La Covid-19 a (aussi) un impact direct sur les manifestations revendicatives. Le 21 novembre 2019, « Nous Toutes 59 » défilait dans les rues de Valenciennes avec son cortège de sympathisants contre les violences sexistes et sexuelles. Un siècle plus tard en novembre 2020, seule l’animation des réseaux sociaux permet de véhiculer ce message durant ce week-end anniversaire. Entretien avec Betty Rygielski afin d’évoquer des projets concrets dans le domaine de la prévention… avant que tout commence !

(Image d’archives manifestation Nous Toutes 59)

Betty Rygielski : « Il faut sensibiliser au plus tôt les enfants« 

Tout d’abord, il est important de signaler que le collectif « Nous Toutes 59 » s’est structuré en association baptisée « Nous Toutes 59 Valenciennois » depuis le 03 mars 2020.  » C’était la seule solution pour élaborer des projets« , souligne la présidente Betty Rygielski, Lindsay Zaba est la secrétaire, et Sheerazad Aouadi la trésorière.

«  une explication partielle de cette hausse spectaculaire« , Betty Rygielski

Au 21 novembre 2020, à ce stade en langage Covid, 87 féminicides sont enregistrés en France. Le chiffre est moins élevé qu’en 2019, mais malheureusement « nous constatons une hausse spectaculaire des actes de violence en milieu familial, notamment sur cet arrondissement. Certes, comme le Procureur de la République l’a expliqué dans un article de la Voix du Nord, la libération de la parole est un fait, mais ce n’est qu’une explication partielle de ce bond des violences intrafamiliales« , explique Betty Rygielski

Bien sûr, personne ne peut nier « qu’il y a des efforts, la justice prononce des peines plus lourdes, les bracelets anti-rapprochement, les téléphones grave danger… sont plus nombreux, une libération de la parole s’opère, mais ce chiffre des violences montre qu’il y a un problème. C’est de fait insuffisant même si l’Etat devrait mettre plus de moyens à disposition des magistrats « , ajoute-t-elle. Certes, cette année 2020 est également singulière, notamment avec un confinement au printemps dernier particulièrement propice à des tensions familiales. Pour autant, il faut pousser la réflexion plus loin, ouvrir les portes de la pensée avant que le poing ne frappe notre humanité.

 » Toutes ces mesures interviennent après que les violences ont démarré dans une famille. C’est pourquoi, l’association  » Nous Toutes 59″ se concentre sur les projets de prévention. Aujourd’hui, on observe uniquement des actions individuelles. Il n’y a pas de stratégie d’Etat en la matière « , poursuit-elle.

« Nous ciblons les enfants en 6ème« , Betty Rygielski

Le maître mot est donc la prévention.  » Nous lançons un projet avec 3 enseignantes et 3 autres personnes, dont moi, afin d’informer les jeunes sur la violence. Il faut sensibiliser les enfants au plus tôt. C’est pourquoi, nous ciblons les enfants en 6ème« , précise la présidente de l’association.

Ce projet s’intitule « Pour lutter contre les violences, luttons pour l’égalité« . « Nous voulons échanger sur les violences, mais pas que… !  La violence est culturelle, pas génétique. Nous pouvons donc modifier cette perception« .

« Ouvrir l’esprit critique« , Betty Rygielski

Outre la sensibilisation sur les violences, l’association veut  » travailler sur les manuels scolaires. Mis à part une femme en infirmière, les représentations des métiers sont toujours des hommes. Il faut déconstruire ces stéréotypes de genre, sur le racisme…, en somme sur les profils déjà prédéfinis dans notre société. Cette démarche vise à ouvrir l’esprit critique de ces jeunes sur la base des manuels existants, voire à travers la participation à des jeux de rôle sur les violences, le harcèlement, l’égalité hommes/femmes, etc.« , déclare Betty Rygielski.

Ce projet est en cours de validation sur certains collèges dans l’arrondissement du Hainaut.  » Nous espérons pour l’année 2021 déployer notre programme de sensibilisation dans plusieurs collèges du Valenciennois« , indique-t-elle.

Une formation dans les Maisons de Quartier

L’association « Nous Toutes 59″ travaille également sur un autre dossier.  » Nous avons noué un partenariat avec le CIDFF (Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles) de Lille. Cette association a installé une antenne rue Salle Leconte à Valenciennes, et nous lançons conjointement un projet de sensibilisation dans les Maisons de Quartier auprès des adolescents et adultes« , indique  Betty Rygielski.

A ce titre  » cette initiative a reçu une subvention d’Etat pour 20 séances de formation par demi-journée. Ce projet s’appelle  » Quartiers d’Automne« , mais débutera en janvier 2021« , poursuit-elle.

Voilà deux projets structurants (déjà) sur la table pour cette jeune association. On l’a compris : « Notre axe de bataille est la prévention« , conclut-elle. « Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé« , disait le Dr Albert Einstein. Indubitablement, le chemin de la prévention sera donc très long, commerçons au plus tôt avant que les citoyennes et citoyens de demain engloutissent des kilomètres de certitudes… !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 22 novembre 2020
Association Nous Toutes 59 Betty Rygielski Nous Toutes 59
Betty Rygielski : « La violence est culturelle »
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