Cette nouvelle table ronde organisée par la député Béatrice Descamps était consacrée à un retour sur le rapport de la commission d’enquête sur l’inclusion scolaire. Bien sûr, les échanges très riches entre les participants, parents, enseignants, les professionnels AVS-AESH, etc., ont ouvert la discussion sur d’autres sujets !

L’individualisation de la prise en charge d’un enfant handicapé ou l’effet pervers d’une bonne intention… !

En première partie, la député de la 21ème circonscription a rendu compte des conclusions de l’enquête parlementaire sur l’école inclusive. Partie prenante à cette initiative « nous avons auditionné des ministres, des parents, des associations durant quatre mois dans un esprit très ouvert et transpartisant. Ce rapport préconise 57 propositions, 47 d’entre elles intéressent les Ministres concernés (Education nationale et chargé des Personnes handicapées) sans augurer d’une décision future. Le rapporteur cible trois axes principaux : la professionnalisation des AESH, la formation des enseignants, et le lien Education nationale/Médico social. Globalement, il y a eu des avancées depuis la loi de février 2005, mais il reste beaucoup à faire », explique Béatrice Descamps.

Ensuite, un tour de la salle a permis aux participants d’expliquer leur quotidien. Un père expliquait sa satisfaction sur l’excellente prise en charge de son enfant en école maternelle, et notamment à travers une AVS (Assistante de Vie Scolaire) non partagé. Le rôle de l’institutrice est également central. Un point noir sort néanmoins de cet échange. « Parfois, il y a un problème pour l’accompagnement des enfants durant les heures de cantines. Certaines communes engagent les AVS pour ce temps du repas, comme à Valenciennes dans le cas de notre enfant, d’autres communes ne le font pas », commente le père d’un enfant avec un handicap moteur.

« Une handicapée adulte n’a rien à faire en classe prépa », Mélanie

Ensuite, ce fut un témoignage croisée d’une mère dans le médico-social et de sa fille, Mélanie aujourd’hui adulte, sur la difficulté durant son parcours scolaire. « A l’arrivée dans une classe prépa sur l’Académie de Valenciennes, on m’a dit – une adulte handicapée n’a rien à faire dans une classe prépa », commente Mélanie… classe et sympathique !

Comme souvent, une histoire dont les aspérités sont multiples donnent envie de tendre la main à d’autres. «  J’ai découvert sur internet le combat d’une maman pour son enfant de 3 ans sur Nantes. Elle est trisomique et elle s’appelle Louise. Elle bénéficie d’une AVS, mais pas pour toute la durée de son temps scolaire. L’inspecteur de l’Académie nationale a expliqué aux parents-quand l’AVS n’est pas là, gardez votre enfant chez vous-«  , commente Mélanie, c’est très rude ! Depuis des publications sur les réseaux sociaux sur ce cas particulier, il y a eu une forme de retropédalage par l’Education nationale… !

« Depuis la rentrée, je passe 4 réunions par jour pour valider tous les protocoles », enseignante

La nouvelle donne de l’Education nationale est l’individualisation des enfants en situation de handicap en milieu scolaire. En droite ligne avec la loi « Ecole de la confiance », la maison éducative doit prendre en compte chaque cas particulier. « Je suis en réunion, depuis la rentrée, 4 fois par jour afin de valider tous les protocoles. Aux vacances de Toussaint, il nous restera encore 80 dossiers à traiter », explique une enseignante dans un collège du Valenciennois.

En clair, l’idée vertueuse d’une meilleure individualisation de la prise en charge d’un enfant scolarisé se transforme en parcours du combattant. « Le système est engorgé faute de moyens. L’individualisation, on n’y arrive plus », ajoute-t-elle. Le bémol est là. En l’absence de moyens humains et financiers supplémentaires, cette « bonne » idée se transforme en calvaire administratif.

Sur le terrain, la multiplicité des détections d’un handicap présumé se conjugue avec le délai de traitement des dossiers par la MDPH (Maison Départementale des personnes handicapées). « Nous sommes en moyenne à dix mois de délai de traitement par la MDPH du nord », mentionne un parent. Béatrice Descamps explique les tenants et les aboutissants « la MDPH du Nord est la plus importante de France, elle traite énormément de documents. Les agents de la MDPH sont submergés de dossiers à traiter ».

Une partie de la solution d’une simplification réussie passe par une hausse budgétaire, voire un redéploiement d’agents en provenance d’autres services, voire de corps d’Etat, au sein de la MDPH. Il faut faire preuve d’imagination lorsqu’un budget est aussi inamovible qu’une pyramide. Si les dossiers, les diagnostics, les préconisations etc. de la MDPH étaient bouclés en moins de 3 mois, un monde s’ouvrirait pour des enfants dont les dossiers ne seraient pas en superposition calendaire durant plusieurs années scolaires… ! Pour arriver à bonne fin, une réforme paraît inévitable « Il faut travailler à la simplification des dossiers MDPH », déclare Béatrice Descamps.

