En 1999, un diagnostic sur les besoins économiques des entreprises sur le territoire du Grand Hainaut a contribué à la naissance d’un centre d’innovation et d’essais technologiques. Vingt ans plus tard, Valutec, filiale de l’Université Polytechnique Hauts-de-France, est devenu un outil aussi indispensable qu’incontournable dans la sphère économique. Rencontre avec Jean-Pierre Cartellini, son directeur général, et Abdelhak Kabila, vice-président de l’UPHF (visuel d’un banc de choc piéton).

Valutec, un outil industriel partagé !

Le soutien aux entreprises constitue la genèse de cette création. « Valutec est une suite logique du déclin de la métallurgie. il fallait aider les entreprises du territoire, nous avons échangé sur les besoins des PME qui n’ont pas de R&D (Recherche et Développement), voire des besoins ponctuels ou d’urgence », déclare Abdelhak Kabila, vice-président à l’UPHF.

En 1999, au sein d’un environnement économique en souffrance, le pôle recherche de l’UVHC à l’époque, mais également les entreprises du Grand Hainaut, ont souhaité cette nouvelle création d’un centre d’innovation et d’essais technologiques. Baptisé Valutec, cette structure « est une S.A, elle parle donc le même langage que ses clients. Par contre, nous sommes une filiale de l’Université Polytechnique Hauts-de-France actionnaire à 67%, la CDC (Caisse des Dépôts et Consignations) est également un soutien important avec 15%, mais également des actionnaires locaux comme Hiolle Industries, PSA, Sevelnord etc. VALUTEC est aujourd’hui autonome financièrement, nous ne recevons aucune subvention », explique Jean-Pierre Cartellini, son directeur général.

Fort d’une équipe de 21 ingénieurs, cette petite PME n’a pas trop de difficultés pour attirer des compétences. « Aucun essai n’est identique à l’autre. Il y a d’ailleurs un aspect très confidentiel que nous assurons pour notre clientèle. C’est très intéressant pour les collaborateurs de Valutec », ajoute Jean-Pierre Cartellini.

Transport terrestre, mais pas seulement

Valutec- C3T était dédié à l’origine aux essais sur le Transport Terrestre sauf que sa palette s’est élargie un peu contraint et forcé. « Nous avons subi une chute des commandes durant la crise de 2008. De fait, nous avons diversifié notre clientèle. Aujourd’hui, nous intervenons évidemment pour le transport terrestre, mais également pour l’armement, le naval, la grande distribution, voire dans le loisir », explique le directeur général.

Fort logiquement, la qualité de cet outil au service des entreprises fait la différence. En 20 ans, la surface d’essais de Valutec a été doublée, offrant des possibilités multiples d’essais pour la sécurité, le confort et la fiabilité : essais vibratoires, acoustiques, climatiques, aéraulique, endurance, crash, freinage, photogrammétrie, essais aggravés ! « Nous sommes en concurrence totale avec d’autres centres d’essais. Nous gagnons, nous perdons des clients, mais notre point fort est notre gamme très large de tests. Par exemple, grâce à la qualité de nos essais, nous avons récupéré un test effectué en Allemagne pour l’entreprise Val’Dunes à Trith-st-Léger », ajoute le directeur général. Quand la performance réduit l’empreinte carbone, tout devient possible… !

« Nous réalisons des tests pour des batteries électriques de Corée », Jean-Pierre Cartellini.

Le débat écologique du moment ne peut s’exonérer d’une réalité industrielle cruelle. La prime à la conversion destinée à l’acquisition, parmi d’autres, d’une voiture électrique valide le fait que les batteries sont invariablement produites en Asie…, magnifique sur l’aspect écologique. Même le Président de la République a lancé ce défi à relever par l’Europe. Et pourtant à Valenciennes… « nous réalisons des tests pour des batteries électriques de Corée. Très récemment, une équipe coréenne est venue chez nous pour superviser nos tests sur leurs batteries électriques », explique Jean-Pierre Cartellini.

Mais ce n’est pas tout, le C3T s’est développé sur le site de l’UPHF, depuis 2015 l’avènement de ACM (Arenberg Creative Mine) a permis un transfert du laboratoire De Visu sur Wallers Arenberg. « C’est toujours une filiale de l’UPHF, elle se consacre au traitement de l’image, et s’appelle Valumédia », précise Abdelhak Kabila.

Valutec-C3T, Centre de Ressources Technologiques

Dans cette course effrénée à la reconnaissance professionnelle, Valutec-C3T doit se doter de certification. Dans cette optique, la SA Valutec a obtenu la qualification de CRT (Centre de Ressources Technologiques), une reconnaissance mise en place conjointement par le Ministère chargé de la Recherche et le Ministère chargé de l’Industrie. Cette qualification CRT est un atout en terme de lisibilité pour les clients régionaux, nationaux, voire internationaux.

Vivre un essai

Afin de mieux illustrer le métier de Valutec, une série de démonstrations étaient proposées aux visiteurs du jour. La fameuse catapulte permet de lancer un produit client, via un chariot, à environ 60 à 65km. « Pour installer ce produit sur un charriot, il faut usiner un bâti en acier, ce sera un modèle unique », commente le Directeur général. Et fort logiquement « nous ne jetons aucun bâti/acier, car un client peut nous demander ultérieurement un autre test, mais c’est très encombrant. Nous manquons d’espace de stockage », soupire Jean-Pierre Cartellini.

Autre expérience, un banc choc piéton permet de mesurer l’impact sur une personne percutée. Une boule de 20kg est envoyée à 40km/h sur une voiture, plusieurs essais sont possibles à 4 mètres et 7 mètres en terme de projection, choc tête, choc  jambe, choc hanche etc. Par le biais de caméras, le lancer est filmé image par image. Puis, il est analysé par ordinateur. A l’oeil nu, il est quasi impossible de voir la boule impactée le capot de la voiture alors que nous sommes à 40km. De plus, le choc sur la voiture (dans le diaporama) tétanise le spectateur tant il est visible, impressionnant… avec une vitesse si réduite ! C’est une vidéo pour la sécurité routière en puissance (diaporama en fin d’article).

Valutec-C3T dans 20 ans

Pour réfléchir aux enjeux d’aujourd’hui et de demain « nous avons un COS ( Comité d’orientation Stratégique) où siège des élus, des industriels, des étudiants, afin de fixer des lignes stratégiques, mai aussi pour réaliser une veille à l’innovation », explique Abdelhak Kabila.

Pour autant, le futur d’un centre d’essais sera-t-il toujours pertinent ?  » La catapulte sera-t-elle toujours nécessaire avec la réalité virtuelle ? », se demande le DG.

Valutec, en amont de la recherche de l’UPHF, en aval des besoins des entreprises, est au coeur de l’industrie. D’ailleurs, c’est un véritable baromètre de l’activité économique, car le R&D est le premier budget mis de coté quand la conjecture n’est pas favorable. Valutec-C3T est de facto condamné à croître, proposer des essais innovants, car la concurrence est mondiale. Rendez-vous sur la Place des Grands Centres d’essais… dans 20 ans !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 29 novembre 2018
Abdelhak Kabila C3T Jean-Pierre Cartellini UPHF Valutec
Valutec, 20 ans au service de l’entreprise et de la recherche
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