26 mai 2019, c’est demain ! Non, il n’est pas trop tôt pour les militants, de toutes les obédiences politiques, d’imprimer vers le grand public ses convictions, ses messages face à cette échéance européenne cruciale. Ce fut le cas à Valenciennes lundi soir avec le député FI Adrien Quatennens, Sophie Rauszer, attachée au Parlement européen, et Julien Poix, candidat aux législatives 2017 dans la 19ème circonscription.

Adrien Quatennens : « La souveraineté européenne n’existe pas »

Jusqu’à aujourd’hui, l’élection européenne était le parent pauvre de la démocratie en France, l’abstention est massive ! A tort, le citoyen(n)e pense que l’Europe est une institution très distante de ses problèmes quotidiens. Julien Poix recadre en préambule : « 40 % de nos lois sont issues des directives européennes, voire dans certains secteurs comme la Pêche, l’Agriculture, cela monte à 60-80% ».

Beaucoup de sujets furent abordés durant ce débat citoyen. Tout d’abord, un sujet de fond comme la souveraineté, car elle constitue un identifiant très clair pour l’électeur. « Cette Union européenne n’est pas un rempart de la démocratie, c’est un château de sable. La politique libérale, celle des marchés, conduit à l’émergence de dirigeants nationalistes, comme en Hongrie, en Pologne, en Autriche, voire en Italie. Ce sont les deux faces d’une même pièce, l’extrême droite, et l’extrême centre. Ils veulent nous faire croire que c’est le seul choix, et nous sortir du jeu politique », commente le député Adrien Quatennens. «  C’est un faux clivage, il n’y aurait que les progressistes, le duo Merkel/Macron et les nationalistes. Attention, nous n’avons rien contre les Allemands. Par contre, vous avez dans toutes les institutions européennes une présidence, voire une personne très bien placée, allemande. Merkel siège également dans le même parti politique qu’Orban », ajoute Sophie Rauszer,

Effectivement, le PPE  (Parti populaire européen) doit faire impérativement une clarification, avant ces élections, entre Merkel et Orban, car à ce jour ils sont toujours dans le même parti politique européen, très large toutefois. Il est difficile de comparer les alliances politiques en Europe avec notre paysage national politique. Enfin, la mémoire politique est fondamentale en toute chose. Angela Merkel a réalisé tout de même une déclaration d’une grande humanité à l’arrivée d’une vague de migrants massive en Allemagne qui a fait date. On ne peut pas l’oublier, car en même temps, la France bougeait si peu sur le sujet sous la Présidence de François Hollande, le grand donneur de leçons et ses sympathisants qualifiés par Adrien Quatennens de « Cocus du Bourget ».

C’est pourquoi, l’importance du vote le 26 mai prochain est primordiale. D’autant plus que ce nouveau suffrage se traduit par des listes nationales, et plus régionales. « Ne laissez pas votre vote aux autres, l’élection européenne est un vote de classe. Nous allons toute l’année dans les quartiers, et il est très important que cette population participe à cette élection en 2019. Nous ne sommes pas le camp du repli, mais celui des solidarités concrètes. Nous voulons devenir une force de rupture au sein de l’Union européenne », souligne Julien Poix.

« Il n’y a pas de plan B sans essayer le plan A »,  Adrien Quatennens

La grande confusion de la présidentielle fut la sortie de l’Europe comme choix stratégique par la France Insoumise. « Premièrement, nous ne sortons pas de l’Europe, c’est une question de géographie, la Suisse est dans l’Europe (comme la Norvège), mais pas dans l’Union européenne. Par contre, nous voulons renégocier les traités de l’Union européenne. C’est notre plan A. Je suis intimement convaincu que la France, dont la pesée économique est de 18% du PIB total de l’U.E, sera écoutée. Il ne peut y avoir d’Union européenne sans la France, la Grèce n’a pas pu engager ce rapport de force », commente Adrien Quatennens.

Ensuite, il y a le plan B, mais « Il n’y a pas de plan B sans essayer le plan A. En effet, seule l’explication du Plan A (avorté) aux citoyens participera au consentement vers la sortie de l’Union européenne », précise Adrien Quatennens.

