Parmi les fleurons industriels du Valenciennois, vous avez l’entreprise LME, du Groupe Beltrame, spécialisée dans le recyclage de l’acier en produits laminés. Une visite de l’aciérie et du laminoir donne un aperçu du process complexe inhérent à la transformation de la ferraille. Cette spécialité a un prix, celui de la performance, et une obligation, celle d’un besoin de diversification le tout dans une année sanitaire à nul autre pareil. David Iroz, le directeur général de la filiale française de LME – Beltrame Group depuis mars 2015, s’exprime sur le vécu industriel récent, l’impact sanitaire 2020, et les objectifs de cette entreprise (image de l’Acierie).

(Image d’une billette d’acier sur le petit train du Laminoir)

David Iroz : « Notre capacité à s’adapter aux demandes du marché… »

Depuis des décennies malgré des saignées historiques sur le Valenciennois, l’industrie lourde est omniprésente sur cet arrondissement. C’est pourquoi l’environnement de cette entreprise, présente sur le Valenciennois depuis 1985, constitue un pan important de l’activité industrielle de ce bassin de vie. Attention, ce n’est pas un haut-fourneau destiné à fondre les métaux contenus dans un minerai, c’est une entreprise de transformation de l’acier avec un four de fusion.

Patrick Bonassi

Cette usine est le leader sur le marché des laminés marchands avec 600 articles proposés aux acheteurs, des rectangles, des plats, du profilé, etc., elle fournit principalement « le BTP, voire la Navale. Nous traitons les ferrailles déjà triés en amont par nos fournisseurs de toute l’Europe », explique Patrick Bonassi chef de production de l’aciérie…, et en retraite dans deux mois. « Chaque jour, malgré 36 ans de carrière, je suis ébloui par la puissance de cette production », ajoute Patrick Bonassi.

L’Aciérie est le lieu industriel où la ferraille est broyée en rectangle à différentes dimensions avant de partir vers le Laminoir. Ce dernier transforme des billettes d’acier en produits laminés divers et variés. Pour sa part, le directeur d’exploitation du Laminoir, Emmanuel Wulueryck, décrit la méthode de transformation « via un petit ou un grand train où vous voyez les billettes acheminées avant transformation. Ensuite, la production part en stockage avant l’expédition aux clients. Cent camions par jour partent en moyenne du site LME dans toute l’Europe », indique-t-il.

« Ce secteur d’activité réalise très peu de marge », David Iroz

L’année 2019 « fut difficile pour la sidérurgie. Nous avons enregistré une baisse de chiffre d’affaires de 10% par rapport à 2018, soit 271 millions d’euros, et un résultat net de plus 3 millions d’euros. Vous voyez que ce secteur d’activité réalise très peu de marge, et coûte énormément de cash. En 2019, nous avons subi l’impact géopolitique avec les prémices de difficultés plus fortes. Malgré tout, cette année demeure conforme à nos prévisions initiales », commente David Iroz.

Four de l’Acierie

La particularité depuis la crise financière de septembre 2008, peu impactante sur le grand public, mais terriblement dévastatrice sur les marchés financiers, est que le marché est très volatile. « Nous avions l’habitude de connaître des cycles de 4 à 5 ans, bon ou mauvais, mais nous avions une meilleure lisibilité », commente le Directeur général. Cet atout indispensable à la mise en oeuvre de l’investissement lourd fait défaut aujourd’hui. « De nos jours, nous parlons de cycle de 6 mois tout au plus. Le marché est extrêmement volatile. De facto, notre capacité à s’adapter aux demandes du marché est fondamentale. Dans cette optique, nous avons injecté près de 40 millions d’euros entre 2016 et 2019 dans l’adaptabilité de nos outils de production », dixit le Directeur Général.

« La priorité est la sécurité de nos salariés pour le Groupe Beltrame », David Iroz

David Iroz

Nous n’en doutons pas, compte tenu de la puissance dégagé par l’exploitation de l’acier, recyclable à l’infini, il n’y a pas « de petit incident dans ce genre d’industrie. Nos résultats sont en amélioration, notamment sur la typologie des accidents », précise-t-il. Dans l’immense majorité «  ce sont les comportements des salariés. La priorité est la sécurité de nos salariés pour le Groupe Beltrame. C’est pourquoi, nous avons beaucoup recours à des formations en interne. LME a un réel savoir-faire en sidérurgie. D’ailleurs, nous faisons très peu appel à l’intérim avec une politique sociale très ambitieuse. La moyenne d’âge de nos 506 collaborateurs sur ce site est de 37/38 ans ce qui est jeune dans l’industrie », commente David Iroz.

Cette entreprise brasse 600 000 tonnes d’acier par année, mais « elle n’est pas seulement un producteur de laminés marchands. Nous sommes un maillon de l’économie circulaire. D’ailleurs, nous avons beaucoup de demandes de contrat en alternance, on pratique tous les métiers de l’industrie chez LME ! ».

« L’environnement n’est pas un frein, mais une nécessité », David Iroz

En 2020, ce qui paraissait superfétatoire pour un chef d’entreprise au début des années 2000 est à ce stade partie intégrante d’un plan industriel de bon aloi. D’ailleurs, même les chefs d’entreprises les plus réfractaires sont contraints par la norme nationale, et supra-nationale, d’instiller de l’écologie productive.

