Si ce soutien officiel n’est absolument pas une surprise, le plus intéressant est d’où il vient et les conséquences sur le paysage politique local. Ensuite, les premières déclarations du maire sont tellement décalées de la réalité politique sur le terrain, ahurissant !

(Attention, ce visuel se situe durant la campagne des législatives en juin 2017, il ne préjuge en rien des alliances politiques futures, ou fin de non recevoir, pour les prochaines municipales dans les différentes communes du Valenciennois)

Qui peut fédérer localement la gauche, le centre, la droite, les écolos, et les marcheurs…?

Sur le fond, le scénario idéal pour Laurent Degallaix était celui de la législative 2017. Grâce au travail de négociation du binôme Jean-Louis Borloo/Laurent Degallaix, le comité local « En Marche », malgré une brillante campagne emmenée par Delphine Alexandre, fut évincé au profit d’une candidature de Béatrice Descamps et son suppléant Laurent Degallaix. En résumé, pas de Marcheur en face sans le dire laissant le soin de ménager les susceptibilités.

De facto, ce renoncement a poussé le maire de Valenciennes a négocié avec LREM depuis septembre 2017. Dans ce format, Laurent Degallaix était en position de force pouvant réduire au minimum les places disponibles pour LREM sur une future liste aux municipales.

Le temps a coulé avec des événements politiques, via Jean-Louis Borloo, modifiant le momentum politique. LREM, fort de sondages assez rassurants avant les européennes, a mis la pression sur de nombreux élus locaux qui ont rejoint avant, comme Laurent Degallaix en soutien de Dominique Riquet et Edouard Philippe le 22 mai dernier, voire après comme les 72 édiles en France.

Dans ce scénario, LREM reprend la maîtrise du temps et impose son soutien. Ou il est officiel et affiché ou il n’existe pas. Visiblement, Laurent Degallaix a dû se décider face à un scénario faussement idéal pour lui 9 mois avant l’élection. Par contre, c’est une stratégie diaboliquement pertinente du jeune parti LREM, qui a tous les défauts des anciens, car il fixe le maire de Valenciennes dans la majorité présidentielle. Ainsi, il est beaucoup plus compliqué de réaliser des alliances que dans le cas de figure où il n’y aurait personne en face, comme en 2017.

Bien sûr, le parti présidentiel veut booster le nombre de ses élus pour les sénatoriales en septembre 2020. Sur le terrain, gérer cette campagne officielle durant 9 mois, exposé politiquement, n’est pas un cadeau pour Laurent Degallaix. On rappelle pour mémoire que la liste de Dominique Riquet, en 2008, s’est présentée le 08 janvier 2008 soit deux mois et demi à peine avant l’échéance électorale. Pourtant, cette liste rassemblait deux membres du gouvernement, Jean-Louis Borloo et Valérie Létard avec une élection au 1er tour avec 55%, mais une perte d’environ 20 points par rapport au dernier suffrage pour Jean-Louis Borloo.

Que peut dire le parti UDI né sur la terre du Valenciennois ? Très compliqué pour ce parti fondé par Jean-Louis Borloo, car une absence d’alliance impliquerait des représailles pour les sénatoriales, et par suite sur le mandat de Valérie Létard. Oui, le parti UDI du Valenciennois a vécu une très très mauvaise après-midi quoi qu’ils disent dans les jours à venir, ce soutien officiel est un camouflet.

Autre point intéressant, Laurent Degallaix indique dans la Voix du Nord que « La République en marche m’a appelé pour me proposer son soutien ». Ensuite, il lance cette phrase culte… « je veux faire à Valenciennes une liste plurielle représentative de la ville avec des gens de la droite, du centre, de la gauche, des écolos et des marcheurs ».

Comment dire, un Jean-Louis Borloo pourrait mettre d’accord autour d’une table Donald Trump et Bernie Sanders tant sa capacité à fédérer est immense. En l’occurence Laurent Degallaix a une autre méthode de gouvernance, bonne ou mauvaise pour faire avancer les dossiers, c’est selon ses convictions, mais en toute état de cause, elle est est ultra clivante. Si une personne est neutre, elle est donc contre le pouvoir en place. L’opposition au sens large a souffert dans les grandes lignes, et les idées extérieures n’ont eu que peu d’impact sur le fond.

Un fait notable est que les élus et adjoints locaux ne peuvent, jusqu’à hier, que très peu s’exprimer dans la presse locale, voire pas du tout, quelque soit le sujet et cela depuis des années. C’est une méthode de travail, pourquoi pas… sauf que le même maire nous dit qu’il veut construire une liste plurielle, donc fédérer. Où des élus de gauche, écolo, du centre, et de droite débarquent à Valenciennes en décembre 2019, et n’ont jamais entendu parler du fonctionnement de la gouvernance à Valenciennes, où des citoyennes, citoyens seront attirés par des postes… en oubliant les convictions, c’est clair !

Enfin, Il faut être honnête, car en politique tout est possible. Toutefois, en l’espèce si une liste se constitue avec cette pluralité effective, alors là Thierry Mariani va également postuler pour faire partie du Bureau de la France Insoumise… ! En marche…. sur la tête !

Très franchement, on pensait que l’élection était pliée à Valenciennes, faute d’épaisseur d’une opposition, là les cartes sont complètement rebattues. Car le fin du fin est plus stratégique encore pour le parti LREM, si Laurent Degallaix perdait, cela ne ferait même pas deux lignes au niveau national, et de toute façon, le protégé de Borloo a perdu, zéro dommage pour LREM, c’est fort politiquement. Par contre, si Laurent Degallaix gagne, c’est une majorité d’élus LREM venant s’additionner aux autres avec une nouvelle ville moyenne dans l’escarcelle. C’est du grand art politiquement, laisser tout le risque à l’élu de terrain tout en sachant que l’impact national sera indolore ! Franchement, LREM apprend très vite… les bonnes pratiques politiques !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 17 juin 2019
Laurent Degallaix LREM
Décodage du soutien LREM à Laurent Degallaix
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