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La méthanisation attend sa « nouvelle vague »

Malgré une réduction tarifaire, un durcissement des conditions d’installation d’une unité de gaz vert, la 3ème édition de « Métha’Morphose » sur Saint-Quentin a démontré que cette filière n’était pas du tout « A bout de souffle ». A l’aube de 2022, la méthanisation doit prendre un virage déterminant pour son développement et même pour le fameux mix énergétique… où l’hydrogène pointe également le bout de son nez (visuel à gauche Philippe Vasseur et Jean-Jacques Dubois).

La méthanisation à l’heure des choix

La méthanisation, de quoi parlons-nous ? Pour utiliser un terme plus courant, évoquons comme toutes les actrices et acteurs politiques une société décarbonée, la méthanisation est donc la décarbonation du gaz. Nous parlons de fait de la production d’une énergie propre, en l’occurence un gaz vert produit en France avec des emplois non délocalisables. Le pari de la filière est le croisement du monde industriel et de celui de l’agriculture dans un premier temps. En effet, la finalité écologique est d’utiliser les déchets organiques produits dans la ferme, voire du voisinage proche, et de les transformer en énergie propre. Ces déchets peuvent être très variés dans les exploitations agricoles, du lisier à celui du maraîcher en passant par les grandes cultures. En résumé, cette production locale coche toutes les cases… de la transition écologique !

L’arrivée du gaz, par importation à quasi 100% de l’étranger, dans un autre registre que le chauffage est assez récente en France. On se rappelle dans les Hauts de France des premier bus roulant au gaz grâce à la MEL (Métropole Européenne de Lille), mais pour le reste « la 1ère unité de méthanisation est née en 2011 à Sequesdin (Centre de Valorisation Organique), puis en 2013 la 1ère unité de méthanisation en Île de France chez un agriculteur. Notre filière est donc très jeune », commente Didier Cousin, Directeur Territorial Hauts-de-France, et membre du CORBI.

Afin d’encadrer son développement, les acteurs de cette filière ont regroupé leurs compétences dans un collectif en 2015, le fameux CORBI (Collectif régional Biométhane). Dès cette date, le mot d’ordre fut « de faire ensemble. Cette démarche s’est inscrite dans les pas de REV3* avec l’appui dès 2014 de Daniel Percheron, puis par Xavier Bertrand. On peut souligner le soutien, transpartisan, de Xavier Bertrand, c’est une chose assez rare aujourd’hui », commente Philippe Vasseur, président de la mission REV3.

Dans ce cadre, le CORBI promeut la méthanisation dans les exploitations agricoles depuis près de 10 ans, un outil de diversification des revenus pour l’exploitant et un instrument de transformation des déchets organiques de la ferme, voire du voisinage, en gaz vert. A ce jour, près de 60 unités de méthanisation sont fonctionnelles sur les 5 départements même si l’Oise et l’Aisne, départements très agricoles, sont partis en flèches, mais les 3 autres suivent de près. « Aujourd’hui, vous avez 58 unités de méthanisation opérationnelles dans les Hauts-de-France fin 2021, 60 dossiers avancés dont nous sommes assurés de la réalisation, et 60 autres dont les projets sont en cours », précise Didier Cousin (ci-joint CARTOGRAPHIE DES UNITES BIOMETHANE EN INJECTION A FIN 2021)

Enfin, la manifestation Métha’Morphose, dont la 1ère sur Arras en 2017, la deuxième sur Amiens en 2019, et ce jeudi 02 décembre 2021 s’est déroulée la 3ème sur Saint-Quentin. Un moment où les acteurs et les porteurs de projets se rencontrent, s’informent sur l’actualité réglementaire toujours en mouvement, sensibilisent la jeunesse sur cette thématique. D’ailleurs, près de 400 personnes sont venues sur cette 3ème édition.

Les évolutions de la loi

En effet, le 25 novembre 2020, la mauvaise surprise est venue de la baisse du tarif de rachat pour l’exploitant agricole de ce gaz vert, soit la différence entre le gaz injecté et le gaz naturel. Ensuite, le 30 juin 2021, c’est le durcissement de l’installation d’une unité de méthanisation avec une nouvelle distance avec les habitations, risque incendie, etc.

Toutefois, un intervenant dans les multiples conférences de la journée rassure concrètement les porteurs de projet sur ce sujet. « Je vous donne un exemple chiffré, avec un projet standard d’installation, pour un exploitant agricole. Malgré les nouvelles dispositions, la rentabilité demeure de 7%. Je viens d’une autre filière où ce taux est celui des grands groupes (comme ENGIE) », indique-t-il.

Ensuite, il appuie sur un point très sensible. Certes, l’Etat diminue son prix de rachat, et cela va continuer inexorablement sur cette voie, mais de l’autre coté la loi du 24 août 2021 impose aux fournisseurs de gaz une part incompressible de gaz vert. Donc, à l’instar des certificats énergie, la « course aux certificats de production de biométhane sera une réalité. Par contre, oui le producteur devra vérifier la qualité du fournisseur avec lequel il va contracter pendant (sans doute) 15 ans », ajoute cet expert.