L’arrivée du PIAL

Mis en expérimentation l’année dernière, un nouvel acteur est arrivé pour cette rentrée scolaire 2019/2020. Le fameux PIAL (pôles inclusifs d’accompagnement localisés), sa mission coche toutes les cases de l’école inclusive :  la coordination des ressources au plus près des élèves en situation de handicap (les aides humaines, pédagogiques, éducatives, et, à terme, thérapeutiques) pour une meilleure prise en compte de leurs besoins, réactivité, accompagnement, flexibilité… Tout y est sauf qu’une AESH présente à cette table ronde commente : « Notre tête de PIAL (formule officielle) est totalement débordée. Cette personne n’arrive pas à gérer le nombre des dossiers pour les enfants, les plannings des AESH etc. ».

Béatrice Descamps poursuit : « J’avais demandé que cette expérimentation soit sur une durée plus longue. De plus, nous avons des PIAL qui ne sont pas formés ! »… et en sous-effectif ! C’est pourquoi, les propositions de la commission d’enquête sont très axées sur la formation des équipes pédagogiques, le terrain est toujours le révélateur de l’efficience d’une mesure.

Si la taille du gâteau ne change pas, ce n’est pas en multipliant les fourchettes qu’il y aura plus à manger… !

AESH, recherche désespérément une identité utile…

Le statut des AESH (Accompagnement à l’Éducation Inclusive et à la vie ordinaire) fut beaucoup expliqué, commenté, décortiqué durant cet échange sans filtre.

Pour rappel, il existe deux statuts des AESH, le AESH-I permettant à ce professionnel de travailler sur un seul établissement. De fait, un(e) professionnel va s’occuper de un(e) plusieurs enfants sur un seul établissement, gage d’une plus grande efficacité pour l’exercice d’une fonction clé dans la vie de l’enfant handicapé en milieu scolaire. Par contre, le temps plein n’est pas forcément au bout de la semaine. Ensuite, vous avez les AESH-M, comme mutualisé, où les professionnels peuvent suivre des enfants sur plusieurs établissements. Si cela permet de construire un agenda plus densifié, il est évident que cette situation n’est pas la panacée pour les professionnels concernés.

« Il est indispensable de travailler sur le statut de l’AESH, sa formation, sa rémunération, sa fonction et la définition de leur métier », précise la député de la 21ème circonscription.

Bien sûr, il faut rappeler avec force que les parents demeurent la clé de voûte de l’évolution de leur enfant, le triptyque parents/équipe pédagogique/AVS-AESH doit trouver une harmonie pour le mieux-être des enfants.

« Un projet porté par l’Education nationale », Georges Maillot

Plusieurs associations étaient également présentes comme Val’Signes, depuis 3 ans sur le Valenciennois, leur objectif est le partage d’activités avec des personnes mal-entendantes ou sourdes ; de même, le réseau Bulle très actif sur le Valenciennois.

Parmi elles, l’association de l’APEI du Valenciennois, sur le territoire depuis plus de 60 ans, est dédiée aux personnes avec une déficience cognitive. En compagnie de Béatrice Descamps, Georges Maillot, le président de l’APEI sont venus présenter un projet percutant.

« L’idée est de détecter chez les plus petits les problèmes de langage. En effet, il apparaît qu’il est parfois difficile de faire la différence entre un retard et un trouble du langage, ce qui est radicalement différent. Par voie de conséquence, vous pouvez voir des enfants, sans troubles mentaux, arriver vers 7/8 ans au sein d’un IME ( instituts médico-éducatifs) réservé aux enfants atteint d’un handicap intellectuel ! Dans ce cadre, nous souhaitons travailler avec les institutrices pour une détection précoce dès le plus jeune âge. Ensuite, ce projet serait porté par l’Education nationale, c’est beaucoup moins stigmatisant qu’une démarche sur un handicap », explique Georges Maillot. On peut souligner que d’un point de vue général, la nouvelle loi imposant la scolarisation obligatoire dès l’âge de 3 ans devrait favoriser une détection plus performante.

Cette idée chemine à bon train puisque « les ministères concernés ont approuvé cette initiative. Lundi matin, notre avons rencontré avec le président Goerges Maillot l’Académie du Nord afin de partager ce projet. Une expérimentation serait possible dès septembre 2020 sur le territoire du Valenciennois », précise Béatrice Descamps.

L’objectif final serait déjà d’éviter « un dossier à la MDPH », conclut le président de l’APEI du Valenciennois. Contrairement aux mandats électifs, le cumul des bonnes idées est autorisé… !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 15 octobre 2019
Béatrice Descamps Ecole inclusive
L’école inclusive face au défi de la simplification
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