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(Couvre-feu renforcé) Autopsie d’une décision politique… hybride !

Nos subconscients étaient déjà dans le couloir du 3ème confinement, et puis ce vendredi 28 janvier, contre toute attente du Gouvernement, de l’ensemble de la classe politique et scientifique, le Chef de l’Etat décide de faire confiance au peuple à travers une mobilisation générale contre cette épidémie… !(visuel/DRPI)

Le retour du candidat Macron… !

Le plus intéressant dans une décision, qui ne découle pas de la mise en oeuvre d’un programme, est son sens politique face à un choix que seul le Chef de l’Etat maîtrise comme l’autorise la constitution de notre 5ème République.

Reprenons le fil de la pelote de laine depuis le début de cette pandémie, un 1er confinement du printemps adoubé par une immense majorité de la population, voire de la classe politique en cochant la case du manque criant de masques, mais également celle du manque d’anticipation vis à vis de la propagation de cette épidémie en Italie.

Ensuite, le raté du déconfinement avec une sortie trop joyeuse comme si le Covid-19 se conjuguait au passé. Tout ceci nous amène tout droit vers ce 2ème confinement beaucoup moins accepté, l’armure économique et surtout psychologique de la population se fend au fil des semaines même si ce mois de novembre, confiné, a permis un Noël à minima contrairement a beaucoup d’autres pays européens.

Dans la foulée, des vaccins arrivent déjà sur le marché, le Pzifer où les gorges chaudes des anti-vaccins se déploient dès le mois de décembre. Le Gouvernement annonce son paysage en 5 étapes avec une administration du consentement très lourde, et un calendrier de vaccination où personne ne pipe un mot. La classe politique commence à tirer à boulets rouges contre le process du consentement avec des positions, comme celle de Gérard Larcher très maladroites, et surtout se déchaîne dès l’entame de la campagne de vaccination en mode escargot fin décembre en France, alors que l’immense majorité des autres pays ont les deux pieds sur la pédale d’accélérateur… !

De facto, début 2021, la campagne vaccinale change de ton, et cette volonté pousse l’exécutif à l’ouverture à la vaccination potentielle aux plus de 75 ans afin d’amplifier le chiffre des vaccinés compte tenu que 50% des personnes cibles, comme en EPHAD, ne souhaitent pas être vaccinés comme le confirme les chiffres en île de France. Le miracle est que cette latitude a fait renverser la tendance et mis sur le devant de la scène les pro-vaccins. 15 millions de personnes vulnérables voulaient se faire vacciner le 15 janvier avec la désormais célèbre posture de Martine Aubry dans son Centre de vaccination à Lille « où sont les vaccins ! ». Elle sait sur le fond que la vérité est ailleurs, mais sur la forme, elle marque les esprits, c’est du sens Politique expérimenté. Ce choix en terme de temporalité aura une vertu sanitaire dans le chiffre des vaccinés au final, mais va coller à la peau de l’exécutif jusqu’à la fin comme une vaccination trop tardive. Comme Emmanuel Macron l’a souligné dans la presse internationale «  l’épidémie sera finie quand nous serons tous vaccinés »… Et a cet égard, si les mois de mai et juin se transforment, si vaccins disponibles, en une course effrénée des Français vers un Graal pour leur vacances, une libération durant l’été 2021 sera au menu dont nous avons eu un avant-goût en juillet/août dernier ! Quel sera le jugement final de la population sur ce sujet, ce sera très intéressant ?

Le climat… de résistance !

En effet, le climat mondial à l’instant « T » est tout sauf anodin dans la décision du Président de la République. La pandémie génère de l’instabilité politique en Europe, aux Pays-Bas où l’instauration d’un couvre-feu, pour la 1ère fois depuis la seconde guerre mondiale, a déchaîné la jeunesse dans les grandes métropoles, mais aussi fait sauter la coalition politique actuelle au pouvoir, idem en Italie, au Danemark, au Liban où les manifestations contre ce confinement s’enchaînent, et le 1er Ministre espagnole indique qu’il ne peut confiner « car nous ne sommes pas un pays riche, comme l’Allemagne et la France, nous ne pouvons pas indemniser les entreprises ! »

Ensuite, sondage après sondage sur un éventuel consentement au 3ème confinement France, la population est lasse, et proche d’une rupture psychologique dont les dégâts seraient maximalisés à la veille d’échéances politiques majeures.

Les petites phrases… !

