Une nouvelle association est en cours de constitution. Les Ch’tiski, elle sera basée sur la commune de Wallers avec un objectif clair ; mieux faire connaître la Pologne d’aujourd’hui, sa culture, ses particularités, un pays proche, mais méconnu, sans oublier une culture polonaise locale développée à travers les décennies sur le Hainaut.

(Le Bureau de l’association Les Ch’tiski)

Marek Kalis, président de l’association les Ch’tiski : « Il y a un problème de représentativité de la Polonité sur le Valenciennois »

En France, et notamment dans le Valenciennois, la communauté polonaise est venue massivement au XXème siècle sur les terres du Bassin minier du Nord Pas-de-Calais. Pour autant, toute l’actualité polonaise « semble se concentrer sur le Pas-de-Calais », souligne Marek Kalis, le président de l’association. Même les rencontres entre les deux pays s’organisent, parfois, sur la commune de Lens, épicentre de la communauté polonaise. « Il y a un problème de représentativité de la Polonité sur le Valenciennois, alors que nous sommes des milliers sur le Hainaut », ajoute-t-il. Rappelons que le chiffre exact est impossible à déterminer compte tenu d’une interdiction en France d’une quantification par origine etc.

Un peu d’histoire

Pour mieux comprendre cette initiative pertinente, un coup d’oeil dans le rétroviseur est utile. Avant la première guerre mondiale, la France était une grande puissance agricole avec une capitale à la différence d’autres pays européens comme l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas où les villes-états étaient pléthoriques. Cette différence dans la composition structurelle d’une population explique en partie le choc conjugué du croisement entre une industrie de masse naissante avec une population décimée par la première Guerre Mondiale (1914-1918).

« A la fin de la Grande Guerre (1918), le Hainaut a connu une forte première vague d’immigration avec des contingents polonais, italiens et espagnols », explique Marie-Christine Verschueren, membre de l’association. « Cela coïncide avec l’indépendance de la Pologne dont nous avons fêté l’indépendance en 2018 pour son centenaire », précise le Président.

Cette indépendance à travers la naissance d’une République coïncide avec un manque chronique de main-d’oeuvre en France. En effet, la première guerre fut un ravage dans les familles de France, ce pays a vu ses forces vives, voire toute une génération, tuées au front. On n’est pas en capacité de mesurer de nos jours cette boucherie dans les deux camps, l’impact dans les familles où l’exception était celle dont aucun membre n’avait pas été tué ou mutilé !

D’un autre coté, les compagnies minières sont en pleine essor, et notamment sur le berceau de l’exploitation du charbon découvert sur la commune de Fresnes-sur-Escaut. De nombreux puits sont ouverts dans le Hainaut, fosse Sabatier sur Raismes, Jeanne Colard sur Fresnes-sur-Escaut, Dutemple à Anzin, Poirier à Trith-st-Léger…, et bien sûr Wallers Arenberg, dernier puits fermé en 1989 où le film Germinal s’est tourné quelques années plus tard. Pour exploiter, il fallait donc recruter massivement d’où l’arrivée imposante de la communauté polonaise. « Tout le monde a tendance à idéaliser cette venue dans le Nord, mais les polonais de la 1ère génération ne furent pas très bien accueillis », ajoute Marek Kalis. Par ricochet, un besoin de se regrouper s’est fait jour avec des quartiers polonais comme sur Sabatier, ses commerces, son église classée (Unesco) etc., un réflexe classique d’une communauté loin de ses terres !

Pour autant, en France hexagonale, le Nord est un territoire différent des autres par son histoire, son patrimoine humain au sein d’une terre de migration, un lieu où les populations ont été déplacées massivement durant la seconde guerre mondiale, brassé par des communautés multiples dans les mines de charbon et la sidérurgie, plus d’une cinquantaine au fond des puits, une terre revenue de 300 ans d’occupation espagnole, mais encore avant sous le joug des Pays-Bas sans oublier l’invasion romaine plus loin encore. Incontestablement, nous sommes tous des migrants sur cette terre du Hainaut, locataire d’un territoire qui ne nous appartient pas. Ceci explique peut-être le sens de l’hospitalité légendaire des Ch’ti, et vérifiable en comparaison si vous voyagez un peu… !

