La visite de la toute nouvelle secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, était très attendue par les élus, et les syndicats d’ASCOVAL entre autres, même si le ton était déjà donné par le communiqué de Vallourec annonçant son désengagement, ce lundi 22 octobre, dans le dossier de reprise industrielle.

Les syndicats ne décolèrent pas

En présence de nombreux parlementaires du territoire, des maires de Valenciennes et Saint-Saulve, et du Président de la Région des Hauts-de-France, une table ronde s’est tenue au sein du siège de Valenciennes Métropole avec la Secrétaire d’Etat, Agnès Pannier-Runacher, et toute la représentation syndicale d’ASCOVAL.

Avant cette ultime réunion avant le passage au Tribunal de Strasbourg (ce mercredi 24 octobre), les syndicats étaient très remontés. « Nous travaillons depuis dix mois avec deux autres interlocuteurs, et on nous envoie la toute nouvelle secrétaire d’Etat qui découvre le dossier depuis quelques jours ! De qui se moque-t-on ? », souligne Nacim Bardi, délégué CGT chez ASCOVAL.

« Bruno Lemaire n’a pas eu le courage de venir ici. Il peut toujours dire à travers un communiqué que le Groupe Vallourec doit prendre ses responsabilités. C’est un rigolo, car au Conseil d’Administration de Vallourec, où l’Etat est actionnaire (via la BPI), l’Etat a voté pour ce retrait de Vallourec, un vote à l’unanimité », explique furibond le syndicaliste Bruno Kopczynski, 

Fabien Roussel, député de la 20ème, ajoute « l’Etat appuie la démarche de Vallourec, il est complice de ce désengagement. La complicité entre Emmanuel Macron et Philippe Crouzet (PDG de Vallourec) se fait jour. Je suis scandalisé ».

Toujours sur ce point précis, Agnès Pannier-Runacher répond « cela peut paraître bizarre, mais la BPI a fait son job, car il était question des 2 800 emplois de Vallourec. Aujourd’hui, c’est le dossier des 281 emplois d’ASCOVAL ».

« La secrétaire d’Etat était une excellente avocate du Groupe Vallourec », Bruno Kopczynski.

La discussion fut âpre pendant plus de deux heures trente à cette table ronde.  Pour les syndicats, l’Etat ne joue pas son rôle « on nous balade depuis 4 ans. Les salariés ont été dignes, intelligents depuis les premiers difficultés. La secrétaire d’Etat était une excellente avocate du Groupe Vallourec. Moi, la leçon que je tire de cette réunion est qu’il vaut mieux tout casser pour se faire entendre. M. Macron doit venir en novembre pour les commémorations. J’appelle au boycott, tournez lui le dos. Nous nous chargeons de le recevoir », ajoute Bruno Kopczynski. .

Clairement, l’attitude constructive est battue en brèches. Pourtant, même la secrétaire d’Etat salue le comportement des salariés d’ASCOVAL «  qui ont réussi à obtenir des gains de productivité comme il était demandé dans l’accord de janvier 2018 ». La Tuberie est bloquée ce mardi 23 octobre sur Saint-Saulve… l’anathème est lancé « Vallourec veut notre mort. Nous bloquons la voie ferrée, plus rien se sortira de l’usine. On va étouffer Vallourec. Nous mourrons tous les deux », conclut Bruno Kopczynski.

Clairement, depuis le début de cette catastrophe industrielle, il ne s’agit pas seulement  des 281 emplois d’ASCOVAL  L’’effet domino va se propager vers la Tuberie, Val’Dunes, puis les autre sites  de Vallourec en France. « De toute façon, Vallourec veut partir de la France et de l’Europe à terme », explique un syndicaliste. L’impact va donc au delà avec plus de 1 000 emplois dans la sidérurgie en danger rien que dans le Valenciennois.

