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L’Ukraine, toute l’Ukraine, rien que l’Ukraine pour une paix durable !

Après la retentissante reprise de la ville de Kherson, son écho mondial, va-infos est allé à la rencontre de femmes ukrainiennes déplacées en France, notamment sur Saint-Saulve, depuis le début de la guerre. Six paroles fortes, sans concessions, reconnaissantes de l’accueil des occidentaux, et assortie d’une détermination impressionnante. Pour autant, cette paix désirée n’altère pas une seconde la volonté de récupérer chaque centimètre carré du territoire ukrainien.

Karina Petrashevych : « Pas de négociations avec un état terroriste ! »

Le décor est simple, 5 femmes présentes sont réunies dans une salle attenante au Château Fortier * à Saint-saulve, dont 3 mères de famille, et une traductrice, Ukrainienne également. J’entame ma 1ère question « après 8 mois de guerre »… erreur reprise immédiatement par l’assistance « c’est 9 mois ». Oui, ces femmes ne lâcheront pas un pouce à l’envahisseur, le ton est donné par Nathalie Popova( de Kiev), Vera Predybailo (de Kharkiv), Victoria Tiurmenko (de Kiev), Olga Gerasymenko (de Dnipro), et Iryna et Karina Petrashevych (de Kiev).

Il y a un peu plus de 8 jours, le commun des mortels européen s’est réveillé en découvrant la reprise de Kherson sans combats mortifères, un peu une surprise tant les médias annonçaient un guet-apens russe machiavélique. Toutefois, pour les Ukrainiens, même en Europe de l’Ouest, l’événement était très attendu depuis des mois. « Nous étions juste dans un état d’attente de cette victoire, nous savions qu’elle allait venir inévitablement, depuis très longtemps. Nous sommes toutes (et tous) très connectées, voire très informées de l’avancée militaire et des problèmes pour les civils. De plus, nous avons toutes un membre de notre famille sur un front militaire en Ukraine », commentent de concert les personnes interrogées. Presque ironiquement, Iryna Petrashevych lâche « je pensais que la prise de Kherson serait plus rapide ». Ces femmes ukrainiennes s’accordent sur cette non surprise sur le front de Kerhson, à la différence des combats sur Kharkiv, mais se réjouissent par l’absence de combats, ô combien redoutés, dans les rues de cette capitale du sud du pays.

Nathalia Popova, originaire de Kiev dont l’oncle travaillait sur Kherson souligne que « cette ville était très importante pour l’agriculture dans le Sud, une ville avec également une culture très présente. J’allais régulièrement sur Kherson pour mon travail, c’est réellement la grande ville reprise par les forces ukrainiennes ».

Ces premiers propos soulignent la dimension d’une guerre 3.0 avec un rare talent de communication du Président Volodymyr Zelensky. La guerre de l’information est déjà gagnée par les forces ukrainiennes, grâce notamment à l’aide des satellites occidentaux fondamentaux pour l’issue de cette guerre. D’ailleurs, Karina, la traductrice, mentionne « qu’avec les dons en provenance des occidentaux reçus par l’Ukraine, ON a acheté notre propre satellite ». En terme sémantique, toutes les traductions de cette étudiante en Droit, depuis 5 ans en France, commençaient par un « On » comme un symbole d’une unité indivisible.

« Récupérer toute l’Ukraine y compris la Crimée », Victoria Tivrmenko

Bien sûr, les combats sur le front militaire sont associés à des bombardements, par les forces russes, sur les villes ukrainiennes. « Nous connaissons toutes les difficultés des populations en Ukraine. Sur Kherson, c’est très dur sans eau, sans électricité. C’est l’angoisse pour beaucoup d’Ukrainiennes et d’Ukrainiens », expliquent-elles.

L’arrivée de l’hiver n’arrange rien et va augmenter les difficultés pour toutes ces populations. Néanmoins, cette conscience concrète du quotidien en Ukraine « ne réduit pas une seconde la volonté des Ukrainiens de reconquérir tout leur territoire. Nous savons que c’est le prix à payer pour une victoire finale. Le peuple est prêt à attendre quoi qu’il en coûte », soulignent-elles.

Victoria Tivrmenko résume cet état d’esprit collectif : « Nous voulons récupérer toute l’Ukraine y compris la Crimée, pas de négociations sur aucune parcelle de notre pays ! ».

