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La déliquescence programmée du revenu d’un Métallo

Pouvoir d’achat, conditions de travail, coût de la vie, rémunération, tous ces sujets sont sur la table en période électorale. A tel point que des négociations très médiatiques sur les grilles de salaire dans les métiers de la restauration ont débuté ce jeudi 18 novembre, mais dans l’ombre depuis 2016 la remise en cause des conventions collectives de la Métallurgie arrive à son point culminant, crash social imminent… !

Ludovic Bouvier : « Ce projet de Convention nationale est une casse industrielle »

Plantons le décor, car il faut bien maîtriser les enjeux pour comprendre la dangerosité du sujet. La Métallurgie pèse 1,4 millions de salariés en France. Post 68, les travailleurs de la filière et le patronat ont convenu de signer des conventions collectives territoriales afin d’encadrer la profession de métallurgiste, tous métiers confondus. A ce jour, 76 conventions territoriales sont en vigueur en France.

Le projet de Union des industries et métiers de la métallurgie, donc du MEDEF, est d’unifier en une seule Convention nationale la profession. Sur le fond, cela est plutôt de bon sens. Le sujet s’inscrit donc dans les modalités de la dite convention, nivellement par le bas ou sortie par le haut.

C’est pourquoi une information à la presse a été proposée en présence de Ludovic Bouvier, Secrétaire régional de UIMM, Romain Amaouch, délégué CGT chez Arcellor Mittal, Romain Dumarquet, élu CSE chez NYRSTAR FRANCE sur Auby, Nassem Sadki délégué syndical chez NYRSTAR FRANCE, et Alain Porat, élu chez Stellantis entre autres.

« C’est bien pourri », Ludovic Bouvier

Les négociations ont débuté depuis 2016 sur tous les volets du métier, conditions de travail, prévoyance, ancienneté, jour de carence, annualisation du temps de travail, et bien sûr rémunération « nous sommes dans la dernière phase, celle de la rémunération. A ce stade, c’est bien pourri. La logique du patronat est la standardisation des postes. On abaisse le seuil d’entrée en terme de rémunération, on ne prend plus en compte les diplômes, les qualifications…, tout est revu à la baisse ! », commente Ludovic Bouvier, secrétaire régionale du syndicat de l’UIMM. L’idée est donc une nouvelle catégorie de salariés interchangeables avec à la clé « des différences de rémunération suivant le poste occupé. Vous changez de poste d’un mois à l’autre et vous pouvez baisser de salaire… », poursuit-il.

De plus, avant même cette signature potentielle d’une convention nationale, il existait déjà une Convention nationale pour les cadres dans la Métallurgie « elle a été dénoncée », ajoute Ludovic Bouvier.

Bien sûr, le patronat a senti la réticence du syndicat CGT, majoritaire dans la filière, et essaye de colmater les brèches. « On nous propose des primes en compensation, mais qui seront dégressives. On va nous habituer à la misère ! Ce projet de Convention nationale est une casse industrielle », indique le syndicaliste. Pour être concret, il faut se sentir très fort pour proposer cette révision inexorablement à la baisse au fil du temps. « Oui, on sent le Patronat très arrogant. D’ailleurs, dans certaines entreprises comme chez Arcelor Mittal, ils ont essayé d’aller encore plus vite que cette convention nationale », précise-t-il. « Nous avons refusé immédiatement avec grève à l’appui », lance Romain Amaouch, délégué CGT chez Arcelor Mittal.

En effet, cette possibilité en franc-tireur d’une direction d’entreprise est toujours possible grâce à la loi « El Khomri», prise sous la Présidence de François Hollande, gravant dans le marbre la primauté de l’accord d’entreprise en matière de durée du travail (nombre maximum d’heures quotidiennes et hebdomadaires, temps de repos, congés payés, etc.) qui devient le principe de droit commun, mais plus fort encore…, l’accord d’entreprise peut être « moins disant » que l’accord de la branche d’activité. « En fait, les ordonnances Macron ne font que renforcer la loi El Khomri », précise Ludovic Bouvier. L’histoire sociale de notre république, dans le temps, mettra en lumière la mesure la plus anti-sociale depuis des décennies prise par un Président de la République…, dit de gauche !

« On ne va pas en rester là », Ludovic Bouvier

Le syndicaliste est transparent sur le panorama inhérent à cette négociation :  « Rien n’est signé, mais j’ai un doute sur les autres syndicats, je pense qu’ils vont signer. Pour autant, on ne va pas en rester là. Le 25 novembre prochain, nous lançons une manifestation sur Paris où nous attendons 20 000 à 25 000 personnes. Ensuite, il y aura un appel à la Grève au niveau national dans toutes les usines de la filière », explique Ludovic Bouvier.

Le double discours de la « réindustrialiation »

L’industrie en France, sa relocalisation, etc., tous les partis politiques sont partants pour un retour de la production Made In France. En même temps, le Patronat se plaint chaque jour qui passe du manque de professionnels dans les métiers en tension… Voilà deux postulats pouvant faire croire que l’objectif serait l’attractivité des métiers de la Métallurgie ! Malheureusement, sous l’autel de la rentabilité, le nivellement par le bas serait le nouveau dogme afin de faire aboutir ce projet. La Réindustrialiation, voire son maintien, ne peut pas passer par un rapport conflictuel permanent avec les salariés, ça ne fonctionnera pas. En clair, ce Grand projet commun aux partis politiques de la « Ré » industrialisation de la France est très mal engagé du coté de l’industrie lourde… !

Daniel Carlier

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