Chaque jour passant, la mobilisation contre la Réforme des Retraites prend plus d’ampleur dans les territoires de France. Non seulement, ce mouvement s’étend dans de multiples secteurs professionnels, comme le salariat privé et public, les professions libérales comme les avocats, mais il laisse un indicible sentiment que son terreau est issu de la base syndicale, du terrain, celle du trottoir d’en face !

Le retrait de la réforme des retraites ou le néant… !

D’aucuns diront que cette mise en parallèle est manichéenne, simpliste, stigmatisante, car se cacher de la réalité est plus confortable, et pourtant le jour où l’action de la Française des Jeux a pris 16% pour son introduction en Bourse, un mouvement syndical pluridisciplinaire se dessine en amont d’une manifestation contre la Réforme des retraites, le 05 décembre 2019… !

« Le 05 décembre, c’est le retour des syndicats dans la rue », Emile Vandeville.  

A Valenciennes, au sein de la section CGT de Valenciennes, trois syndicats ont parlé d’une même voix, Solidaires, CGT et F.O. Cette convergence syndicale est peu commune, voire « assez unique. Le 05 décembre, c’est le retour des syndicats dans la rue », souligne Emile Vandeville, responsable de la section CGT de Valenciennes.

Au delà des rivalités du quotidien dans l’entreprise entre les partenaires syndicaux, les responsables ont échangé afin d’arriver à cette conclusion simple, le sujet de la réforme des retraites fait l’unanimité contre lui. « Cette mobilisation est issue d’une volonté de la base syndicale. Nous militons pour une convergence au sein des entreprises. Pour nous, le 05 décembre est un préalable, l’important est la perspective d’un mouvement reconductible, le 06, le 07, et le 08, etc. », commente Emile Vandeville.

Marc Lambert, secrétaire de Solidaires, conforte ce propos sans se cacher : « Nous visons un blocage total de l’économie, tout simplement bloquer l’outil de production. Le gouvernement veut marteler que cette journée du 05 décembre est le combat pour préserver les privilèges des cheminots. C’est faux, nous défendons tous les salariés d’aujourd’hui et demain. C’est le combat des gens, la lutte des salariés pour un monde meilleur ».

Pour sa part, le remuant Jean-Paul Delahaie, responsable F.O dans le Valenciennois, met en exergue la coagulation espérée dans les entreprises. « Sortez des entreprises dans le Valenciennois ! Stop à l’austérité ! Au niveau de Force Ouvrière, c’est la 1ère fois que toutes les unions (8) du territoire convergent ensemble. Je me devais d’être présent aujourd’hui, car F.O est aux cotés des autres syndicats mobilisés. Nous sommes revenus au temps des Seigneurs, nous ne sommes que des cerfs émancipés. Par contre, nous observons que cela tangue là haut, il faut continuer la mobilisation », assène Jean-Paul Delahaie.

Pas une division, mais une indivision sociale !

Emile Vandeville donne sa vision de la stratégie de l’exécutif : « Il veut diviser sur les régimes spéciaux, sur l’opposition entre les salariés du public et du privé, et maintenant sur le volet générationnel (clause du Grand-Père) ». Loin de cette division, les syndicats veulent partager cette indivision sociale, cette dette envers les générations futures.

Pour autant, on peut noter que les différentes tentatives syndicales contre la modification du Code du Travail, voire contre la nouvelle donne pour la SNCF, n’a pas atteint son objectif, celui de fédérer au delà de son périmètre social habituel. « Ce qui change durant cet automne 2019 est que la précarité est palpable. Fin 2017, on s’est battu contre une loi. Là, nous sentons les effets de la misère au quotidien », ajoute un syndicaliste présent à cette information presse. La fin du mois remplace le mot de la fin… !

« Travailler plus pour gagner moins », Marc Lambert

Entre la retraite par répartition issue du Conseil de la résistance à la fin de la seconde guerre mondiale et celle par points, il n’y a aucune hésitation pour ce front syndical.

« Ce système de retraite est un choix politique. La retraite à points, c’est le travail sans fin », tance Emilie Vandeville. « L’argent est là, on le sait. Il y a 80 milliards d’évasion (estimée) fiscale chaque année. Regardez le CICE, on a débloqué 40 milliards pour aucun résultat à la clé. Le message est de travailler plus pour gagner moins », ajoute Marc Lambert. De source expertise-comptable, le CICE a permis toute de même de maintenir à flot des emplois dans les entreprises, mais si peu en comparaison de l’argent public mobilisé… ! Heureusement que cette initiative était d’un gouvernement de gauche (François Hollande).

Un chiffre est particulièrement symbolique. En effet, le budget de l’Etat canalise « à 14% le montant financier dédié aux retraites », souligne Nordine Gounani, membre très actif chez Solidaires. En effet, cette donnée impose un niveau plafond pour financer la retraite. De facto, dans l’hypothèse d’une retraite par points, si la conjoncture économique est positive, la retraite est assurée à un niveau soutenable. Par contre, si l’économie est en berne, la variable d’ajustement pour demeurer à 14% maximum devient le point de retraite. C’est tout simplement une variable d’ajustement, l’accès à un fonds de pension personnalisé pour lequel le pourvoyeur des fonds peut diminuer le flux à sa guise. Finie cette lisibilité de la retraite par répartition, rassurante même si le niveau des retraites constitue un autre sujet peu abordé par les différents gouvernements. On ajoute à la faiblesse du pouvoir d’achat, d’un retraité avec une indemnité de base, une incertitude sur son niveau d’indemnisation année après année. En fait, on construit sa propre retraite tout seul, très start-up nation, très anglo-saxon, c’est assurément un choix politique que l’on approuve ou pas.

Dans ce contexte éruptif, Jean-Paul Delahaie égrène les acteurs de la mobilisation sur le terrain. « la mobilisation grandit de jour en jour, les deux sites de PSA, Alstom, Bombardier, Toyota, le CHV, Toyota, GSK Saint-Amand… ».

De concert par les trois syndicats, la seule inflexion possible à ce mouvement de fond serait « le retrait pur et simple de cette réforme des retraites par points ».

Pour cette journée de mobilisation, le rendez-vous est fixé le jeudi 05 décembre dès 10 heures sur la Place d’Armes à Valenciennes.

Un seul être vous manque… !

Oui, toutes les réunions préparatoires à l’élection présidentielle 2017, les brainstorming avec une brigade de compétences bardées de diplômes, ont permis à Emmanuel Macron de présenter un programme « Révolution… naire » sur lequel il a été élu démocratiquement. Aucun doute, il était prêt à réformer le pays « France » à ceci près qu’il fallait intégrer dans cette équation complexe une composante visiblement oubliée, les « Françaises et les Français » ! En fait, il ne manquait qu’une compétence dans cette assemblée pléthorique de neurones clairvoyants, celle du frigo… vide !

Contrairement à la Française des Jeux, le gouvernement peut gagner au Tirage (Réforme du Code du Travail en octobre 2017), mais tout perdre au grattage en décembre 2019 (Réforme des Retraites).

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 21 novembre 2019
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Le 05 décembre ou le jour sans fin
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