Pour sa part,  Valerie Létard est venue devant les caméras pour exposer le résultat (décevant) de cette réunion. « Chacun autour de la table ne pouvait se satisfaire de la position de Vallourec, et plus encore de l’unanimité du vote au sein du Conseil d’administration de Vallourec pour le retrait du soutien au projet de reprise d’Altifort. On peut comprendre une fragilité actuelle de Vallourec. Mais que fait l’Etat, la région met 14 millions d’euros, Valenciennes Métropole 10 millions d’euros, nous parlons d’un besoin identifié de 140 millions d’euros, et l’Etat français ne pourrait rien faire !!! Alors que vous avez un projet industriel avec une diversification en aval notamment pour la filière automobile très présente sur le Hainaut ».

Clairement, puisque Vallourec ne lâche pas un pouce « avec un mépris, un ton cassant, une suffisance même dans le geste, je suis scandalisé par l’attitude d’Hubert Paris (le représentant de Vallourec présent à cette réunion) », ajoute Laurent Degallaix, le président de Valenciennes Métropole.

Toutefois, Valérie Létard y croit encore « nous avons confiance dans le Président de la République. Il faut que l’Etat donne un coup de pouce pendant 18 mois. Il faut une réponse avant fin octobre. Ce n’est pas fini ».

« Nous avons encore quelques jours pour trouver une solution », Agnès Pannier-Runacher

Agnès Pannier-Runacher

Clairement, la Secrétaire d’Etat a découvert des points de tension ??? « Je constate des éléments de divergence sur des points d’appréciation entre Vallourec et ASCOVAL. Je demande aux parties de retravailler, et notamment Altifort au niveau de son business plan ».  La réponse fuse à la sortie par  le patron d’Altifort, Bart Gruyeart « je serai bien sûr présent à cette nouvelle table ronde. Je ne peux rien apporter de plus en terme de commandes (hors Vallourec). Nous avons besoin de 18 mois de commandes à un prix supérieur au marché. Le 10 octobre, nous avions un accord de la BPI, le 19 octobre, la BPI a fait part de son retrait aux banques privées. Il faut que l’Etat ne sabote pas nos solutions ».

Le plus incompréhensible dans ce dossier est le pourquoi, la stratégie in fine. Si celle de Vallourec est connue via un retrait de France, et d’Europe, de la filière acier afin de produire en Asie et en Amérique, pourquoi l’Etat n’essaye-t-il pas de sauver un pan complet de son industrie. Le Président de la République aurait-il fait une croix sur la sidérurgie au profit de l’Allemagne se concentrant plus sur l’automobile etc. ? C’est inexplicable !

« Il faut que l’Etat monte dans l’actionnariat du Groupe Vallourec et reprenne les commandes de cette entreprise gérée par des incompétents », ajoute Fabien Roussel. Sur la même ligne, Valérie Létard  ajoute « ce n’est pas aux salariés d’ASCOVAL de payer les mauvais choix stratégiques du Groupe Vallourec ».

Ce mercredi 24 octobre «  la justice indépendante », tient à rappeler la Secrétaire d’Etat va se prononcer à Strasbourg. « Nous agirons auprès du mandataire judiciaire pour obtenir quelques jours de plus », indique-t-elle. C’est bien la seule nouvelle plausible durant cette matinée, car pour le reste, espérer une attitude positive du Groupe Vallourec alors qu’il n’a pas modifié d’un iota son discours ce matin… « Le représentant de Vallourec a d’ailleurs mis en difficulté la ministre. Elle a tout fait pour essayer d’ouvrir une porte sans y parvenir », poursuit Laurent Degallaix.

Ce n’est pas de la démagogie que de dire qu’une filière industrielle peut s’atteindre avec la fermeture d’ASCOVAL, une aciérie de proximité. La sénatrice disait à juste titre « demain, nous aurons la taxe carbone peut-être, et nous allons faire venir de Chine l’acier ! ». Non, ce qui se joue ne se résume pas à l’avenir d’ASCOVAL, ni même du Groupe Vallourec, ce ne sont pas seulement des actions en Bourse..  ! Nous parlons ici « de la souveraineté industrielle de la France, c’est un scandale d’Etat », assène Fabien Roussel.

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 23 octobre 2018
Agnès Pannier-Runacher Ascoval Vallourec
Quelques jours de plus avant l’enterrement d’ASCOVAL ?
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