Sur Bruay-sur-l’Escaut, autre commune dans un Pays de Condé pour le moins en feu, cette échéance électorale s’avère singulière. En effet, plusieurs acteurs politiques sur la ligne de départ ont eu des destins communs, des phases de concorde pour la gouvernance locale. Pourtant aujourd’hui, elles sont en concurrence pour cette élection de proximité, l’histoire d’une vie politique près de chez soi. Entretien avec Sylvia Duhamel, la maire sortante et deux adjoints, Pascal Lemaire et Patrick Brogniet.

Sylvia Duhamel veut un mandat plein pour travailler pour Bruay-sur-l’Escaut

Tout d’abord, il faut jeter un coup d’oeil dans le rétro politique. En effet, Sylvia Duhamel fut adjointe durant 18 ans aux cotés de Jacques Marissiaux. Puis en 2007, elle commence à réfléchir sur cette majorité « car je ne m’y retrouvais plus, mais je suis allée au bout mon mandat. Je me suis donc présentée sur une liste d’opposition en 2008 », souligne-t-elle. Elue dans l’opposition où « j’ai appris beaucoup, ce fut rude, mais constructif », précise-t-elle. Enfin, en 2014, elle part sur une liste autonome où elle renverse la table et bat le maire sortant Jacques Marissiaux.

Sur le volet politique Sylvia Duhamel fut membre du P.S : « Je n’ai pas honte de cela, mais j’ai quitté le P.S local. Aujourd’hui, je ne suis plus cartée du tout ». Un temps politique bouillonnant où Sylvia Duhamel avec André Lenquette, élus en 2015, ont rejoint le président du Conseil départemental du Nord, JR Lecerf, dans une majorité de droite. « J’ai rejoint l’UPN regroupant tous les partis de droite et les sans étiquette comme nous. J’assume mon choix de l’UPN au sein du Conseil départemental du Nord », précise-t-elle.

« Nous avons perdu 2 ans à rétablir les finances de la commune », Sylvia Duhamel

Avant cette élection territoriale, Sylvia Duhamel arrive aux affaires de la commune de Bruay-sur-l’Escaut en 2014 avec son lot d’incertitudes: « Nous avons réalisé un audit financier. Nous avions 1 million d’euros en déficit avec notamment 40 % de factures engagées pour 2014. En clair, nous avons perdu 2 ans à rétablir les finances de la commune. Heureusement, nous avons eu le contrôle de la Chambre régionale des Comptes nous confortant dans notre analyse financière. L’application de notre programme fut différée. Ce fut très très frustrant pour tous les colistières et colistiers »… un constat ô combien partagé par Pascal Lemaire, adjoint aux finances.

« C’est simple, le FSIC (Fonds de concours de Valenciennes Métropole) à disposition de la commune n’a jamais été utilisé. En effet, la commune n’avait même pas les moyens de mettre 50% en face des fonds de la CAVM », précise Pascal Lemaire.

« Les écoles en urgence », Sylvia Duhamel

Face à ce mur financer, la majorité sortante s’est résolue à « un coup de balai dans le fonctionnement », précise-t-elle. En clair, il fallait trouver des économies structurelles afin de réduire la dette publique. « Nous devions traiter les axes prioritaires, et notamment les écoles en urgence. 7 écoles sur 8 avaient un avis défavorable. Puis, nous avons engagé la mise en sécurité des bâtiments communs grâce à notre autofinancement. D’ailleurs, sur ce mandat de 6 ans, nous n’avons réalisé aucun emprunt », précise la maire sortante.

Dans les boulets imprévus, des charges surprises sont venues plomber ce début de mandat. « Nous avons dû changer la flotte de voitures voire de véhicules utilitaires. Le Parc de véhicules était en fin de vie. Le coût pour le budget fut de 450 000 € », précise Pascal Lemaire.

Toujours au chapitre des mauvaises nouvelles budgétaires « une fenêtre est tombée au sein de l’école Claude Monet. Heureusement, cet incident est survenu un mercredi. Nous avons donc changé en urgence les 80 châssis de fenêtres de cet école. Je précise que le tout à l’égout étaient encore présents au sein des écoles Ferry et Monet  », poursuit la maire.

L’ANRU 1, c’est fait ou presque !

Les dossiers marquants du mandat sont pour la maire très structurants. « Nous avons réalisé l’exécution du programme ANRU, initiée par la majorité précédente, sur la cité Thiers. Ces travaux ont concerné la place, l’église, et la salle « Gogillon » qui n’était pas prévue dans le programme ANRU initial », précise Sylvia Duhamel.

Ensuite, la rénovation de la Place des Farineau et celle de l’hôtel de ville ont agité les claviers. « Sur la Place des Farineau, nous n’avons pas diminué les places de parking, mais elles sont relocalisées dans un stationnement derrière la mairie. Quant à ceux qui critiquent, je rappelle que le projet de M. Marissiaux de rénovation de cette place devait supprimer beaucoup de places de parking. Je comprends les commerçants, mais cette Place était trop vétuste. Le volet paysager et le mobilier urbain seront une source de fréquentation », explique-t-elle en montrant un plan d’architecte de l’ancien maire.

« Le coût énergétique de l’hôtel de ville était un gouffre financier », Sylvia Duhamel

Bien sûr, les fameux travaux de la mairie arrive sur la table « pour un montant de 2,3 millions d’euros dont un million en autofinancement », précise-t-elle. Assurément, le chiffre est conséquent pour une commune de 11 700 habitants. « C’était une passoire thermique ! Dans certains espaces, il y avait 20 radiateurs électriques, mais nous étions encore en manteau à l’intérieur. Le coût énergétique de l’hôtel de ville était un gouffre financier », précise Sylvia Duhamel. Sur dix ans, la réduction de la facture thermique de cet équipement public fera consensus tant l’économie écologique devient un objectif absolu pour toutes les collectivités publiques. Maintenant, fallait-il réserver l’effort uniquement sur ce dernier, c’est un autre sujet.

