Source officielle, 254 femmes sont victimes d’un viol ou d’une tentative de viol par jour en France, 1% des auteurs sont poursuivis en justice, tout est dit. Le pire serait le renoncement, au contraire, l’idée est d’alerter sur les maux les plus intimes de notre société. Entretien avec Betty Rygielski, avocate au Barreau de Valenciennes, porteuse locale d’une manifestation nationale le 24 novembre prochain sur ce sujet.

Rendez-vous le samedi 24 novembre à 14H sur le parvis du Phénix à Valenciennes

 « J’ai pris vraiment conscience du sujet après une formation », Betty Rygielski 

Un entretien avec une avocate spécialisée en Droit de la Famille nous éclaire sur la difficulté de cette thématique. « Depuis 17 ans, je traite exclusivement des dossiers en Droit de la Famille. Pour autant, c’est suite à une formation en 2016 que j’ai pris la mesure de la problématique. J’ai changé véritablement mon mode de fonctionnement quand je reçois une femme dans cette situation », explique cette avocate au Barreau de Valenciennes. Le premier rendez-vous est fondateur, il peut libérer la parole ou la taire à jamais. « D’un rendez-vous de 45 minutes, je suis passée à 1H30 pour écouter une femme en souffrance, car aucune n’arrive chez moi avec un statut de victime de viol ou de tentative de viol, c’est au fil de la conversation qu’elle avoue des actes de violences physiques ou/et verbaux », ajoute-t-elle.

Nous touchons à l’intime, et c’est pour cela qu’il est si difficile de prouver cet état de fait voire de l’envisager. « Certaines victimes ne savent même pas qu’elles le sont ! Comme l’a expliqué Muriel Salmona (psychiatre), les paroles dénigrantes, le syndrome de colonisation retient la parole de la victime, voire une prise de conscience pure et simple de sa condition. D’ailleurs, il y a un taux de retrait énorme des plaintes. Je conseille à chaque client de consulter un psychologue », précise l’avocate.

Ensuite, la rupture, le divorce est déjà traumatisant… « Sur 10 dossiers que je traite en Droit de la Famille, 7 sont sont sujets à des actes de violences, un seul débouche sur une action en justice sur ce volet », précise-t-elle.

« Le viol conjugal est un sujet tabou », Betty Rygielski

A travers les multiples facettes de la violence intrafamiliale, l’une d’entre elles est celle du viol conjugal. « La victime ne se rend même pas compte que c’est un viol. Il y a une véritable ignorance du statut de victime », précise Betty Rygielski. Tout passe, et même cela est oublié dans le quotidien d’une vie.

Ce point précis met en exergue toute la difficulté pour la justice d’intervenir, alors que même la victime est dans un déni qui laisse parfois sans voix. Dans le tréfonds de notre intimité, le déroulé d’une vie ne peut s’exonérer d’une prise de conscience de l’inadmissible, de l’insupportable au quotidien. Que c’est compliqué, qu’il est donc important de le dire, d’inverser la charge de la culpabilité. Non, la victime de violences sexistes n’est pas coupable !

A Valenciennes, une avancée importante est à souligner « les victimes ont accès à un(e) psychologue au sein du Commissariat de Valenciennes. C’est très important », ajoute Betty Rygielski.

La magistrature évolue également. « Muriel Salmona intervient au sein de l’ENM (Ecole National de la Magistrature) pour les sensibiliser sur ce sujet complexe. Sur le Valenciennois, les choses bougent également avec l’initiative du Procureur de la République relative à cette conférence sur cette thématique », commente l’avocate. A cette dernière en septembre dernier, une participation significative des forces de l’ordre, police nationale, gendarmerie, etc. montrent que tous les acteurs concernés par la recherche de la vérité prennent la dimension du sujet.

 » Beaucoup de victimes renoncent face aux conséquences financières  » , Betty Rygielski.

Déjà, il faut balayer d’un trait de plume la petite musique de la dénonciation calomnieuse. « Le pourcentage est infime, ce n’est pas un argument. Ensuite, cela concerne toutes les classes sociales sans exception. Par contre, beaucoup de femmes ont peur des conséquences financières, elles ont peur de tout perdre, et en même temps, elles sont prêtes à tout pour sortir de cette situation d’une violence quotidienne  », précise Betty Rygielski.

C’est pourquoi, le dialogue est indispensable avec une victime de violences intrafamiliales. « Elle doit se faire soutenir par son environnement, sa famille, ses amis, et mettre des mots sur sa situation. L’étayage est fondamental. La victime ne doit pas se sentir seule ! », ajoute-t-elle.

Le 24 novembre

Pour mettre en lumière cette violence trop longtemps ignorée, une manifestation nationale est prévue le 24 novembre prochain. Sur Valenciennes, le rassemblement est prévu à 14H sur le parvis du Phénix. « Nous avons déjà des partenaires dans le tissu associatif pour cette opération comme le CIDFF, mais également le VAFC, l’entreprise Graphique Hainaut pour l’impression des visuels, voire des étudiants de l’Université Polytechnique Hauts-de-France etc. ! », conclut Betty Rygielski.

Venez nombreux le 24 novembre en violet, la couleur choisie pour cette manifestation, une couleur dite secondaire sur un thème qui ne l’est pas du tout !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 6 novembre 2018
Betty Rygielski violences conjugales
254/1 où l’impunité (relative) d’un crime sexuel !
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