Le paysage politique de cette municipale électrique à Condé-sur-l’Escaut continue de s’étoffer avec la liste « Rassemblement d’Initiative Condéenne », un RIC revisité. Sa tête de liste sera David Richer, de la France Insoumise, sur un territoire où une gauche collective à son mot à dire, les derniers résultats électoraux le prouvent tout comme l’histoire politique de cette commune unique en son genre sur le Valenciennois.

(Personnes présentes à cette conférence de presse en visuel en bas de l’article : Gérard Foubert,  Salah Kaddour, Justine Hubert, Aurore Becourt, Jean-Luc Murawa)

David Richer : « Pas de promesse que l’on ne peut pas tenir, pas de clientélisme »

Pour écarter l’habituelle critique d’une liste d’opposition où tout devient possible alors que la contrainte budgétaire existe dans le réel, David Richer insiste sur un point clé : « Pas de promesse que l’on ne peut pas tenir, pas de clientélisme ». Donc, sur ce postulat où on ne rase pas gratis à Condé-sur-l’Escaut, les grands axes d’un programme évoqué en conférence de presse sont pesés, réfléchis, pas simple à mettre en oeuvre, mais d’une ambition collective, participative, et citoyenne indéniable.

« Désigné à l’unanimité », David Richer

Sur le choix de la gauche, mais pas toute la gauche puisque le P.S pourrait présenter une liste, les différents partis, France Insoumise, le PCF, le Parti de Gauche, les Gilets Jaunes, le syndicat CGT, voire une validation du programme par le parti EELV ont désigné David Richer sans contestation possible. « Le processus démocratique habituel n’a même pas pu s’enclencher. Toutes les formations m’ont désigné à l’unanimité très rapidement », explique la tête de liste.

Le responsable de la section PCF sur Condé-sur-l’Escaut, Gérard Foubert, confirme cette décision collégiale sans aucune hésitation : « Au sein de notre section PCF, tout le monde était d’accord sur la désignation de David Richer ».

Après une première tentative collective aux municipales en 2014 sous une liste à la lecture politique complexe, un galop d’essai aux législatives 2017 comme tête de liste, David Richer, 43 ans, enseignant en BAC pro sur Denain, emmène une liste plurielle à gauche très ambitieuse. Serait-ce l’heure d’une revanche de la gauche sur Condé-sur-l’Escaut ?

Enfin, quand quelqu’un fait consensus à ce point, on ne vas pas être plus royaliste que le roi même chez la France Insoumise !

Au nom de « l’urgence démocratique »

Durant une campagne de porte à porte bien entamée, les commentaires reçus par les colistiers et sympathisants reviennent en boucle « sur l’inaccessibilité des élus et du maire principalement. C’est pourquoi, nous allons mettre en place plusieurs instances citoyennes où des individus seront tirés au sort, notamment dans une commission de contrôle, une commission d’éthique, mais également au sein d’une commission écologique de proximité. C’est une question d’urgence démocratique à Condé-sur-l’Escaut », entame David Richer.

Un budget surveillé

Sur le volet budgétaire où l’état des finances est très contracté sur la dite commune avec une capacité d’autofinancement très réduite « nous devons faire des économies. A titre d’exemple, nous constatons chez les agents de la commune que leur compte formation est mal ou sous-utilisé. Nous pouvons privilégier des formations dans le domaine de l’efficacité thermique, des travaux sur des voiries etc. Nous ne parlons pas des grands axes routiers, mais le coût de rénovation d’une petite rue est énorme. Il serait possible de réaliser en régie, avec du matériel acheté par la communes, ces petites interventions. Nous pouvons mieux utiliser les agents de la commune. Concrètement, nous voulons reprendre le contrôle des finances sur des tas de sujets, dépense de chauffage par exemple », explique David Richer.

Dans le même souci d’économie budgétaire, David Richer comme les autres candidats ont parfaitement identifié qu’en 2022 « de nombreux agents seront en retraite. Ils ne seront pas remplacés », précise la tête de liste.

La base de loisirs Chabaud-Latour

Sans déflorer tout un programme « élaboré par des commissions de travail suivant les thématiques », précise David Richer, le candidat évoque un projet phare « sur le site de Chabaud-Latour avec la création d’un accrobranche, la mise en place d’une tyrolienne, le travail sur le bois, et bien sûr l’aménagement de la base de loisirs à tous les niveaux, hébergement/repas etc. ».

Dans la suite logique, une collaboration accrue avec le tissu associatif s’avère fondamentale. Salah Kaddour, professeur de Box Thaï entre autres, veut soutenir la pratique d’un sport par les jeunes condéens. « Pour l’instant, la commune soutient les jeunes en cours préparatoire pour payer leur licence, c’est bien. Par contre, nous souhaitons élargir cette aide à tous les jeunes durant leur scolarité », commente Salah Kaddour.

