Manuel Bompard sillonne la France dans le cadre des élections européennes, il était de passage hier dans le Valenciennois. Dans cette optique, il a rencontré les syndicats du CHV, puis a tenu une réunion publique au sein de la Salle des Fêtes de Saint-Saulve en compagnie de Julien Poix. Entre deux, il a exposé à la presse locale ses attentes, et elles sont immenses !

Manuel Bompard : « En finir avec cette règle des 3% »

Ce chiffre d’un déficit national corseté par l’Europe est tellement dans notre inconscient collectif que nous ne savons plus d’où il sort, des générations sont nées avec cette mesure de la misère. Le dogme selon lequel la précarité est quantifiable comme un indice du CAC 40, le code pénal de la souffrance sociale, la version européenne du film « Moi, moche et… méchante ».

« Il date des années 80, sans doute fait sur un coin de table… ! Il faut en finir avec cette règle des 3% qui étrangle les peuples », assène Manuel Bompard. Au niveau européen, la France Insoumise veut créer un rapport de force afin de changer cette donne économique.

Plusieurs voies, navigables, sont possibles pour arriver à bon port ! Tout d’abord, le jeu des alliances demeure un outil de démocratie. « La France suit l’Allemagne, il faut changer le rapport de force en trouvant des alliances avec des pays du sud de l’Europe. Des partis en Espagne, le fameux Podemos, au Portugal, en Suède, aux Pays-bas, en Italie etc. peuvent s’unir pour faire face à l’Allemagne », explique Manuel Bompard.

Le couple Franco-Allemand vit un tournant de sa relation, c’est la fin de l’ère Angela Merkel dont le discours d’accueil des migrants, en son temps, restera une leçon pour toutes les nations. Néanmoins, cette fin de règne, par porosité, ouvre une nouvelle période entre la France et l’Allemagne. En effet, la croissance de ce pays voisin est moins insolante, la France peut-elle imposer un nouveau son politique ?

Dans ce contexte inédit depuis longtemps, la France Insoumise veut imprimer sa colonne vertébrale politique, la transition écologique au niveau européen. L’électeur béotien en politique a toujours du mal à saisir quel est le frein à la fusion entre EELV et la France Insoumise. Manuel Bompard tente de répondre : « Certes, nous poursuivons le même objectif, mais pas avec les mêmes moyens. Ils sont trop naïfs. Ils croient qu’ils peuvent changer de l’intérieur la donne politique au sein de l’Union européenne. Non, il faut supprimer tous les traités existants et repartir sur de nouvelles bases ».

« Nous plaçons l’environnement au dessus de l’économie », Manuel Bompard

La voix de ce parti politique veut aussi replacer le coeur du moteur au sein de la campagne européenne de la France Insoumise, l’urgence écologique. « C’est le sujet central autour duquel s’articule tous les projets. Il faut agir de suite, c’est criminel », souligne Manuel Bompard. Au moins, pour ou contre ce postulat, il a l’immense mérite d’être limpide.

L’Europe peut bâtir un avenir écologique dans les 27 pays de l’Union européenne, pas une fin en soit, mais toujours mieux que nos gesticulations nationales actuelles. Sur les modes de transport « le fluvial et le ferroviaire sont complémentaires. Le ferroutage a été abandonné en France », précise-t-il ! Même si la quatrième autoroute ferroviaire en France reliant Calais au terminal italien de Turin Orbassano a été inaugurée en novembre 2018, nous sommes loin du compte. Le volet économique, soyons concret, du ferroutage a noyé tout maintien d’un service au niveau d’un grand pays comme la France. La réponse de la France Insoumise : « Nous plaçons l’environnement au dessus de l’économie », ajoute-t-il.

L’écologie peut aussi se marier avec l’économie. « Nous proposons à travers un plan d’investissement sur le long terme de rénover, en terme d’efficacité énergétique, 800 000 logements par an. C’est de l’emploi, c’est une réduction de la facture énergétique pour les usagers, c’est bon pour le climat », commente Manuel Bompard.

L’industrie souveraine

Sur un territoire industrieux comme le valenciennois, la France Insoumise a une parole écoutée. « Il y a des ASCOVAL partout en France, Florange, le site d’Alstom à Belfort etc. Il faut maintenir une souveraineté industrielle », explique manuel Bompard. Le protectionisme mesuré peut participer à protéger une industrie lourde concurrencée par les pays asiatiques. Nous le savons sur le Valenciennois, quand la Chine, déjà très puissante sur le marché ferroviaire, va pénétrer le marché européen…, c’est le début de la fin.