Néanmoins, Jean-Jacques Dubois, Président de l’Association Française du Gaz-Hauts-de-France, monte au créneau : « Aujourd’hui, dans les Hauts-de-France, nous représentons 25 % de la production nationale avec le Grand Est et l’Ouest avec un potentiel important. Pour autant, nous sommes une filière naissante. Ce n’est pas au bout de dix ans que l’on modifie les règles (économiques) d’installation. On attend plus des pouvoirs publics, il doit aider l’émergence d’une énergie décarbonatée ».

Assurément, une filière de la méthanisation s’est organisée avec des porteurs de projets, une économie de proximité est en place à travers des Bureaux d’Etudes, des structures d’achats groupés, des spécialistes de l’accompagnement tout au long de l’investissement (12 ans minimum et le plus souvent 15 ans), et bien sûr des concepteurs de matériaux spécialisés à cette filière.

« Il y a confusion entre le mix énergétique et le mix électrique », Jean-Jacques Dubois

Attendre ne sert à rien, il faut être dans une dynamique active, c’est l’esprit de ce nouveau « Manifeste CORBI 2025 » où tous les acteurs de la filière, privés, institutionnels… ont signé un engagement d’objectifs. En effet, si les dossiers étudiés durant 6 à 7 ans furent peu nombreux ; depuis 2017, la dynamique est présente avec un objectif rempli d’1 Térawatt-heure, soit le chauffage de 300 000 logements. Dans ce nouveau contrat d’objectifs 2025, la ligne d’horizon est placée à 3 Térawatt-heure, soit du chauffage pour 600 000 logements.

Signature du « Manifeste Corbi 2025 »

En filigrane, la crainte est l’arrêt net, comme la filière solaire en 2010, des projets de méthanisation. « Au niveau national, nous sommes en capacité de produire 30% du mix énergétique français, mais l’Etat nous limite à 10%. Il y a confusion entre le mix énergétique et le mix électrique, et il y a clairement un lobbying de cette filière », déclare Jean-Jacques Dubois. « Nous devons lancer maintenant la 2ème vague, l’année 2022 sera déterminante pour notre filière », ajoute Philippe Vasseur.

Un argument de poids est très audible. « L’éolien comme le solaire sont des filières complémentaires de la production d’électricité en France. La méthanisation est une filière autonome, il est beaucoup plus difficile de la supprimer », commente Jean-Jacques Dubois.

De plus, outre l’exploitation agricole, les collectivités locales et territoriales peuvent se lancer dans la réalisation d’une unité de méthanisation, mais pas que … « Dans les Hauts-de-France, nous avons 586 000 logements sociaux. Nous avons déjà trois bailleurs sociaux qui s’engagent pour la collaboration à la réalisation de micro-unité urbaine de méthanisation », explique une experte dans un débat. En clair, la transformation des déchets sur (quasi) le site de production constitue un énorme gisement de gaz vert.

L’hydrogène arrive… aussi dans les exploitations de méthanisation

On a compris tout l’intérêt de la production d’un gaz vert basé sur des déchets organiques, mais aujourd’hui le processus de méthanisation peut s’accompagner du développement d’une autre filière. Nous parlons ici de la Méthanation.

Concrètement, la méthanisation produit du CO2. Récupéré le CO2 comme une chaleur fatale toujours plus intéressante que le rejeter dans l’air permet de produire du CH4, donc de l’hydrogène. C’est pourquoi, la Méthanation s’inscrit dans un complément d’une unité de méthanisation à travers la production d’un hydrogène de synthèse.

A ce stade, l’entreprise ENERGO, déménagée dans les Hauts-de-France, résume la donne en 2021.« Actuellement, la production d’hydrogène de synthèse est interdite en France. Nous sommes dans les 9 entreprises autorisées à injecter un hydrogène de synthèse à titre expérimental. Je pense que compte tenu des avancées de notre projet, nous serons la 1ère entreprise à le faire en France », commente le patron ENERGO.

Philippe Vasseur précise que « si l’ensemble des unités de méthanisation étaient couplées avec un process de méthanation. La Région des Hauts-de-France serait autonome en gaz, elle pourrait même exporter ».

Meth’Agri Camp, la conclusion

Le Prix du Jury récompensé

Pour animer cette journée, outre les conférences et stands d’informations, 9 lycées agricoles ont été sollicités durant les mois précédents pour concevoir un projet sur la méthanisation. Après une compétition amicale dans chaque établissement agricole, 9 projets ont été présentés à un jury d’experts durant cette 3ème édition de Métha’Morphose. Le prix du Jury a été décerné au lycée agricole de Tilloy-les-Mofflaines et celui du public au lycée agricole d’Auchin.

En conclusion, cette journée Métha’Morphose s’est déroulée à un tournant de cette filière dans son approche économique, sa faisabilité, voire surtout sa perspective de développement. En effet, peu importe la capacité de production dans le mix énergétique français, car même si la France devenait autosuffisante en gaz, elle exporterait son énergie verte ce qui de fait serait le bienvenue dans sa balance commerciale actuelle. Où est le risque pour l’Etat ? C’est la question sans réponse… à ce stade !

Daniel Carlier

* La Troisième révolution industrielle en Hauts-de-France est une action menée conjointement par la CCI Hauts-de-France et le conseil régional des Hauts-de-France

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