2001 a marqué la naissance des deux communautés d’agglomération dans le Valenciennois. Aujourd’hui, 19 ans plus tard, une page s’ouvre devant les nouveaux élus communautaires eu égard à la mise en oeuvre, certes lente, des transferts de compétences entre les collectivités locales et l’intercommunalité. Plusieurs voix s’élèvent pour baliser ce nouveau chemin escarpé, complexe, mais aussi politique.

Anne-Lise Dufour : « Il faut remettre à plat toutes nos politiques »

Face à cette échéance intercommunale du 11 juillet prochain, quatre élus communautaires de la Porte du Hainaut veulent porter un programme en phase avec des mutations administratives incompressibles, Anne-Lise Dufour, maire de Denain, Salvatore Castiglione, maire de Wallers, Jean-François Delattre, maire de Haspres, et Jean-Michel Michalak, nouvel édile de Sars-et-Rosières.

Si les mandats 2008/2014 et 2014/2020 ont été riches dans leur contenu sur le Grand Hainaut, un vaste territoire où le levier intercommunal fut l’instrument financier d’une transformation urbaine à travers la reconquête des stigmates fonciers de notre passé industriel, mais également en matière d’équipements culturels et sportifs, voire d’un soutien marqué à l’implantation de nouvelles entreprises, elle doit aujourd’hui faire face aux sujets du quotidien de ses administrés, l’eau et le déchet, la facture énergétique, l’écologie de proximité à travers toutes ses déclinaisons, la répartition des charges entre les collectivités locales et le particulier, la fiscalité locale et intercommunale… Bref, l’EPCI doit réécrire une nouvelle règle du jeu pour 6 ans. Toutefois, ne nous y trompons pas, nous ne parlons pas d’un nouveau service à ingérer, d’une nouvelle disposition à digérer comme la suppression de la Taxe professionnelle dès 2010 dont la conséquence se traduit chaque année dans le budget intercommunal, mais bel et bien de pans entiers des attributions de l’intercommunalité avec des choix clairs à la clé.

« Il faut remettre à plat toutes nos politiques. La Loi NOTRe (2016) s’applique à la Porte du Hainaut dans des domaines comme les eaux pluviales, la gestion des déchets, la GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations), sans parler de la thématique du transport public… Par exemple, les projections annoncées concernant le budget du SIMOUV ramènerait le VM (Versement Mobilité des entreprises de plus de 20 salariés) de 50 millions d’euros à 30 millions d’euros compte tenu de la crise sanitaire et économique », commente Anne-Lise Dufour.

« Notre politique sur les centres-bourgs, mais également l’artisanat faisant partie intégrante du développement économique, voire notre politique de fiscalité locale qui fut un fiasco avec la CFE », poursuit Salvatore Castiglione.

« Nous avons reporté trop souvent des sujets à la prochaine mandature », Salvatore Castiglione

Comme chaque intercommunalité française, la Porte du Hainaut (47 communes) et Valenciennes Métropole (35 communes) ont des compétences de premier rang, voire d’un second étage. « Nous devons revenir sur nos compétences principales dont la première est le développement économique du territoire. D’autant plus qu’une crise sociale et économique se dresse devant les élus communaux, nous avons l’obligation de réagir », ajoute la maire de Demain.

Pour sa part, Salvatore Castiglione pointe du doigt le dernier mandat. « C’est le Président lui même qui nous a poussé à réfléchir. Nous avons reporté trop souvent des sujets à la prochaine mandature comme la TEOM (Taxe sur les Ordures Ménagères). Il faut mettre en place des règles communes et justes ». Pour dialoguer sur ces sujets, le maire de Wallers regrette le décalage entre « la Conférence des maires, trop courte, et le Bureau exécutif de la CAPH où nous voyons passer des délibérations sans rien discuter ».