Ensuite, l’enseignant propose d’organiser au sein de la Base de loisirs « des stages d’entraîneurs de Box Thaï, mais également d’arbitrage de Box Thaï. Il faut impérativement attirer du monde sur ce site. Enfin, nous devons renouer avec le camping à coté de cette Base de loisirs », poursuit Salah Kaddour.

Enfin, sur le volet sport, le « Rassemblement Initiative Condéen » réfléchit à la pratique du sport en centre-ville. « Nous avons ciblé un bâtiment en centre-ville où la pratique (polyvalente) du sport sera possible avec également un marché couvert. Concernant cette nouvelle Place Delcourt, elle est jolie, mais ne sert strictement à rien », ajoute David Richer sur cette thématique.

Plan de circulation

Condé-sur-l’Escaut fait partie de ces quelques villes du territoire où la circulation durant certaines heures est d’une densité insoutenable. Clairement, le transfert modal n’est pas au rendez-vous. La raison est d’une simplicité biblique « je mets deux heures pour aller de Condé à l’Université au Mont Houy », commente Justine Hubert. Pour sa part, le candidat a besoin de quasiment de deux heures pour rallier « mon lycée où j’enseigne à Denain dans les métiers de la sécurité ».

Initié, réalisé et mis en route sous la Présidence de Francis Decourrière, et pas d’Anne-Lise Dufour, cet axe de transport partagé sur site propre, via une seule voie de tramway, impose un rythme d’une grande lenteur se coupant de fait du monde du travail… ! Ça, ce n’est pas franchement un scoop, et en même temps la réalisation de ce tramway a plombé les budgets du SITURV (SIMOUV aujourd’hui) sur plusieurs années, succès total donc !

Néanmoins, comme de nombreux candidats sur le Valenciennois, David Richer promeut le transport public gratuit pour toutes les tranches d’âges. « Nous avons la ligne de transport public la moins fréquentée du réseau valenciennois. Il est nécessaire d’avoir plus de voitures de tramway afin de diminuer le temps de parcours. Comment reprocher aux Condéennes/Condéens de prendre leur voiture, car ce transport n’est pas actuellement une alternative, il doit pourtant le devenir ! », tance David Richer.

Ensuite, une rue cristallise particulièrement l’attention. « Il faut remettre la rue Molière en double sens. Pour résoudre le problème technique, nous proposons de passer sur un espace partagé voiture/tramway et récupérer les centimètres manquants. Plus globalement, il faut repenser complètement le plan de circulation. A certaines heures, certains quartiers de Condé sont totalement inaccessibles », commente David Richer.

La vie sociale

« Nous voulons lancer un Conseil municipal des jeunes dès l’âge de 16 ans avec des remontées au Conseil municipal. (A l’autre bout de la pyramide des âges) il ne faut pas laisser les personnes âgées dans l’isolement », explique Justine Hubert.

 » Ensuite, il n’y a pas assez de culture sur cette commune, malgré une (magnifique) Médiathèque. C’est pourquoi, nous voulons lancer un Salon du Livre pour ouvrir les esprits « , explique Justine Hubert.

Toujours en rapport avec le mieux-vivre ensemble « nous souhaitons relancer les Médiévales. Cette animation a disparu depuis 2015 », poursuit-elle.

Beaucoup reste à faire sur le handicap même si cette commune est extrêmement engagée sur le sujet, comme Anzin. « Par exemple, si nous sommes aux responsabilités, le Conseil municipal se déroulera au rez-de-chaussée, car la salle du Conseil acteur est inaccessible aux PMR ».

Condé-sur-l’Escaut, une ville de patrimoine

Le chef lieu du Pays-de-Condé est la ville du patrimoine sur plusieurs siècles, un Musée à ciel ouvert. « Nous avons quelques pistes avec les Compagnons du devoir », souligne David Richer. Par contre, il est parfaitement conscient que sous ce mandat, le budget ne permettra jamais une rénovation lourde de ces pépites. Il faut se tourner peut-être vers le Mécénat, les fondations dédiées, l’argent récolté à la même odeur taillé dans la pierre… !

Education

Attention, corde sensible, car un projet hérisse au plus haut point le RICondéen ! « Un projet de fermeture de l’Ecole du Centre est validé. Nous sommes au stade des études, elle serait possible à travers un Groupe scolaire en face de la Médiathèque proche de la voie de tramway », explique le candidat.