Un produit laminé en sortie de production

Bien sûr, en mettant le doigt dedans, on découvre toute la palette comme « l’économie d’eau. En effet, vous avez remarqué que notre fonctionnement implique une consommation énorme d’eau. Nous voyons en même temps les sécheresses se succéder, c’est pourquoi nous lançons un projet ambitieux de maîtrise de l’eau à la fois en réduisant notre consommation, mais également avec des récupérateurs d’eau », indique David Iroz.

Sur le plan du rejet de CO2, LME n’est pas le pire élève du territoire « nous sommes un faible émetteur de CO2. Bien sûr, nous travaillons à la réduction d’émission de CO2 », indique-t-il. Evidemment, cette donnée est essentielle pour la planète, mais aussi pour l’environnent direct de cette usine en plein coeur de la ville de Trith-st-Léger. La DREAL suit de très près les rejets de cette industrie de haut vol, c’est une problématique constante, mais « un sujet sous-contrôle », ajoute-t-il.

Sur cet aspect, David Iroz souligne qu’un projet de biodiversité « même s’il n’est pas spectaculaire en terme de budget, était sur la table en 2020. Compte tenu des circonstances, il est reporté en 2021. L’environnement n’est pas un frein, mais une nécessité (industrielle) », ajoute-t-il.

Là où le sujet devient plus costaud sur le plan écologique est lorsque la performance de la dite entreprise croise l’efficacité énergétique pour devenir de l’efficience industrielle. Si les deux pôles convergent, ils s’attirent comme un aimant. « LME produit assez d’électricité pour une commune de 70 000 habitants. Nous travaillons à la création d’énergie à travers un réseau de récupération de la chaleur fatale », annonce David Iroz.

Indéniablement, l’industrie lourde ne pourra plus longtemps faire l’économie d’une exploitation de toutes les formes d’énergie dégagées par son process. Non seulement, ce réseau de chaleur pourra alimenter l’usine tout comme les logements environnements. Cette réflexion intelligente devient à travers la loi, dite de Transition écologique, une obligation demain pour les entreprises privées, histoire de balayer dans sa cour d’entreprise… écologique !

« L’année 2020 aura un impact très négatif », David Iroz

Evidemment, le sujet de l’année 2020 est l’impact économique consécutif à une pandémie mondiale, et un confinement planétaire. « Nous avons fermé complètement l’usine du 17 mars, réouvert le 16 avril pour les expéditions, et début mai pour la production. L’année 2020 aura un impact très négatif avec déjà une perte de chiffre d’affaires de 22 à 23 millions d’euros. Ce qui est perdu n’est pas rattrapable pour 2020 », indique le Directeur général.

Bien sûr, la reprise ne s’est pas réalisée chez LME, comme ailleurs, avec un claquement de doigt. La responsabilité sanitaire du chef d’entreprise est maximale. « Nous avons adapté le travail des postes en décalé. Nous sommes revenus à notre rythme de croisière, mais pas sur le marché. Dans ce cadre, nous reconstituons notre stock d’environ 70 000 tonnes. Il avait baissé à 50 000 tonnes durant la première partie de l’année 2020. L’activité du BTP doit rattraper son retard. Nous restons confiants, car le BTP est le 1er secteur à bouger dès que la reprise est là », commente David Iroz.

Clairement, LME est serein, car « nous avons déjà vécu une crise massive de la sidérurgie en 2014/2015. La clé est notre adaptation très rapide au marché. Le Groupe Beltrame (à majorité italienne), 1 milliard de CAHT en 2019, nous a permis de ne pas faire appel au PGE (Prêt Garanti par l’Etat), mais au chômage partiel, report des charges, etc. ! », souligne-t-il.

Un nouveau produit chez LME !

Toutefois, il prévient que LME « ne peut indéfiniment être en surcapacité de production comme actuellement (environ 20%). 2021 sera une année de transition. C’est pourquoi, nous voulons diversifier notre gamme de production. Nous travaillons à l’élaboration d’un nouveau produit pour le BTP, il n’existe pas actuellement sur ce marché. Nous visons à terme un renouvellement de nos produits sur ce site à hauteur de 10% », indique le Directeur général.

Cette annonce est sans doute la plus importante de cette rencontre puisqu’un projet d’investissement sur site, à travers une nouvelle gamme de produits, est synonyme d’un gage de confiance d’un Groupe industriel. En effet, lorsqu’une grande signature industrielle est chroniquement déficitaire sur un site de production donné, il n’investit plus ! L’actualité en cours du coté de Béthune est là pour nous rappeler cette réalité industrielle.

Les concurrents les plus féroces dans le domaine d’expertise de l’usine LME sont « la Pologne, et l’Angleterre, un gros client pour nous. Le Brexit est un point sous surveillance constant chez nous », précise-t-il. Effectivement, un Brexit négocié ou la version dure avec taxe douanière dès le 01 janvier 2021 change la donne « même si l’acier pénètrerait plus difficilement en Angleterre, il en sortirait plus difficilement aussi ! ».

Dans la perpective d’un nouveau produit, LME s’inscrit totalement « dans le Plan de Relance exposé par le Premier ministre, Jean Castex. L’Etat et les collectivités territoriales (Trith-st-Léger est sur le territoire de La Porte du Hainaut), et la région des Hauts-de-France, sont très à l’écoute durant cette période particulière », conclut le Directeur général de LME Beltrame Group.

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 27 septembre 2020
acier David Iroz LME Valenciennois
LME, l’heure de la relance industrielle
Facebook Twitter Linkedin
Print Friendly, PDF & Email