Geneviève Mannarino et Yves Dusart sont les Conseillers départementaux du canton de Valenciennes/Saint-Saulve depuis 2015. Trois ans après, c’est le temps de réaliser un point d’étape d’une politique volontariste du Conseil départemental du Nord qu’il faut pour autant faire comprendre à la population comme aux partenaires.

Le Conseil départemental n’est pas seulement un guichet social

Sur la forme, suite aux élections, Geneviève Mannarino a été nommée vice-présidente en charge du handicap dès la 1ère salve du Bureau exécutif. Ensuite, un peu contre toute attente suite à un départ vers le parlement, Yves Dusart a été promu vice-président en charge de la jeunesse sur un très vaste périmètre. « Je ne m’y attendais pas du tout. C’est une chance pour le canton, car les VP participent aux décisions stratégiques », souligne l’adjoint à la ville Saint-Saulve. Ce canton est de facto le seul avec deux VP sur l’ensemble du Conseil départemental du nord.

Sur le fond, cette institution publique dans le paysage politique français a endossé depuis longtemps le costume du guichet social. Les crises industrielles et la paupérisation de la population dans le Nord ont mécaniquement asphyxié financièrement le Conseil général du Nord jusqu’à un point de non retour. Certes, le transfert de charges non compensées à l’euro près par l’Etat est une réalité financière que le département a assumé seul. Pour autant, la conséquence était limpide, le déficit financier abyssal du Conseil départemental, succédant au Conseil général, était béant. « Nous avons demandé un effort fiscal de 100 millions d’euros aux nordistes, l’année 2015 et 2016 furent difficiles, la situation financière est de nouveau équilibrée, mais nous restons très vigilants », souligne Yves Dusart. Toutefois, cet effort fiscal n’était pas la seule initiative… « nous avons choisi une réorganisation des politiques en même temps », souligne Geneviève Mannarino, vice-présidente en charge du handicap au sein du Conseil départemental.

Un besoin, un service, un partage des compétences … !

« Nous avons besoin de transformer l’effort, mieux évaluer les besoins, soutenir le maintien à domicile, l’autonomie, l’habitat inclusif de Dunkerque à Fourmies etc. », souligne Geneviève Mannarino. En clair, la cible de l’investissement doit mieux se définir, ce n’est pas simplement une colonne de chiffres, un budget, un virement, mais des hommes et des femmes avec des besoins précis. « Il faut changer les habitudes, mieux se focaliser sur le parcours des personnes », ajoute Yves Dusart. A ce titre, il explique un exemple édifiant sur la jeunesse placée suite à une décision de justice. « Aujourd’hui, suite à un signalement, sur 100 enfants placés, 20% sont dans une situation de maltraitance qui ne laisse pas de choix, par contre 80 % des autres enfants sont placés sans forcément essayer de trouver des solutions alternatives avec la famille. Pourquoi immédiatement choisir la posture d’une explosion de la famille ? A notre arrivée, nous parlions de 95% des jeunes directement placés sans tentative de dialogue avec les parents, suite une carence éducative, etc. Le simple fait de mettre tous les acteurs d’un placement judiciaire autour de la table, Education nationale, Assistance sociale etc. fait évoluer les choses », mentionne Yves Dusart. La culture très française du travail en silo constitue une source d’inefficacité chronique… qui ne dérange personne !

Sur les compétences des deux VP, les partenaires ont connu une baisse significative budgétaire, de 10% environ sur la jeunesse, et de 2% à 8% sur les personnes en situation de handicap, à travers des CPOM sur 3 ans (contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens). Ces réductions budgétaires ont généré de vives tensions entre le Département et ces structures, parfois très virulentes. « Il faut noter également que certaines postures technocratiques ont mis du temps à évoluer face à cette nouvelle méthode. Aujourd’hui, le discours a changé par rapport à cette époque, il n’y a pas qu’une seule réponse à un besoin identifié. Il faut plus d’accompagnement pour un maintien à domicile ce qui constitue le souhait d’une majeure partie des personnes concernées », précise Geneviève Mannarino. Les prochains CPOM intervenant en 2019 seront les juges de paix sachant que des lignes rouges ne pourront êtres franchies pour des raisons budgétaires, chacun le sait !

L’arrivée de la nouvelle majorité s’est traduite aussi par des réductions d’effectifs drastiques, « mais nous n’avons pas réduit l’investissement, c’est une fausse idée. Par contre, nous avons validé les projets finançables… Avant, tout était accepté (sur l’idée) avant même une réalité de financement », précise Yves Dusart.