Ce temps de guerre n’a plus rien à voir avec l’opposition entre la Russie et l’Ukraine en 2014. D’ailleurs, Karina Petrashevych, en accord avec les autres personnes présentes, qualifie les accords de Minsk « comme une congélation du conflit, seulement un cessez le feu. Toutefois, en 2014 on croyait à une négociation. Aujourd’hui, nous ne sommes plus à ce stade dans cette guerre. Il ne peut y avoir de négociations avec un état terroriste, aucune concession de territoire n’est possible ». Ce sentiment partagé par toute l’assistance relègue très loin la petite musique occidentale sur une négociation prochaine, les ligues rouges à ne pas dépasser pour éviter de pousser dans les cordes Vladimir Poutine. Clairement, la seule voie de paix est la reconquête intégrale de leur pays dans les frontières de 1991…, et rien d’autre n’est envisageable !

Chaque habitant d’un pays occidental doit comprendre cet état d’esprit, même en France, un pays traversé par une occupation traumatisante par l’armée allemande et deux guerres mondiales sur son sol. En résumé, toute idée d’un accord contre la volonté commune du peuple ukrainien ne peut aboutir qu’à une suspension de la guerre en pointillé, sauf à vouloir fabriquer sciemment le ferment d’une prochaine guerre. Clairement, c’est le K.O ou rien contre l’homme fort du Kremlin

« Mieux vaut un bon compromis qu’un mauvais procès », cette citation française bien connue est presque gênante en l’espèce… !

« L’Ukraine, un rempart contre la Russie », Olga Gerasymenko

L’autre point tangible dans cette expression libre est cette conviction inébranlable du rôle de leur pays. « L’Ukraine est un rempart contre la Russie. Il faut que les tous les occidentaux réalisent que cette guerre concerne également leurs pays, en fait toute la communauté mondiale. On comprend très bien tous les problèmes en Europe, les répercussions sur les prix, etc., mais cette menace nucléaire de Poutine est celle d’un pays terroriste », expliquent-elles.

C’est pourquoi, le peuple est « extrêmement reconnaissant. Sur le plan humanitaire, c’est parfait ! Pour autant, on voudrait plus en terme d’armements, de soutien militaire, notamment un contrôle de l’espace aérien… Heureusement, on est plus stratège, les Russes misent sur la masse de soldats », ajoutent-elles.

Difficile de reprocher cette vision manichéenne après neuf mois de guerre tant cette population est sous tension, accepte son sort grâce à une certitude, coulant dans les veines de chaque Ukrainien, sur l’issue positive de cette guerre. « La paix en 2023, on y croit beaucoup ! », insistent les interlocutrices.

« Nous sommes privilégiées », Vera Predybailo

Evidemment, cette communauté présente sur la ville de Saint-Saulve, sauf Olga sur Valenciennes, est totalement consciente de leur situation. « Nous sommes privilégiées. Dès le 1er jour, la réception fut excellente par les familles d’accueil, par les agents de la commune de Saint-Saulve. Il n’y a jamais un refus, ni un épuisement de cet accueil », commente Vera Predybailo. « Nos journées sont animées », ajoute Nathalia Popova.

« Nous n’étions pas familiers de ces procédures. On s’est adapté et aujourd’hui, nous maîtrisons les différents dossiers administratifs. Je ne sais pas si les événements sont liés, mais nous avons observé à Saint-Saulve, comme dans d’autres communes, beaucoup plus de monde aux cérémonies du 11 novembre », conclut François Ducatillon, adjoint à la ville de Saint-Saulve.

Cet échange remet un peu nos idées au milieu du village monde, celui de la lutte d’un peuple envahi, d’un territoire occupé, des faits tangibles qu’une population veut effacer de l’histoire pour une paix durable demain. Nous ne pouvons pas collectivement omettre cette volonté même sur l’autel de notre inconfort sur le pouvoir d’achat dans tous les domaines. Certains le pensent, d’autres soutiennent inconditionnellement ce pays, mais il est aujourd’hui évident que la décision de cette fin de confit armé sera prise exclusivement par les belligérants. Qu’on arrête de se bercer d’illusion sur une quelconque négociation avec des concessions comme si l’Ukraine était une terre à partager aux vents mauvais.

(La traduction de cet article sera disponible très prochainement)

Daniel Carlier

* Remerciement à Yves Dusart et François Ducatillon pour la faisabilité de ce reportage

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