Outre l’aspect localisation dans l’espace, jugé par les colistiers « accidentogène. Cette fermeture est catastrophique pour le centre-ville. Si nous sommes élus, nous reviendrons sur ce projet, on peut revenir en arrière. On aurait pu réhabiliter un site en centre-ville. D’ailleurs, nous avons vendu l’ancienne caserne des pompiers pour une bouchée de pains », commente David Richer.

Sur la liste des abandons bâtimentaires, l’ancien cinéma « Le Clairon » est pointé du doigt sans parler du Pôle Santé, le raté du mandat de Grégory Lelong incontestablement avec au final une destination qui ne correspond pas du tout au but initial… ! «  La gestion municipale catastrophique sur le Pôle Santé a plongé des professionnels dans une grande difficulté. Il n’y a aucun respect des engagements. On ne joue pas au poing-pong avec des personnes, il faut trouver des solutions même sur un site privé », tance David Richer. Pas tout à fait privé puisque ce Pôle Santé fut le 1er projet du fonds d’Etat PNRQAD (Programme national de requalification des quartiers anciens dégradés) sur Condé-sur-l’Escaut !

De l’écologie à tous les étages

Enfin, une thématique très prégnante au sein de cette liste de gauche. « D’ailleurs, notre programme a été analysé par des associations très actives sur le sujet », précise le candidat.

En prenant un peu de hauteur, sur un plan national, en 2017 les programmes présidentiels entre la France Insoumise et le parti EELV étaient assez concordants sur les objectifs et surtout la dynamique transversale à imprimer sur l’urgence écologique. Attendre est criminel, c’est pourquoi la prise de conscience locale constitue le pilier de notre révolution individuelle. 

Revenons sur Condé où le programme local du RIC regorge d’initiatives. Sensibilisation des jeunes dans les écoles, ville zéro déchets, sensibilisation au compostage « avec également un camion compost itinérant dans tous les quartiers de la commune », met en exergue le candidat. Une idée simple, mais très pertinente pour les habitats collectifs où l’usage du compost, même de petite taille, est parfois compliqué. En l’occurrence, un rendez-vous compost-camion bien identifié par les habitants d’un quartier et le tour est joué. Comme quoi, l’écologie locale peut coûter très peu et modifier un comportement individuel sans soulever des montagnes.

« D’ailleurs, on publierait le tonnage de déchets ramassés par quartier régulièrement », ajoute David Richer. Un petit concours inter quartiers pour le moins polluant et le tour serait joué… !

Bien sûr, ville zéro-pesticide, plus d’espaces verts dans chaque quartier « avec un travail sur l’eau. Nous voulons récupérer la gestion de l’eau au niveau communal. L’eau est un bien commun. Nous voulons assurer 30m3 gratuit pour chaque foyer Condéen », commente David Richer. Là, l’idée est compréhensible, généreuse, mais se heurte à la strate intercommunale en charge de cette compétence sur les eaux usées et potables depuis le 01 janvier 2020 (loi NOTre). Le Sous-Préfet siffle la fin de la récréation le 30 juin 2021. A cette date, chaque commune devra faire partie d’une structure, d’un organisme, en charge de la gestion des eaux…. C’est pas gagné !

Valenciennes Métropole

Sur le rapport à l’intercommunalité, la liste « Rassemblement d’Initiative Condéen » n’est pas en phase avec la politique actuelle. « Quel est le retour pour les habitants des sommes versées par la commune. Par exemple, la ville de Valenciennes récupère (2018) 338550 euros contre 8500 euros pour Condé sur l’Escaut », fustige David Richer. En en même temps, il y a beaucoup plus d’associations sportives, sur Valenciennes notamment, avec des classements en championnat générant des subventions etc. « Les Condéens n’ont pas à payer pour le VAFC ! », poursuit-il. C’est tout simplement le mode de répartition des dites subventions aux associations qu’il faut revoir complètement à la CAVM. L’eau coule toujours au centre de l’évier mécaniquement… !

Le paysage politique

Condé-sur-l’Escaut a une place à part sur l’échiquier politique dans le Valenciennois. Ces remparts influencent-ils des comportements inclassables, oui car tout est possible. Le paysage politique n’est parfois pas rationnel et pourtant 5 listes pourraient être sur la ligne de départ le 15 mars 2020. C’est l’exception qui confirme la règle. Souvent, l’émiettement est assez favorable au sortant, mais comme à Bruay-sur-l’Escaut, compte tenu d’une majorité qui a éclaté en vol durent ce mandat aride, les listes en cours vont allègrement piocher dans l’électorat du maire sortant.

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 18 janvier 2020
David Richer
David Richer porte une gauche (presque) réunie à Condé-sur-l’Escaut
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