoritaire à hauteur de 15%, via la BPI, et 2% à travers la CDC (Caisse des Dépôts et Consignations), est déterminante.

A la lumière des possibilités, la proposition de l’entreprise Altifort est porteuse.  Les dirigeants de l’entreprise veulent installer un train à fil (laminoir), mais pour cela, ils ont besoin des terrains attenants à l’aciérie sauf que… les politique locaux ont un plan B. « Valérie Létard a déjà dit publiquement que les investisseurs se bousculaient, et Laurent Degallaix, le président de Valenciennes Métropole, a un plan B pour la reconversion de tous les salariés, et par suite l’abandon de l’industrie sidérurgique sur le Valenciennois », assène Ludovic Bouvier.

Vu des syndicats, ils ne comprennent pas pourquoi « l’entreprise Altifort n’est pas soutenue. Elle a besoin d’un soutien du Groupe Vallourec pendant 18 mois pour installer son train à fil. Altifort est un projet industriel français. D’habitude, on tend la main financièrement aux grands groupes sans aucune stratégie industrielle, là pourquoi ne pas aider un petit groupe industriel avec des idées », explique  Nacim Bardi.

La demande d’Altifort se traduit par des garanties de volume à un prix au dessus du marché par le Groupe Vallourec « sur le document envoyé au Tribunal, Altifort demande une aide 51 millions d’euros à Vallourec », précise  Nacim Bardi, « mais l’entreprise a revu à la baisse ce chiffre », ajoute Ludovic Bouvier.

Donc, ce mardi 25 septembre sera l’épreuve de vérité de l’Etat en soutien de son industrie sidérurgique, ou pas, en France. Plus particulièrement dans le Valenciennois, « c’est assez simple, il faut que le président de Valenciennes Métropole indique, oui ou non, si les terrains (bord à canal) indispensables à la reprise d’ASCOVAL par Altifort sont libres. On pense qu’ils sont déjà promis au développement du Canal Seine Nord Europe. On ne peut pas dire à l’affichage tout, et son contraire par derrière », commente furibond Ludovic Bouvier.

Plus globalement, quel est l’axe de réflexion de l’Etat sur l’avenir de la sidérurgie en France, car les sites de transformation de l’acier sont en péril, l’un après l’autre, la porosité du désengagement du Groupe Vallourec est visible à l’oeil nu.

Le vieil adage-un problème créé ne peut être résolu en réfléchissant de la même manière qu’il a été créé-,  demeure toujours d’actualité. En effet, le déblocage de fonds, 250 millions dernièrement, et plus de 700 millions d’euros au global en faveur du Groupe Vallourec, ne sert qu’au démantèlement de la filière acier en France. Pourtant, l’occasion est donnée à l’Etat, et aux politique locaux, de favoriser un industriel français déjà repreneur de deux entreprises du Groupe Vallourec en France sur  Cosne-sur-Loire (Nièvre) et Tarbes  (Hautes-Pyrénées). « Pour l’instant, tout se passe bien. Les repreneurs sont deux quadragénaires avec un véritable projet industriel », explique un salarié d’une des 2 sociétés reprise.

Autre propos éclairant, un ancien du Groupe Vallourec témoigne. En effet, il travaille au sein d’une entreprise dans ce secteur d’activité, en France, reprise par les Américains en avril dernier : « Tout va bien, nous recrutons, nous avons récupéré des commandes. Nous constatons qu’il y a une véritable force de vente. Chez Vallourec, il n’y a que des financiers, pas de commerciaux », explique la salarié.

Assurément, les salariés d’Ascoval connaîtront les intentions de l’Etat, et peut-être un jour prochain des élus locaux ? En tout cas, ces salariés sont écartelés entre une forte prime extra légale proposée pour partir, et la poursuite d’une aventure industrielle. Dans tous les cas de figure, le résultat dévoilé des intentions des uns et des autres « sera médiatisé, croyez-moi ! L’industrie est pourtant la première richesse d’un pays », précise Ludovic Bouvier.

« Tous les parties demanderont un report mercredi au Tribunal à Strasbourg, 3 à 4 semaines, le temps que l’Etat, le Groupe Vallourec… négocient », conclut Nacim Bardi. Affaire humaine et industrielle à suivre… !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 24 septembre 2018
Ascoval Vallourec
Ascoval, rendez-vous industriel de la dernière chance à Bercy
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