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ONET, CHV, Cash Investigation, suite d’une déflagration… !

L’émission Cash Investigation diffusée le jeudi 10 décembre 2020 a fait l’effet d’une bombe dans le milieu hospitalier du Valenciennois, et au delà sans doute, et même avant qu’elle n’éclate compte tenu d’une communication anticipée du Centre Hospitalier de Valenciennes. Au sein du local de la CGT/Valenciennes, des salariés de l’entreprise ONET témoignaient hier sur le ressenti de cette diffusion télévisuelle, propos chocs. Pour le CHV, Fabrice Decourcelles, chef du pôle logistique, et le lien du CHV avec ONET, répond sur ce sujet ô combien sensible.

ONET au coeur d’un questionnement sanitaire et social

Tout d’abord pour une réaction d’ensemble suite à la diffusion de ce reportage vu par près de 2 millions de spectateurs, des salariés d’ONET présents à cette conférence de presse commentent un sujet télévisé vécu comme un miroir de leur quotidien : « Nous avions un sentiment très partagé. Il était à deux niveaux. A la fois, une honte puisqu’on parlait de notre travail. De l’autre, un soulagement, car la vérité éclatait enfin sur les pratiques de l’entreprise ONET ». Pour Emile Vendeville, responsable CGT de la section Valenciennes, la réaction est plus large « je suis scandalisé par la réaction du maire de Valenciennes durant le reportage (sur les réseaux sociaux). Je ne comprends pas qu’une commune qui préside le Conseil de Surveillance ne se pose pas quelques questions ! Ensuite, la direction du CHV ne peut pas ignorer également ce qui se passe au sein de l’entreprise ONET. Le CHV demeure le donneur d’ordre dans un domaine de santé publique ! ».

Pour le CHV, Rodolphe Bourret, le Directeur général, dénonçait un reportage uniquement « à charge…. avec une information incomplète ». Le chef du pôle logistique confirme « la présence d’une journaliste durant 3 jours, une durée assez courte au final, et il est surprenant d’aboutir à des généralités. D’ailleurs, aucun médecin, aucun soignant, du CHV ne réagit même sous l’anonymat. Ne croyez-vous pas que si un enjeu sanitaire existait, le problème serait sur la table depuis longtemps ! ».

ONET et le CHV

Pour mieux comprendre les tenants et aboutissants de ce dossier explosif de l’émission « Cash Investigation »  au sein de l’entreprise ONET, rappelons qui est qui !

Tout d’abord, l’entreprise ONET est actuellement le leader français dans le marché du nettoyage au sein d’une profession comprenant environ 700 000 salariés. « Au sein de la Fédération des Entreprises de Nettoyage, ONET est la 1ère entreprise, la plus influente. Elle pèse de fait énormément sur cette organisation », commente Emile Vendeville. ONET est en contrat avec le CHV depuis 2011, remportant 3 marchés successifs, 2011-2015, 2015-2020, et un nouveau marché 2020-2024. « Il y avait 5 ou 6 candidats en lice sur ce dernier marché public. Nous ne choisissons pas le moins coûtant. D’ailleurs, une proposition était 500 000 € en dessous du prix d’ONET. Ce contrat est validé pour 4 ans depuis février 2020 (2020/2024) avec une clause de revoyure au bout de deux ans, 2022, une en 2023, et une autre en fin de contrat, 2024. Nous pouvons casser le contrat à chacune de ces échéances. Néanmoins, nous sommes en contrat depuis 9 ans avec ONET, et je rappelle qu’il y a une obligation de résultats », précise Fabrice Decourcelles

Néanmoins, la presse en ligne « TEC Hôpital » révèle un paramètre interpellant. En effet, la baisse entre le coût de la prestation d’ONET pour le CHV, entre le marché 2015 et celui de 2020, s’établit à 300 000 euros. « Certes, on pourrait s’interroger compte tenu de la hausse du coût de la vie etc. sur ce marché public. Pour autant, il faut analyser l’ensemble du marché public et le périmètre d’intervention global. Il y a des prestations, notamment de vitreries, qui font l’objet d’autres contrats avec d’autres prestataires », précise Fabrice Decourcelles.

Ensuite, l’autre acteur de ce dossier est le Centre Hospitalier de Valenciennes. Là, nous ne parlons pas de n’importe quel hôpital public puisque dès 2011, il était appelé par le Ministère de la Santé de Xavier Bertrand pour illustrer une nouvelle méthode de gestion de la santé publique. A l’époque, le CHV représentait le symbole de l’efficience au service du patient porté par Philippe Jahan, ex directeur du CHV. Cet établissement de santé public fut carrément pilote dans la mise en place en France de la T2A (la Tarification à l’Acte) en lieu et place de l’enveloppe globale dont les dérives avérées ont généré cette nouvelle méthode de gestion de la santé publique, pourtant décriée par certains aujourd’hui. Le programme PHARE, évoqué dans l’enquête de Cash Investigation, s’inscrivait dans cette nouvelle donne de santé publique.