En finir avec les lobbys…

Aujourd’hui, il y a deux députés européens de la France Insoumise. « Avec cette élection, nous espérons 15 à 20 élus. Ainsi, de l’intérieur, nous pourrons commercer à peser sur des décisions, sur des votes. Je rappelle qu’un dernier vote très important au parlement européen est passé à 15 voix près », explique Sophie Rauszer.

Justement de l’intérieur, Adrien Quatennens ne fait pas dans la demi-mesure : « Il faut en finir avec les lobbys au sein de l’Union européenne ». Assurément, déjà en France, le poids du lobbying depuis la nuit des temps influence le contenu des lois, et notamment des décrets d’applications, là où tout se joue. D’ailleurs, Nicolas Hulot a dénoncé cette présence permanente… !

Au niveau de Bruxelles et de Strasbourg, c’est encore plus affiché, ils ne font même pas dans la discrétion. C’est un contre-pouvoir parfaitement identifié. La question est simple. Serait-il plus difficile de réduire drastiquement le poids des lobbys à Bruxelles que de renégocier les traités européens ? En effet, si cette initiative trouvait une réponse concrète, ce serait peut-être la 1ère grande révolution au sein de l’institution européenne.

L’industrie en question

Il faut redire qu’à la base l’union européenne est une alliance industrielle entre les 6 plus grands pays d’Europe à l’époque. « Bien sûr, nous ne faisons pas une croix sur l’industrie à travers notre planification écologique. Par contre, il faut cesser les concurrences au sein de l’Union européenne. Des entreprises comme Vallourec sont en compétition entre leurs sites de production…. », explique Adrien Quatennens.

Ensuite, le député du Nord met en exergue ce programme écologique… « que d’empois potentiels dans la mise en oeuvre de la planification écologique, sur les ressources marines, sur l’éolien, la sortie du nucléaire etc. ». A contrario, il ne rate pas un rappel instructif. « Chaque emploi sauvé par le CICE a coûté 330 000 € »… bref une bonne gestion de l’argent public… !

La défense européenne

C’est le sujet du moment, celui qui a enflammé le week-end de commémorations pour le centenaire de l’armistice de la guerre 14-18. Très au fait sur le sujet, Sophie Rausze assène : « Nous ne voulons plus être inféodé à l’Otan, il faut sortir de l’Otan ». Adrien Quatennens conforte ce propos « nous voulons la paix ». Donc en clair, pas de défense européenne dont le budget dédié pourrait servir à « une autre politique sociale européenne ». D’ailleurs, en digression, le sujet des travailleurs détachés n’est pas du tout bouclé pour Adrien Quatennens.

Tout le monde veut la paix. Dès que l’homme lève le poing, il fait preuve d’un manque d’imagination. Sauf que l’Etat islamique ne veut pas la paix, les attentats terroristes sur notre sol sont d’abord en réponse à notre mode de vie. Donc que faire ? Ne pas intervenir au Sahel ou sur toute autre opération extérieure dont l’objet est d’éradiquer sur place les groupes terroristes ? Si oui, les Français prendront-ils le risque de cette position stratégique ? Si non, qui finance ces opérations, la France toujours seule ou l’Europe ce qui soulagerait le budget de l’Etat français. La France insoumise ne répond pas encore à cette question. Ne doutons pas qu’il le fasse prochainement en balayant de suite l’hypothèse où la France deviendrait la Confédération helvétique avec son historique neutralité. La France à une voix dans le monde qui porte…encore !

La fiscalité

L’évasion fiscale agace face aux gesticulations budgétaires, car « imaginez les possibilités avec les centaines de milliards de l’’évasion fiscales chaque année », commente  Adrien Quatennens. Dans son programme durant la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon proposait une solution limpide et imparable.  » Les Américains appliquent l’impôt universel. Quel que soit le lieu de résidence dans le monde, le citoyen américain doit payer ces impôts au U.SA (outre les taxes locales)  » , ajoute-t-il. C’est d’une simplicité biblique, un citoyen français payerait ces impôts français, quel que soit son pays d’adoption, sauf changement de nationalité ce qui n’est pas l’initiative la plus simple à envisager… ! Ça c’est du concret, fini la truande aux 180 jours de présence sur le sol français ou pas !

Voilà un parfum de campagne européenne dont l’issue revêt une importance insoupçonnée à bien des égards.

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 20 novembre 2018
Adrien Quatennens France insoumise Julien Poix Sophie Rauszer
La France Insoumise sur le front européen
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