« Parler de la Pologne d’aujourd’hui sans oublier l’identité polonaise locale », Marek Kalis

Cette création d’une association dédiée à la Polonité repose également sur un constat. « Avec la mise en place du rideau de fer à la fin de la seconde Guerre mondiale, les communautés polonaises en France sont restées sur une transmission de la mémoire des années 20, les souvenirs familiaux sont décalés avec la Pologne en 2019 », explique Marek Kalis.

Logo de l’association les Ch’tiski

Voilà un objectif central de l’association les Ch’tiski « parler de la Pologne d’aujourd’hui sans oublier l’identité polonaise locale ». En effet cette dernière est extrêmement développée avec des spécialités culinaires, des gâteaux… qui n’existe que dans le Nord, mais pas en Pologne, des danses folkloriques complètement absentes d’un cadre festif sur leur terre natale, voire « même du vocabulaire inventé, une sorte de dialecte local », précise Annie Pollet, membre de l’association. D’ailleurs, un membre de l’association distille des cours de Polonais, car la plupart des membres de la communauté du Valenciennois ne parle pas la langue polonaise. Ces cours sont assurés « au sein de la mairie annexe de Raismes sur le quartier Sabatier pour un niveau débutant comme plus confirmé », précise l’enseignante (plus d’infos au 06 88 36 29 68).

Un événement à l’origine de cette association

La singularité de cette association les « Ch’tiski » est qu’elle tire son origine de la volonté d’une manifestation festive. « Compte tenu de cette idée partagée, la seule solution était de s’organiser au sein d’une association », précise le président.

Concrètement, cette toute jeune association va commencer très fort avec deux jours festifs. En effet, les animations se dérouleront le samedi 07 et dimanche 08 décembre 2019 concomitamment au sein de la salle des Fêtes du Prince Arenberg, à Wallers Arenberg, et non loin de là le site minier de Wallers Arenberg en extérieur et au sein de la salle Léaud.

La diversité du programme est éloquente, danses folkloriques, groupes musicaux, bal orchestré, pièce de théâtre, soirée dansante, repas, un marché de Noël, voire une chorale d’enfants de renommée nationale en Pologne (Mala Armia Janosika). « Nous envisageons même une messe de Noël… avant Noël ! », précise Marek Kalis. Voilà tout un programme à préciser sur ce futur événement s’annonçant comme un rendez-vous incontournable pour ce début du mois de décembre. « Nous voulons organiser deux temps forts dans l’année, un pour le solstice d’été, un pour l’hiver », poursuit le président.

Implanté comme commerçant au nord de Valenciennes au sein du petit village faisant le croisement entre l’Avenue de Denain et rue de Lomprez, Marek Kalis propose des spécialités culinaires polonaises. «  Au début, je me concentrais uniquement sur les produits vendus en Pologne, les spécialistes nationales. Aujourd’hui, je me suis rendu compte qu’il fallait proposer les spécialités nationales, mais également celles de la communauté polonaise dans le Hainaut, car c’est une partie de l’identité locale », conclut Marek Kalis, il a tout compris !

Composition de l’association Les Ch’tiski :

Président : Marek Kalis, Trésorier : Laurence Pollet, Secrétaire : Stephanie Zirpolo, Membres de l’association : Marie-Christine Jean-Marie Verschuren, Annie Pollet, Anne-Marie Wisniewski, Katarzyna Karwat, Christian Sobecki, Ewa Conflant.

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 6 juillet 2019
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Les Ch’tiski pour une Polonité partagée
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