1. Accueil
  2. Accueil
  3. Philippe Merlin (ONF) : « La forêt est une décharge à ciel ouvert ! » (1/2)
AccueilTerritoire

Philippe Merlin (ONF) : « La forêt est une décharge à ciel ouvert ! » (1/2)

Force est de constater que la gestion de la forêt de Saint-Amand/Raismes/Wallers propose des problématiques liées évidemment à un espace naturel et de manière concomitante une pollution systémique à travers des déchets de toute nature. Face à ce fléau, l’ONF, les collectivités locales et territoriales, voire le Parquet de Valenciennes, ont souhaité frapper les esprits avec un affichage ostentatoire d’une réalité quotidienne du déchet dans une forêt de proximité, mais également via une convention sanctuarisant une sévérité accrue concernant les délits de dépôts sauvages dans ladite forêt (Visuel Philippe Merlin, responsable de l’unité Flandres-Hainaut).

Philippe Merlin : « Nous constatons une recrudescence des dépôts sauvages depuis 5 ans »

Le Valenciennois dispose d’une richesse forestière méconnue, car la forêt de Saint-Amand/Raismes/Wallers occupe une surface de 5 000 hectares, soit la 2ème du département du Nord derrière celle de Mormal (10 000 hectares). Sa caractéristique première est qu’elle touche une urbanité de plein fouet, un espace périurbain comme un atout sur certains aspects, mais aussi une source de troubles majeurs. « Les causes sont multifactorielles. C’est d’abord une forêt dans la ville ou le contraire, elle explique en partie la présence massive de déchets. Pour autant, on ne peut gommer les problèmes sociaux économiques liés à cette pollution. Cette forêt est la plus polluée de tout le secteur dont j’ai la responsabilité, c’est une décharge à ciel ouvert ! », commente Philippe Merlin, en charge de la gestion des forêts du Valenciennois, du Douaisis, d’Hazebrouck, de St Omer, de l’Arragois et sur Lens/Lievin, environ 15 000 hectares. « Aujourd’hui, il faut compter une personne pour gérer 1 000 hectares, j’ai sous ma responsabilité 13 personnes sur l’unité Flandres-Hainaut) », ajoute-t-il.

Des solutions pour une meilleure prévention

Pour échanger sur cette problématique rampante depuis des lustres, l’ONF, les collectivités locales à portée de feuilles, et le Parquet de Valenciennes, étaient autour de la table pour une réunion début juin 2022 afin de trouver la lumière au bout de la cannette métallique, des déchets plastiques, du verre, de l’improbable, voire de l’insoutenable… !

Bienvenue dans l’atelier de l’usine Michelin…

Concrètement, l’équipe de l’ONF Flandres/Hainaut récupère une tonnes de déchets par semaine dans la forêt, soit plus de 50 tonnes à l’année, énorme ! Ensuite, les événements s’accélèrent durant cette dernière décade. «  Nous constatons une recrudescence des dépôts sauvages depuis 5 ans. C’est pourquoi, cette réunion visait à réfléchir sur des solutions. Plusieurs pistes ont été évoquées comme les horaires des déchetteries environnantes, sur une ouverture 7J/7, revoir la limitation à 1M3 par jour pour un particulier. En effet, ce dernier que fait-il lors d’un déménagement ? Ensuite, la gratuité des dépôts en déchetterie pour les professionnels constitue également une réponse, car nombre de déchets volontaires dans la forêt sont réalisés par des professionnels », déclare le responsable de l’ONF.

« 155 M3 en deux jours », Philippe Merlin

Bien sûr, la communication reste un puissant vecteur de sensibilisation. Dans ce cadre, l’ONF et ses partenaires ont souhaité « lancé une opération coup de poing. Nous avons durant deux jours mobilisés les services des collectivités locales concernées, les équipes du SIAVED, notre service, mais également des personnes TIG (travail d’intérêt général) via le Parquet de Valenciennes afin de ramasser des déchets. Nous avons collecté 155 M3 en deux jours, le lundi 11 et mardi 12 juillet, des déchets de toute nature dans 7 bennes dont une remplie complètement de pneus… », souligne Philippe Merlin. Le détail de cette récolte pas banal sur 80% du massif est impressionnant : 4 bennes de 30 m3 + 1 benne de 12 m3 d’ordures ménagères, 1 benne de 12 m3 de pneus et 1 benne de 12 m3 de déchets verts.

Concrètement, l’effort logistique déployé est conséquent par les acteurs partenaires : Ville d’Escautpont : 1 camion benne et 2 agents, ville d’Hasnon : 1 camion benne, 2 agents et un élu, ville de Raismes : 2 camions benne, un tracteur équipé d’un godet, 5 agents, ville de Saint-Amand-les-Eaux : 1 camion benne, un tracteur équipé d’un godet, 3 agents, ville de Wallers : 1 camion benne, 2 agents, une élue, Parquet/SPIP : 2 TIG, SIAVED : 1 benne 30 m3, 2 bennes 12 m3, pinces à déchets et bacs de tri, et l’ONF, 1 camion benne, une pelle 20 T, 7 agents. On n’oublie pas Morgan Raux de l’association récente « Ma Verte Forêt » (https://maverteforet.fr), inlassable défenseur d’une forêt à respecter.

Un protocole pénal spécifique

La sensibilisation est toujours la bienvenue, mais la peur du « Gendarme » reste un atout maître dans le jeu de l’action publique. Ainsi, une convention dynamique a été signée entre les 2 agglos, La Porte du Hainaut et son président Aymeric Robin, Valenciennes Métropole et son président Laurent Degallaix, et le Parquet de Valenciennes avec le Procureur Jean-Philippe Vicentini, afin porter le fer sur ces délits irresponsables. « Le Parquet de Valenciennes s’engage à une réponse pénale dans les 2 mois du constat d’un délit de dépôt sauvage de déchets dans les forêts de son ressort. Ensuite, les agents assermentés de l’ONF peuvent verbaliser les auteurs de délits plus mineurs », commente Philippe Merlin.

Cette double actualité pointe du doigt le respect indispensable de notre environnement naturel, essentiel à notre respiration collective. Aujourd’hui, une prise de conscience s’avère de plus en plus incontournable face à ces comportements peu scrupuleux, ces chauffards de la biodiversité, car nous sommes loin des débats interminables sur les solutions les appropriées pour notre planète. Là, nous parlons de notre radeau de survie sans lequel aucune vie n’est possible sur terre. Les forêts et les océans sont nos meilleurs atouts pour affronter le réchauffement climatique. Alors, commençons notre résilience écologique par la base, jetons nos déchets là où nous pouvons le faire, simple, basique… !

Daniel Carlier

Print Friendly, PDF & Email
Print Friendly, PDF & Email
Articles Similaires