Chemin faisant, le CHV a poursuivi cette politique dont le fruit fut des exercices financiers excédentaires successifs, là où nombre de Centres Hospitaliers sont dans le rouge écarlate depuis de nombreuses années. Sous la houlette de Rodolphe Bourret, le directeur actuel, le CHV est adoubé comme Hôpital public de référence dans la nouvelle gouvernance du GHT Grand Hainaut-Cambrésis (Groupement Hospitalier de Territoire). Le CHV, porté aux nues par la presse nationale, voire internationale, est soutenu sans faille par les autorités politiques locales rêvant même d’un nouveau statut pour le CHV, celui de Centre Hospitalier Régional. En résumé, le protagoniste en question n’est pas le premier venu.

Revenons point par point sur les éléments de cette enquête de l’émission « Cash Investigation » où l’infiltration d’une journaliste au sein de l’entreprise ONET « s’est déroulée en juillet 2019 », selon Fabrice Decourcelles.

La formation des salariés d’ONET

« La journaliste a eu la chance de recevoir une formation », salariée d’ONET

L’émission diffusée sur France 2, le jeudi 10 décembre dernier, met en exergue une formation raccourcie à une journée. L’infirmière hygiéniste du CHV se confond en excuses, mais le résultat est implacable. La formation d’un(e) salarié(e) d’ONET, pour cette cession, est réduite à une journée comprenant la théorie, la pratique, et la sécurité… !

A cette réalité avérée dans ce reportage, une salariée d’ONET ajoute « la journaliste a eu la chance de bénéficier d’une formation. Ici, la plupart des CDD n’ont pas de formation. Ils sont lancés directement sur le terrain. Moi, j’ai reçu une formation au bout de 7 à 8 ans », précise-t-elle. A la question « était-ce une évaluation (contractuelle) ? »… elle répond tout de go « non, ma formation ! ».

« Le sujet de la formation des salariés d’ONET est hallucinant », commente Emile Vandeville « le meilleur moment du reportage », ajoute une salariée.

Rappelons que l’effectif de l’entreprise ONET pour la prestation au CHV est « de 110 CDI avec de nombreux temps partiel pour 75 CDD », précise le responsable CGT, et « avec de nombreux CDD de 8 heures par semaine », ajoute la salariée.

En digression, une salariée glisse « nous sommes obligés de prendre 10 à 15 heures syndicales, chaque mois, pour examiner les fiches de salaire des CDD, car il y a des erreurs récurrentes sur le nombre d’heures travaillées… ».

« Une seule journée de formation est une situation anormale », Fabrice Decourcelles

Sur ce point du reportage, le chef de la logistique rappelle les termes du contrat. « Dans le précédent marché public, comme dans celui de février 2020, il y a une formation obligatoire de deux jours : 7 heures de théorie, 3 heures de pratique, et 3 heures de sécurité. Là, dans ce reportage, une seule journée de formation est une situation anormale », acquiesce Fabrice Decourcelles.

Le temps passé !

Ce passage du reportage sur la durée d’intervention minimale dans un espace du CHV constitue le point dur de cette enquête, car la conséquence est un enjeu de santé publique, ni plus ni moins ! Durant l’émission, la journaliste constate sur le terrain une durée moyenne de 6mm et 48 secondes, alors que des experts évaluent à 15 minutes minimum le temps nécessaire pour un bionettoyage. « La direction n’indique pas de temps, mais un nombre de chambres à réaliser, 5 par heure plus les sorties. Si vous n’avez pas fini votre quota en fin de journée, vous devez poursuivre et les heures ne sont pas payées. On a une pression énorme, car nous voulons bien réaliser notre travail », selon la salariée d’ONET.

Ensuite, il y a déjà une fracture sur la sémantique. « Pour nous, une chambre, un couloir ou un bureau, nous effectuons partout du bionettoyage. Nous sommes dans un hôpital », explique une salariée. La dichotomie entre un nettoyage en milieu simple ou en milieu sensible constitue un enjeu (aussi) salariale. « Nous souhaitons une reconnaissance comme salarié en milieu sensible. Nous espérons que ce reportage va faire bouger les choses. Nous manquons de moyens humains, il y a trop de CDD. D’ailleurs, ONET embauche même des CCD pour remplacer des grévistes (interdit par la loi) », précise une salariée d’ONET.

Sur ces propos, Fabrice Decourcelles répond : « Tout d’abord, je précise que les nettoyages en réanimation, bloc opératoire, et les salles de soins critiques ne sont pas externalisés. Ensuite, dans ce marché public, nous avons bien des catégories différentes suivant les espaces à nettoyer. Par exemple, mes bureaux sont purement du tertiaire. Jamais un patient ne franchit ma porte ».