Et enfin, la sémantique de l’opposition est fondamentale, leurs mots clés de ces derniers jours ont construit la décision du Président de la République. Pour Marine Le Pen, le 3ème confinement sera la symbole d’un raté « comme tout le reste » sans oublier de souligner avec force « que les Français respecteront les consignes », comme pour s’extirper de cette catastrophique image de l’extrême droite américaine avec l’invasion du Capitole, dure à encaisser pour une Trumpiste assumée. Concernant les cadors du parti Les Républicains, ils défilent sur les plateaux télé avec le sourire à peine voilé « on est triste et responsable, mais il faut assumer les masques, les vaccins, et ce 3ème confinement…, etc. ! ». Bref, vous êtes nuls, et il faudra en répondre devant les Français. La gauche fut plus discrète sur ce sujet du 3ème confinement mis à part Jean-Luc Mélenchon, lui également pourfendant une décision liberticide sans prise en compte des dégâts psychologiques.Tous ont parlé au Chef de l’Etat du haut de ses responsabilités devant prendre une décision que les scientifiques voulaient impérieusement, que des chiffres pas si catastrophiques à l’instant « T » pourraient le pousser à anticiper des heures plus sombres, que le sens de la responsabilité du pouvoir suprême imposait.

Mais voilà, ce n’est pas, politiquement parlant, le Président de la République qui répond, c’est le candidat Emmanuel Macron en 2016 ! Car tout le monde a déjà oublié le sens politique de ce trentenaire à l’époque où un mouvement politique sorti en avril 2016 remporte une élection présidentielle, du jamais vu dans l’histoire politique avant et sans doute demain, avec un alignement des planètes incroyable en sa faveur, son sens de l’alliance avec François Bayrou contre toute attente des éditorialistes politiques. Tout aussi instructif, son sens aigu du comportement des autres acteurs à travers un passage édifiant dans un documentaire tournée pendant sa campagne, bien trop ampoulé, mais avec deux scènes édifiantes sur la personnalité du candidat/président. Celle sur François Hollande, et plus encore celle où tout son staff lui indique que François Fillon va se retirer suite à sa mise en examen, mais Macron répond « je pense qu’il va se maintenir », et par la même faire remporter la Présidentielle au plus jeune chef de l’Etat de l’Etat de la 5ème République.

Comme pour chaque Gouvernement, le programme s’applique ou pas, car chaque candidat au pouvoir suprême avance ses convictions pour remporter la victoire. Le programme d’un François Hollande s’est délité en quelques mois au point de décevoir tous ses électeurs, Nicolas Sarkozy s’est focalisé sur la réduction de la dette suite au sauvetage réussi face à la crise financière en 2008, réduction des effectifs de police, et ainsi de suite dans tous les Ministères, notamment celui de la santé. On pourrait remonter jusqu’au général de Gaulle depuis le suffrage universel. Néanmoins, peu d’hommes politiques ont donné ce sentiment de penser avoir raison avant et contre tout le monde. Emmanuel Macron incarne cette idée que son approche globale des tenants et aboutissants de notre société est la seule convenable. Du « gaulois réfractaire » au « 66 millions de procureurs », on ne compte plus les flèches décochées par le Chef de l’Etat contre tout message contrariant. Néanmoins, cet état d’esprit nous amène directement à cette décision d’un non 3ème confinement immédiat assorti d’une mesure (tardive) aux frontières et de la fermeture des galeries non alimentaires de plus de 20 000 M2.

Avez-vous entendu la classe politique depuis vendredi soir ? C’est un uppercut d’Emmanuel Marron qu’ils n’ont pas vu venir. Les Etats-Majors de l’opposition doivent se réunir en catastrophe pour chercher les angles d’attaque si un 3ème confinement existe dans 15 jours ou pas du tout. Même son propre gouvernement doit s’adapter avec un Olivier Veran disant tout hier et son contraire ce dimanche matin. C’est le retour de la décision politique d’un seul homme !

Rebattre les cartes…

Depuis l’avènement de la 5ème République, vous pouvez compter sur les doigts des deux mains les décisions changeant le cours du temps politique, hors mis en oeuvre (ou pas) d’un programme, ce choix inattendu du Chef de l’Etat est la décision politique la plus importante depuis son élection en mai 2017. Il faut croire que le nombre des années n’apporte aucune expérience du commentaire politique chez les ténors de l’opposition aux accents triomphants face à l’imminence du 3ème confinement. Pensez-vous que le Président de la République eut pris cette même décision si, comme au Printemps, ce 3ème confinement s’imprimait comme une raison d’Etat acceptée et estampillée par notre corpus sociétal et politique ?

La politique n’est pas une course où le vainqueur est celui qui a raison, mais bel et bien celui qui n’a pas tort… de prendre une décision. Là nuance est immense, et plonge toute l’opposition politique dans un abîme de réflexion !

Daniel Carlier

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