Toujours sur cette Maison du Peuple, la majorité sortante a fait construire une extension, là également très décriée compte tenu de la concentration sur un seul lieu de ce service. « Nous avons structuré sur ce site un nouveau pôle social avec un espace d’accueil et des lieux où la confidentialité des échanges est respectée », explique Sylvia Duhamel.

Le PPI des voiries

Comme au sein de chaque commune, l’état des voiries et trottoirs est très vieillissant. « Après deux ans de réduction de la dette, nous avons lancé un PPI d’un montant d’1,2 millions d’euros par an pour rénover les voiries et trottoirs de Bruay-sur-l’Escaut », explique Pascal Lemaire.

Quelques projets dévoilés…

Le pont de Bruay

– Outre l’éradication de quelques friches encombrantes durant ce dernier mandat, la candidate veut combler une carence. En effet, comme sur d’autres communes du Valenciennois de plus de 10 000 habitants, la ville de Bruay-sur-l’Escaut n’a ni restaurant, ni hôtel, très perturbant. Donc, le programme de la candidate/maire prévoit l’arrivée de 4 cellules commerciales « dont un restaurant. Ce dernier sera proche de la Zone Pôle/Eco où les salariés des entreprises se plaignent de ne pas pouvoir manger à proximité », explique le maire. Ces installations s’inscrivent dans le cadre du futur remplacement, par la SNCF, du célèbre Pont à l’entrée de Bruay, d’un bleue électrique que le conducteur ne peut oublier. « Nous serons associés au comité de pilotage de la SNCF pour ce remplacement », précise Sylvia Duhamel.

-Ensuite, deux classes seraient au menu de ce mandat. « Il existe encore trois préfabriqués sur l’école Langevin, nous aurions l’intention de construire deux nouvelles classes », explique Sylvia Duhamel.

-L’avenue Jean Jaurès est un véritable souci pour cette ville/rue traversée sur 4,5 km par le tramway. « Nous sommes conscients du problème. C’est pourquoi, nous souhaitons aménager des sites de parkings supplémentaires avec des espaces verts attenants tout le long du tracé », explique la candidate.

-Sur le volet sécuritaire, des modifications sont intervenues durant ce mandat. « Nous avons quitté la police supra-communale comprenant Raismes, Anzin et Beuvrages. On nous demandait de désarmer notre Police Municipale, armée depuis très longtemps. C’était trop compliqué pour les agents. Actuellement, nous avons 9 agents, mais nous voudrions recruter 2 à 3 agents de plus. Bien sûr, nous avons modifié les amplitudes horaires », précise la maire.

Le paysage politique

La liste que Sylvia Duhamel, dévoilée prochainement, demeure à gauche. « J’ai une culture de gauche. Ce n’est pas la couleur politique qui fait le projet d’une ville de 11 700 habitants ! La question que je me pose d’abord est quel est l’intérêt de la commune ? », déclare la candidate Sylvia Duhamel.

Ensuite, impossible d’échapper au remaniement de cette mandature avec plusieurs départs retentissants. Tout d’abord, Frédéric Musy, 1er adjoint, a subi un retrait de délégation au mois de décembre 2014, soit six mois seulement après l’élection. « Incontestablement, c’est une personne très compétente, mais il y a eu un mélange des genres. Il n’était pas DGS, ni DST au sein de Bruay-sur-l’Escaut même s’il maîtrisait ces compétences. Il travaillait trop individuellement, mais pas assez dans un esprit d’équipe ». Frédéric Musy conduit une liste d’opposition dans le cadre de cette élection municipale.

Ensuite concernant Maxence Delehaye, parti en mars 2017 dans la mouvance d’une émergence du mouvement En Marche, elle est déçue. « Honnêtement, je le voyais comme mon successeur en 2026. Mais à travers son engagement En Marche, il a voulu diviser l’équipe municipale contre moi ce qui constituait une rupture du contrat initial entre tous les membres de la majorité. Il a voulu aller trop vite et devenu ingérable dan ce cadre municipal », indique-t-elle. Maxence Delehaye, compte tenu d’une radiation qu’il conteste sur Bruay-sur-l’Escaut, il s’est inscrit sur les listes électorales de Beuvrages. Toutefois, il a annoncé son soutien officiel à la tête de liste Julien Bécourt.

Enfin, concernant la liste emmenée par Julien Bécourt. « Cette liste, comme celle de M.Musy, est animée par la vengeance. M. Bécourt père serait également sur la liste de Julien Bécourt ». Sa victoire en 2014 répond à une équation insoluble pour l’électeur selon la candidate : « Je pense que les électrices et électeurs n’ont pas compris cette fusion de listes qui étaient autant ennemies durant la campagne municipale ! ».

C’est l’histoire d’une campagne électorale où la vie politique croise les envies, les ambitions, les projets, sans toujours savoir quel est le détonateur d’une rupture. C’est un matin dans le Pays de Condé comme un autre où la vie politique roule à l’ordinaire d’une société déchirée en quête d’un ADN. Bruay-sur-l’Escaut est peut-être le meilleur reflet sur le Valenciennois de notre instant politique en 2020… !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 13 février 2020
Bruay-sur-l'Escaut Sylvia Duhamel
(Bruay) Sylvia Duhamel conserve son cap
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