Ensuite, le chef de service poursuit : « Il existe plusieurs niveaux de nettoyage, une catégorie où vous effectuez un nettoyage quotidien d’une chambre d’un patient (classique). Nous l’évaluons à 12 minutes. Ensuite, une sortie de patient est évaluée à 17 minutes. Bien sûr, une chambre d’un patient touché par le COVID, et plus généralement BMR (Bactéries multirésistantes) nécessite plus de temps ».

Selon ce dernier, le contrôle est une partie intégrante du marché public : « Il y a un marché à part avec une entreprise en charge du contrôle de la prestation de nettoyage. Ensuite, nous avons une réunion mensuelle avec ONET, et l’équipe d’hygiène hospitalière, sans oublier une rencontre hebdomadaire. Il y a une obligation clair de résultats avec un dispositif de vérification robuste ! Je n’ai pas le sentiment que la prestation d’ONET est dégradée ».

La clause sociale

Ce sujet est fondamental dans cette réflexion globale. « Nous constatons des conflits sociaux à répétition chez ONET, et nous avons conscience que cela peut rejaillir sur le travail. Nous sommes conscients également que les salariés d’ONET font partie du service hospitalier. C’est pourquoi, il y a une clause sociale de revalorisation salariale dans le nouveau marché public. Ensuite, le parking est aujourd’hui pris en charge par l’entreprise », commente Fabrice Decourcelles.

Emile Vendeville

Sur ces points, Emile Vendeville précise « que le remboursement du parking aux salariés d’ONET est antérieur à ce marché public. Ce fut au prix d’une lutte syndicale avec l’entreprise ». Ensuite, sur le plan de la rémunération, la traduction d’une hausse de salaire se concrétise comme suit : les agents d’ONET au CHV sont classés en 3 catégories, tertiaire ceux qui font les bureaux et service de consultation, les machinistes et agents, et le bionettoyage des chambres. Pour donner un ordre de la hausse en février 2020 « elle est passée de 10,59 euros de l’heure à 10,78 euros, soit plus 19 centimes pour les salariés au bionettoyage des chambres. Plus globalement, l’ensemble des intervenants au CHV se situent entre 105% à 102 % du SMIC. Pour moi, ce n’est pas une revalorisation, mais un début d’application de la convention collective qui plus est en prenant en compte la hausse du SMIC au 1er janvier 2021 », commente Emile Vendeville.

Présent à cette conférence de presse, Christophe Lauwer, référent CGT pour le sud du département sur l’action santé, précise «  que c’est une affaire de gros sous. Nous sommes ici dans le profit et la rentabilité. Il y a des objectifs de gestion à atteindre pour la direction. En France, au sein des établissements publics de santé, vous avez environ 20 à 23 % de contractuels. Au CHV, vous atteignez 40% ! ».

Les infections nosocomiales

C’est tout de même le coeur du sujet du reportage de Cash investigation, le lien entre le bionettoyage et les infections nosocomiales. Fabrice Decourcelles affirme « que le CHV est dans la moyenne des Centre Hospitaliers de même strate sur ces infections nosocomiales. Ensuite, il n’existe pas, à ma connaissance, une étude comparative entre les établissements de santé public ou privé avec une prestation de nettoyage externalisée et les autres en régie hospitalière ! ».

Néanmoins, le reportage fait apparaître qu’un temps de travail réduit peut avoir des conséquences sanitaires. « On sort souvent en nous disant, qu’aujourd’hui, nous avons dû encore bâcler notre travail pour respecter les quotas ! », tance une salariée d’ONET.

Le chef de service au sein du CHV n’a pas voulu communiquer sur un chiffre d’infections nosocomiales, un taux, une comparaison « c’est un sujet secret-défense », claque Emile Vendeville.

Les décideurs

Pour la CGT, il ne fait aucun doute que «  ce sont des choix politiques de gestion. La ville ne peut ignorer cette situation au sein du CHV même si cela concerne une prestation externalisée. Cette question sociale est aussi politique. A un autre niveau, l’ARS est très discrète », commente Emile Vendeville.

« D’ailleurs, l’ARS ne s’implique jamais dans les conflits sociaux des Centres hospitaliers », ajoute Christophe Lauwer… ce qui ne manque pas de sel puisque la réforme HPST (Hôpital Patient Santé Territoire) a lancé sur les fonts baptismaux les ARS (Agence Régionale de santé), en avril 2010, comme LE nouveau bras armé de l’état, en lieu et place des ARH (Agence Régionale Hospitalière).

Cette émission va-t-elle déboucher sur des améliorations des conditions de travail où “les bandeaux de sol sont neufs maintenant, mais ils ne sont toujours pas suffisants en nombre. Donc, nous devons utiliser encore les anciens si besoin est. Ensuite, nous avons bien eu 11 tenues règlementaires pour le CDI, mais les CCD une (comme dans le reportage), donc les CDI doivent fournir aux CDD… ! Enfin, c’est la course, notamment aux balais, le matin pour obtenir l’ensemble du matériel pour travailler  “, déclare une salariée. Force est de constater que de nombreuses questions se posent, et des réponses, voire des avancées, sont nécessaires !

Daniel Carlier

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