Le CLIC/Relais/Autonomie

Un bref regard dans le rétroviseur nous rappelle que les CLIC ont été créés en 2000 suite au rapport « vieillir en France » rédigé par Paulette Guinchard Kustler en 1999. En 2012, on dénombrait près de 600 CLIC sur tout le territoire français. Si le champ gérontologique demeure un axe fort de ce dispositif, en 2017, les relais autonomie s’adressent aux personnes âgées, mais également aux personnes en situation de handicap. Lancée en juillet 2017, la labellisation des CLIC-Relais autonomie constitue la première étape d’une politique départementale dont l’objectif est de faciliter l’accès à l’information. «  Dés la fin de l’année 2019, nous allons inaugurer 40 nouvelles structures sur l’ensemble du département », souligne Geneviève Mannarino.

Le RSA

Le Conseil départemental du Nord est un monstre budgétaire, le plus important de France avec une enveloppe de 3,5 milliards d’euros. Difficile de ne pas mentionner cette particularité départementale « où un nordiste sur six est allocataire du RSA », explique Yves Dusart. Pour autant, quelques inepties étaient de mise. Les allocataires du RSA pouvaient ne pas être inscrits à Pôle Emploi avant 2015 ! « Nous avons conditionné le versement du RSA à un parcours de recherche d’emploi, et par suite une inscription à ¨pole Emploi », précise Geneviève Mannarino. Le département du nord, véritable terreau des innovations sociales très observées par l’Etat, comprend 116 000 familles (avec 2,3 voire 4 allocataires possibles dans une seule famille) en 2015, 108 000 familles aujourd’hui. « Nous espérons arriver à 100 000 familles allocataires à la fin du mandat », précise  Yves Dusart. Chaque retour à l’emploi, outre l’aspect développement personnel, génère une économie conséquente pour le budget du Conseil départemental du nord. Aucun doute, le retour à l’emploi est le remède à (presque) tous nos maux.

Sur le canton Valenciennes/Saint-Saulve

Sur ce canton, concrètement le volet investissement s’évalue à 100 millions d’euros depuis 2015. « Bien sûr, 85 millions d’euros sont consacrés sur le Contournement nord. Sur ce dossier, le tronçon Valenciennes-Bruay sera achevé d’ici la fin du mandat. Par contre, le tronçon Bruay-sur-l’Escaut-Raismes ne sera pas bouclé avant 2024 », précise Yves Dusart.

« Sur Valenciennes, l’investissement s’est traduit avec la salle des sports des Cheminots pour un million d’euros, une participation à la réhabilitation de l’étang du Vignoble, aux travaux lourds du Phénix (300 000 €), voire sur la promotion de la Coupe du Monde (85 000 €) », ajoute Geneviève Mannarino, également adjointe à la culture au sein du Conseil municipal de Valenciennes. Sur la commune de Saint-Saulve, le département s’est investi dans la création d’un terrain de foot synthétique, d’un giratoire dans le cadre du contournement nord, et de l’extension du tennis avec notamment un accès aux PMR.

L’Odyssée à la Chasse Royale

Au niveau des projets, ils sont toujours vivaces avec le collège Chasse Royale à Valenciennes. « Cette semaine, nous venons de lancer les appels d’offres, une 1ère pierre est envisageable en 2019 pour une fin de travaux en 2020 », commente Geneviève Mannarino. Pourtant, cet établissement scolaire a eu la tête sur le billot. « L’Académie de Lille était claire, il y avait un collège de trop sur Valenciennes. Nous nous sommes battus pour le maintenir. Demain, ce sera un collège numérique s’inscrivant dans le programme ANRU, tout comme l’espace culturel de l’Odyssée déjà construit sur Chasse Royale ».

Toujours au bénéfice de ce territoire, la cure d’amaigrissement budgétaire conjuguée à une réduction de l’effectif du Conseil départemental du Nord fut compensée par une enveloppe plus importante pour le conseiller départemental, un peu sa réserve parlementaire en mode canton « L’AIL (Aide à l’Initiative Locale) a été augmentée à hauteur de 120 000 €. Nous finançons toutes les initiatives associatives même si elles ne sont pas dans notre champ de compétences comme vice-présidents », précise Yves Dusart.

A mentionner, Geneviève Mannarino est co-présidente d’un des ateliers réfléchissant à l’élaboration de la loi prochaine loi « dépendance ». Le fameux 5ème risque que tous les gouvernements ont abandonné, voire mis de coté, tant la complexité du sujet est phénoménal. Néanmoins, l’augmentation d’une population vieillissante nous oblige aujourd’hui à y réfléchir, la poussière sous le tapis fabrique mécaniquement des situations inextricables plus tard…

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 28 novembre 2018
Conseil départemental du Nord Geneviève Mannarino Yves Dusart
Le Conseil départemental accompagne ses publics
Facebook Twitter Linkedin
Print Friendly, PDF & Email