Dans le cadre de cette semaine consacrée au développement durable, la Route de l’Eau installée par le SIAV sur le site de l’Université Polytechnique Hauts-de-France a été mise en lumière à travers la visite du Sous-Préfet de Valenciennes, Christian Rock (visuel gabion à gauche, noue plantée à droite).

(Parking où les eaux pluviales se dirigent vers une noue plantée)

Gérer l’eau là elle tombe

L’urbanisme du XIXème siècle, à travers la touche « Haussmann » à Paris, avait imposé un dogme en matière de gestion de l’eau. En effet, le principe était d’expulser, au plus vite et le mieux possible, les eaux usées et pluviales hors de la cité. C’est l’apparition des réseaux urbains sous-terrains véhiculant les eaux hors des communes. Ce postulat a vécu, une nouvelle approche plus écologique devient la norme. « Il faut gérer l’eau là elle tombe », explique un technicien du SIAV.

Pourquoi ce changement radical ?

Zone plantée

Le noeud du problème est l’urbanisation croissante, car l’étalement urbain durant le XXème siècle atteint des sommets. Le corollaire est simple, le béton partout transforme des espaces (verts) drainant en capacité d’absorber des eaux pluviales en zones imperméables. En clair sur le Valenciennois, le territoire imperméabilisé a doublé en 20 ans.

Suite à des inondations sur la ville d’Aulnoy-ez-Valenciennes en 2012, des aménagements innovants furent initiés sur le site de l’UVHC, aujourd’hui UPHF, afin de gérer différemment les eaux pluviales. Derrière cette démarche, le principe impérieux est de recharger les nappes phréatiques. Rappelons qu’en ce moment, un arrêté de sécheresse a été pris par le Préfet de Région Michel Lalande compte tenu de la faiblesse de la pluviométrie entre septembre et mars, les mois propices pour les remplir.

Cette « Route de l’Eau » s’articule sur un large périmètre sur le site de l’université, près de 3 000 M3 sont ainsi dédiés au stockage de l’eau.

Comment ?

Pas besoin de réinventer la poudre, des principes de bon sens suffisent parfois à diriger les eaux pluviales vers des zones de stockage. Par exemple, la route contournant l’UPHF (pour aller vers l’Ensiame etc.) est en légère déclivité, presque imperceptible par le conducteur, mais cela suffit pour diriger les eaux de pluie vers un système hydraulique doux, dit « Noue-Canal ». Ainsi, l’eau remplit ce fossé naturel aux abords de la voie routière. De la même manière, vous avez des gabions plus classiques sur le long des routes de l’UPHF.

Parking aménagé

Ensuite, les différents parkings sur le site de l’UPHF sont aménagés avec différentes techniques, matière poreuse pour la route, zone en herbe pour le parking, voire pavés auto-bloquants… !

Puis, le long de cette route, dans le prolongement d’une « noue-canal », il y a une série de « noues-plantées ». Ces dernières sont des fossés dans lesquels les plantes sont très présentes, l’efficacité est optimale. « La perméabilité est mille fois supérieure sur un dispositif planté par rapport à un aménagement non planté. On ne le voit pas, mais les plantes absorbent énormément d’eau avant même que la noue se remplisse », explique Jean-Jacques Herin, président de l’association Adopta, spécialisée dans la gestion de l’eau.

Enfin, une zone boisée dans une zone humide le long de l’UPHF offre un potentiel énorme pour la gestion des eaux de pluie.

Le coût global de ces aménagements portés (en 2012) en principal par le SIAV, mais également l’agence de l’eau et l’UPHF, est de 1 355 867 €.

Les chiffres sur la capacité de stockage sont éloquents entre les différents systèmes, 3 5000 M3 au total ventilés comme suit :

  • Gabion : 20 M3
  • Noue canal 45 M3
  • Noue plantée ou cuvette : 589 M3
  • Les parkings drainants : 113 M3
  • Les Espaces boisés classés : 1870 M3

C’est presque deux fois moins coûteux qu’une zone de tamponnement plus classique en béton (2 025 080 €) avec une capacité de stockage inférieure 2 100 M3.

L’exemple à suivre

L’esprit de ce dispositif est la renaturation d’un espace urbain afin de gérer les eaux de pluie sur site. « C’est ce que nous avons réalisé également sur l’Avenue Charles de Gaulle à Saint-Saulve en partenariat avec l’Agence de l’Eau », précise un technicien du SIAV.

Outre son efficacité avérée, cette « Route de l’Eau » est un exemple « pour tous les urbanistes. Nous pouvons leur expliquer, car la principale problématique est le dimensionnement. A cet effet, nous avons réalisé un logiciel à disposition (gratuite) des bureaux d’études afin qu’ils expérimentent les différentes solutions », conclut le technicien du SIAV.

Démonstrateur grandeur nature, cette « Route de l’Eau » devrait générer d’autres bonnes pratiques sur le Valenciennois, un territoire assez exposé aux inondations en lien avec les eaux de ruissellement… !

La gestion de l’eau, le traitement des déchets, l’aménagement urbain écologique, le XXIème siècle sera celui d’une nouvelle signature urbaine pour s’adapter au futur changement climatique, aux futurs bouleversements de la planète et de notre quotidien inconscient du phénomène trop longtemps.

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 8 juin 2019
Route de l'Eau SIAV UPHF
La Route de l’Eau, ça coule de source !
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