« Les communes rurales manquent cruellement d’ingénierie », Jean-François Delattre

Pour le maire de cette commune rurale, l’intercommunalité ne donne pas les moyens d’agir aux petites collectivités locales. Dans le viseur de Jean-François Delattre, le fameux fonds de concours de la CAPH où 1 euro de la commune permet 1 euro de l’EPCI. L’exemple récurent pour une commune de petite taille était un emprunt de 300 000 € sur dix ans, et par suite 300 000 € versés par la CAPH. « Sauf que pour réussir à monter un dossier de ce type, nous avons besoin d’une ingénierie. Ce service n’existe pas dans une commune rurale. L’Ingénierie existe à la Porte du Hainaut, mais uniquement au service des projets communautaires. Pour ma part, je n’ai pas pu mettre en route ce dossier. Il serait impératif qu’un service d’ingénierie (volant) de la CAPH puisse intervenir au sein de toutes les communes rurales », commente Jean-Francois Delattre.

Toujours sur le volet rural, très présent sur cette collectivité territoriale, le premier magistrat d’Haspres souhaite la création d’un « parc de matériels pour lequel nous ne pouvons pas investir. Ainsi, les communes pourraient louer ces machines professionnelles durant le temps nécessaire, mais sans puiser dans leurs ressources pour acheter le dit matériel. Nous pourrions ainsi mutualiser nos besoins en la matière », indique le maire. On pourrait même pousser le raisonnement plus loin, l’agglo n’aurait pas plus besoin d’acheter un produit avec une vétusté programmée, mais le louer avec l’assurance d’une maintenance de qualité, d’un remplacement au pied levé en cas de panne, et positionnant la ruralité en sous-locataire d’un matériel communautaire.

 « La Porte du Hainaut a 19 ans, elle est majeure, l’âge de voter ! », Anne-Lise Dufour

Cette volonté d’un nouveau rapport plus horizontal entre l’intercommunalité et la collectivité locale passe, selon ces élus, par les urnes. « La Porte du Hainaut a atteint l’âge de la maturité, elle a 19 ans, elle est majeure, l’âge de voter ! Il faut cesser d’opposer les grandes villes (Denain/Saint-Amand-les-Eaux) et les communes rurales », commente Anne-Lise Dufour.

« Nous voulons lancer l’électrochoc des urnes à la Porte du Hainaut. L’idée n’est pas de juger d’un l’héritage de 20 ans, nous respectons Alain Bocquet. Par contre, nous devons lancer un audit, dès l’entrée de ce nouveau mandat, afin de connaître nos marges de manoeuvres pour faire face à nos nouveaux défis », précise Salvatore Castiglione.

« La fusion n’est pas à l’ordre du jour », Salvatore Castiglione

Même si la loi NOTRe promeut la fusion des intercommunalités sur tous les territoires français, cette éventualité un temps dans les tuyaux n’est plus du tout sur la table. « La fusion n’est pas à l’ordre du jour. Par contre, sur certains sujets comme le tourisme, la gestion des déchets, un soutien aux entreprises comme pour les mesures post-Covid-19, nous avons des compétences croisées. Nous devons de fait harmoniser ces dernières », indique le maire de Wallers.

Ensuite, un nouvel étage institutionnel fait l’objet de toutes les attentions expliquant ce statut quo, en plus des courants d’influences. Il s’agit du fameux « Pôle Métropolitain » chapeautant 7 intercommunalités du Grand Hainaut (Cambrésis/Sambre-Avesnois et Valenciennois). Ce dernier constitue une composante politique indissociable de cette échéance communautaire le vendredi 10 juillet à Valenciennes Métropole et samedi 11 juillet à la Porte du Hainaut. Rien n’est politique, mais tout est politique, la nouvelle route de La Porte du Hainaut passera par une adhésion collective à un projet porteur de sens commun ou plutôt 47 nuances d’un… service apporté à une commune !

Pour information, Alain Bocquet annonce son retrait de la Présidence de la Porte du Hainaut dans le magazine « Horizons » de la CAPH (diffusé ce mardi 30 juin).

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 30 juin 2020
Anne Lise Dufour Jean-François Delattre Salvatore Castiglione
Salvatore Castiglione : « L’électrochoc des urnes à la Porte du Hainaut »
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