Xavier Bris, vicaire général, est décédé le week-en dernier. Voici une rediffusion d’un entretien avec cet homme d’église engagé dans le monde, et dans son diocèse de Cambrai qu’il a servi jusqu’au bout !

(Redif) Xavier Bris, trait d’union entre les ch’tis et leur évêque

Vicaire épiscopal aux côtés de Monseigneur Garnier, Xavier Bris construit sa vie au fil des rencontres. De Valenciennes à Cuba en passant par Madagascar, il est aujourd’hui créateur de liens dans les zones urbaines du diocèse : « Mon rôle est de relier toutes les initiatives et les personnes du diocèse pour favoriser les initiatives, encourager les projets communs, animer les équipes locales ».  Il nous retrace son parcours étonnant avec une simplicité désarmante

 » Vous voyez le Quai des mines ? Vous continuez jusqu’au bout, j’habite près du bar qui fait le coin « , m’invite Xavier Bris. « Ce n’est pas le plus joli quartier de Valenciennes, mais c’est là que j’ai choisi de vivre ma mission », commente le prêtre, entre deux bouffées de cigarette. « Si Dieu est bon, il doit être bon pour tous et nous devons en être le signe », explique Xavier Bris, qui donne volontiers sa préférence à la périphérie sur le centre, « car la périphérie est le lieu de l’accueil des étrangers, du dialogue avec l’Islam, de l’aide à toutes les pauvretés ». Le décor est planté. Xavier Bris est un enfant d’ici, né en 1944 pendant la guerre à Douai, ainé d’une famille chrétienne de six garçons. Enfant, il se pose la question de devenir prêtre, puis oublie, puis y repense : « Ma vocation, je la dois aux personnes qui m’ont montré qu’elles avaient besoin de moi. C’est tout simple ! » dit-il modestement.

Xavier Bris prêtre sans frontière

Au séminaire de Cambrai en pleine vague 68, il se sent en phase avec ce qui se vit dans la rue : « Avec le concile Vatican II, nous avions déjà changé de regard, les enseignements au séminaire, délivrés par de jeunes professeurs, évoluaient en fonction de nos attentes ; j’ai aimé cette ambiance participative, la possibilité de faire du sport tous les jours, nous avions une vie très équilibrée ». Son premier poste, ce sera aumônier du lycée Notre-Dame à Valenciennes, l’année de la fusion avec Jeanne-d’Arc, année de la mixité. « Ce furent quatre années passionnantes, en étroite coopération avec l’équipe enseignante très jeune. Très à l’écoute des élèves, nous partagions le même désir de faire le maximum pour aider ces jeunes. Nous avons construits des liens étroits, avec les professeurs, les élèves, leurs parents,… cela a été dur de partir ! » C’est la catéchèse qui est venue appeler le père Xavier : en charge de la formation des catéchistes et spécialement du caté pour les 8-12 ans, il reprend des études à Paris pour se spécialiser. Il y trouve une ambiance étudiante formidable et très internationale. « J’étudiais en compagnie de libanais, latino-américains, espagnols, portugais… Cette ouverture sur le monde était extraordinaire ! » En parallèle, aumônier au groupe scolaire Le Bon Conseil à Paris, il retrouve les jeunes, les éducateurs et le même enthousiasme de tisser des relations fortes.

De retour à Cambrai, il prend contact avec les diocèses de Lille et Arras pour rédiger les programmes de catéchèse « Nous avons fait la pêche aux bonnes idées auprès des gens de terrain, nous avons fait le maximum pour réaliser des programmes pas chers, j’ai même dormi à l’imprimerie pour relire les épreuves… Créer, c’est enthousiasmant ! », raconte-t-il ! Le père Delaporte, évêque de Cambrai, appelle alors des prêtres à partir à l’étranger. « Cela fait dix ans que j’attends qu’on m’envoie » lui répond le père Bris, qui part aussitôt… à Cuba !

Depuis ses deux années de coopération, dans le cadre du service militaire à Madagascar, il aspire à retrouver l’étranger : « Madagascar m’a aidé à voir que le monde ne se réduit pas à celui qu’on connaît. Après deux ans, j’en suis reparti en voyant la vie plus belle et plus large qu’avant. » Curé de paroisse au Sud de la Havane, il rencontre beaucoup d’africains chrétiens venus étudier dans les « écoles du monde entier » ouvertes par les socialistes. Bien que cela soit interdit, le père Xavier copie et traduit des livrets de prières… et des groupes de jeunes chrétiens se réunissent pour prier ensemble dans les écoles tenues par les marxistes! Seul prêtre pour 135000 habitants et professeur à mi-temps au séminaire de La Havane à 5h de route, le père Bris poursuit sa catéchèse avec les seuls outils dont il dispose : la Bible, et le chant. « En 7 ans, j’ai constaté combien la foi a aidé ces jeunes à mieux vivre l’exil ; aujourd’hui, sur les jeunes que j’ai connu là-bas, dix sont devenus prêtres! J’ai découvert un autre visage de l’Église, officiellement moquée, mais réel espace de liberté où la population vient reprendre de l’oxygène ».

Pour garder un lien avec le monde entier -tout simplement- il est encore aujourd’hui aumônier de la Délégation Catholique de la Coopération. Rappelé en France en 92, il fait depuis partie du conseil épiscopal, c’est-à-dire de l’équipe rapprochée de son évêque qu’il assiste dans ses décisions. Il est le référent et le soutien pour 28 paroisses du diocèse, en zone urbaine, du bassin minier au bassin de la Sambre. Il accompagne actuellement Monseigneur Garnier dans sa visite pastorale dans les paroisses du Denaisis. Il fait le lien également avec les aumôniers de prison, les communautés religieuses, la pastorale de la santé, et participe au Centre d’études et d’action sociale (CEAS). « Cela fait quinze ans que je suis là, et je crois que les gens sentent qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils travaillent en relation, en communion même avec toutes les équipes du diocèse. » Un rôle clef, vécu en toute simplicité… !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 24 octobre 2018
Xavier Bris
Xavier Bris (1944-2018)
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