Avec comme objectif ambitieux une meilleure lisibilité de la thématique, l’association ADELI a organisé son premier « Rendez-vous de l’insertion » au sein de la salle des fêtes de Préseau. Un temps pour mieux connaître le rôle de cette mission sociale autant dans les collectivités publiques qu’au sein des acteurs en charge du projet. Cette manifestation a tenté une 1ère réponse sur le sujet.

L’Insertion, une nouvelle définition de soi

L’insertion, sa terminologie est particulièrement ardue. Si vous prenez la définition stricto sensu « l’insertion est le fait d’insérer ou de s’insérer. Ce terme désigne l’action de faire rentrer, d’introduire un élément dans un ensemble ou espace plus grand »… , vous demeurez hors du sujet tant elle est incomplète.  En effet, elle supposerait que l’espace d’insertion est plus vaste que la personne insérée, nous serions donc dans la pure insertion professionnelle, brute ! Que nenni, l’insertion professionnelle est d’abord la revalorisation du sujet, le rendre plus grand à ses yeux et aux regards des autres, un espace où employabilité devient le centre de ce projet partagé entre les acteurs concernés et l’individu. Oui, l’insertion est une conjugaison entre l’horizon professionnelle et une analyse personnelle très fine, un « je-ne-sais-quoi » d’une société responsable du parcours de vie de chacun de ses citoyens.

Temps de réflexion

L’entité ADELI regroupe 5 associations, Ageval, Entre’Aide, Adaci, dédiées à l’insertion professionnelle, mais également Prim’Toit et Cap-Il, vouées au logement. « Dans un monde où tout va vite, on se pose pour un temps d’intelligence collective », explique en propos liminaire Antoine Lopez, l’animateur des trois « Tables-Rondes » de cet événement.

Table-Ronde : L’insertion par le travail

L’exclusion sociale, nous ne pouvons plus parler d’une crise momentanée, c’est un mal plus profond. Pour autant, quelques balises sont tangibles dans le champ de l’insertion. « Il existe de moins en moins de subventions, l’insertion professionnelle dépend principalement des marchés publics », entame Antoine Lopez.

Dans le domaine du bâtiment, des espaces verts, etc., les ACI (Ateliers et Chantiers d’Insertion) sont le véhicule d’un retour vers l’emploi. « Ces personnes sont en CDDI (Contrat à Durée Déterminée d’Insertion), c’est une population fragile, vulnérable ; ce contrat de travail est un contrat de confiance », explique un intervenant. Pour autant, il ne faut jamais oublier la ligne d’horizon « retrouver un emploi dans le système marchand (voire une collectivité publique) », ajoute-t-il.

En digression, un point clé est à souligner, les ACI n’interviennent jamais chez le particulier. Normalement, une étude est réalisée afin de ne pas concurrencer le marché privé, pas toujours simple.

Ensuite, un contrat d’insertion professionnelle, comme un pouce levé dans les arènes antiques… « c’est la vie, la personne concernée redevient un acteur économique à par entière. Nous travaillons avec les communes, les bailleurs sociaux, voire les entreprises », précise un locuteur. Cette fonction sociale n’occulte pas un objectif très précis : « Le moteur du projet est la montée en compétences », ajoute un intervenant.

« Une place retrouvée dans la famille », Catherine Estaquet

Bien sûr, l’impact d’un retour au travail au sein d’une famille est atomique. « C’est une restructuration de la cellule familiale, une place retrouvée dans la famille, une dignité », commente Catherine Estaquet, administratrice d’AGEVAL, et surtout figure historique de l’action sociale au sein de la mairie de Valenciennes.

Un rappel chiffré situe l’ampleur du phénomène « dans les quartiers prioritaires QPV (Quartiers Politiques de la Ville), nous atteignons 30 % de demandeurs d’emplois dont 51 % chez les jeunes, ce sont des poches de précarité », souligne-t-elle…, et ceci dans toutes les communes de l’arrondissement.

« Des compétences transférables », Jean Clavery

Le retour à l’emploi à travers un contrat d’insertion a une fonction première. « Il y a une action de formation pour aboutir à des compétences transférables. C’est indispensable pour l’intégration dans une entreprise », précise Jean Clavery, administrateur chez Ageval

Table-Ronde 2 : L’insertion par le logement

Au sein des associations du Groupe ADELI, la problématique du logement est fondamentale. CHRS, logement d’urgence, voire adapté, il existe 2964 places d’hébergements sur 4 territoires, Valenciennois, Cambrésis, Avesnois, et Douaisis avec 6632 personnes accueillis en 2018.

C’est le fameux 115, le numéro d’urgence dont la fonction est d’orienter les appels vers la meilleure solution. Le logement constitue une étape clé dans la reconstruction. « Le logement d’abord, c’est une adresse, une identité, une sécurité, un environnement citoyen. Par contre, il faut rappeler que le 115 est libre d’adhésion, rien n’est imposé », explique Annie Taquet, présidente de l’Union Régionale des CLLAJ des Hauts de France.

Pour arriver à bonne fin, chaque dossier est différent. « Chaque cas est particulier pour réussir ce parcours logement. Nos partenariats sont essentiels », indique Jessica Mocq, responsable du CLLAJ Douaisis.

Table-Ronde 3 : La reconstruction de la personne

Cette table-ronde a mis en exergue la reconstruction de l’individu, le corolaire indissociable d’un accès à l’emploi, d’un toit.. « il faut rompre l’isolement, retrouver le lien social, et surtout modifier les préjugés des chefs d’entreprise vis à vis de l’emploi d’insertion », souligne Marie Chombard, conseillère chez Cap-Il.

Par essence, la valorisation de la personne constitue de fait la mission de l’insertion. Cette donnée deviendra le pilier d’un avenir social différent…

Les habitats-containers, c’est parti !

Patrick Roussiès, président d’ADELI

Après un test grandeur nature, une expérimentation réussie avec la fabrication d’un habitat-container test. ADELI a décidé de passer à la vitesse supérieure. « Nous lançon officiellement aujourd’hui une E.I (Entreprise d’Insertion). Ce n’est pas une fin en soi, mais un outil de plus pour l’insertion. Les signataires associatifs s’engagent pour 620 000 € afin d’assurer le lancement de cette entreprise. Néanmoins, je signale que nous avons déjà 19 commandes fermes représentant un an de charge de travail », précise Patrick Roussiès, le président d’ADELI.

« Nous avons résolu le problème de l’assurance décennale », précise-t-il. Effectivement, les compagnies d’assurance ont freiné des deux pieds avant d’attribuer une faculté de s’assurer à un habitat-container, l’assurance décennale fait partie intégrante de cette évolution. D’ailleurs, les compagnies d’assurance seront un frein dans de nombreux domaines, comme par exemple dans celui du véhicule autonome.

Voilà pour une première édition réussie des « Rendez-vous de l’Insertion » devant mécaniquement confronter plus encore des publics inconciliables, convier des experts reconnus, déranger l’auditoire sur un sujet qui ne fait pas consensus dans la société. L’insertion, c’est tout sauf les « Resto du Coeur », les détracteurs sont légions notamment dans un souci de liberté des marchés publics, de l’argent des contribuables injecté, il faut convaincre plus pour insérer davantage, persuader pour exister !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 16 juin 2019
ADELI insertion Patrick Roussies
L’insertion, en quête d’une identité ?
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