Concernant les travailleurs détachés, Manuel Bompard convient que des progrès ont été réalisés. « Par contre, cela concerne 500 000 salariés détachés sur 3 millions. Ensuite, on veut les limiter à 12 mois, la moyenne de séjour d’un salarié détaché est de 40 jours ».

La fiscalité perdue

L’évasion fiscale est devenue aujourd’hui une réalité insupportable par tous les partis politiques. Chose presque incongrue il y a si peu, mais le déficit public de l’Etat, les GAFA and co payant des miettes fiscales au trésor public ont conduit la pensée politique globale à réagir.

« Pour lutter contre l’évasion fiscale, il faudrait déjà une harmonisation fiscale, dans les 27 pays, au niveau de l’impôt sur les sociétés », lance Manuel Bompard. Assurément, le concours Lépine du taux fiscal le plus imaginatif pour attirer le chaland n’aide pas… ! Voilà déjà une ligne d’horizon pour atteindre un 1er objectif.

Ensuite, la liste des pays blacklistés comme paradis fiscaux connaît quelques omissions regrettables, c’est peu de la dire, le Luxembourg, Andorre, les iles anglo-normandes etc., tout est normal ! Là également, une horizontalité fiscale rendrait cette union européenne plus juste, et plus puissante hors de ses frontières communes.

En digression nationale, la fiscalité universelle du programme de la France insoumise à la présidentielle 2017 pourrait se voir muter en fiscalité européenne universelle, une batterie de taux identiques dans les 27 pays, et des ressortissants européens fiscalisés partout dans le monde comme le font, presque naturellement, les Etats-Unis. Pourquoi réfléchir petit ? Il n’est pas interdit de voir la solution à un problème national à une autre échelle ! Vu des pays hors des frontières de l’Europe, l’image serait efficace en matière de cohésion des peuples et des objectifs. Il s’avèrerait nettement plus dure de s’attaquer isolément à un pays plutôt qu’à un autre, le bloc Europe aurait enfin un sens politique, économique, et sociale !

L’ImPACt de l’Europe sur l’agriculture

L’Europe pour certains est synonyme de la PAC (Politique Agricole Commune). « Le problème est que les fonds de la PAC sont alloués à l’hectare. On pousse les grandes exploitations, on oublie les petits producteurs », lance Manuel Bompard.

Les engagements présidentiels en matière de Glyphosate, soutenu par Nicolas Hulot, arrive « à échéance en 2020, nous verrons. Nous pensons qu’il faut se donner des objectifs, interdir à telle échéance avec de l’accompagnement, des dérogations si nécessaire, mais pas reculer, repousser etc. », ajoute-t-il.

Nous avons un exemple très concret dans un tout autre domaine, mais qui illustre parfaitement le problème de la temporalité d’une obligation. La loi de février 2005 pour « L‘égalité des chances », qui sera éternellement le démarrage de presque toutes les avancées sur le handicap, était trop souple. 2005, les entreprises privés et bâtiments publics avaient dix ans pour devenir accessibles aux PMR. Résultat des courses, un rapport sénatorial constatait fin 2014 que 25% des sites étaient conformes. Un plan ADAPT fut accordé pour tous sur 3 ans, 10 + 3 = 13 ans, une obligation dans les 12 mois, avec une dérogation, dans certains cas, sur 3 ans eut fait l’affaire ! La cause du handicap a perdu dix ans sur l’autel de quoi ?

Il en vas de même pour l’environnement. L’entreprise, la collectivité locale, etc. ont toujours mieux à faire que de se plier à une contrainte environnementale. Bizarrement, une fois légiféré, on trouve des solutions…., on s’adapte !

La défense européenne

Pas franchement le sujet où la France Insoumise est le plus à l’aise. Pour autant, Manuel Bompard explique sans faux fuyant la position politique : « Nous voulons que les pays européens se désengagent de l’OTAN afin de fonder une Défense européenne, une Europe de la défense ». 

La France est concernée au premier chef, elle est de fait la première puissance militaire d’Europe, la seule à pouvoir projeter ses troupes spéciales hors des frontières, avec un siège au Conseil de sécurité. Oui, la France a tout intérêt à la contribution d’une Europe de la Défense de façon à répartir l’effort entre tous.

Voilà de manière très imparfaite un brossage à grands traits des axes politiques de la France Insoumise pour cette élection européenne du 26 mai prochain. Rappelons que cette élection est à un tour et à la proportionnelle, pas anodin sur le résultat !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 27 avril 2019
La France Insoumise Manuel Bompard
L’Europe insoumise, une tendance de fond insubmersible tôt ou tard !
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