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Le GHT Hainaut-Cambrésis a explosé (officiellement) le 14 novembre 2022

Sous le Gouvernement de François Hollande, la volonté d’une organisation territoriale de la santé publique s’est traduite par le vote d’une loi, en 2016, à cet effet. Cette dernière a lancé sur les fonts baptismaux les « Groupement Hospitalier de Territoire », notamment celui très précurseur du Hainaut-Cambrésis, mais comme pour un entraîneur sur le tableau noir, la réalité du terrain a ébranlé rapidement les fondamentaux de cette collaboration dans le Grand Hainaut. L’ambition d’un Centre Hospitalier de Valenciennes régional s’envole peut-être… ! Entretien avec Evissi Kouva Okiemy, responsable du service Pharmacie au sein de l’hôpital de Cambrai, qui nous expose cet évènement endogène au sein du GHT Grand Hainaut.

Le GHT Hainaut-Cambrésis, un mort né dès sa signature ?

Retour sur le cadre de cette loi, méconnue au possible, mais dont la mise en oeuvre constitue une véritable révolution hospitalière. En effet, la loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé, sous le Ministère de Marisol Touraine, crée le groupement hospitalier de territoire (article 107 de la loi) en remplacement de la communauté hospitalière de territoire, mise en place par la loi HPST du 21 juillet 2009 sous le Ministère de Roselyne Bachelot. Deux lois, deux ambiances où la première avait déboulonné le « Tout hospitalier, ex ARH », via la création des ARS, et la seconde recompose les territoires de santé avec un établissement de soins support, dit de référence, accompagné par des établissements de santé publics affiliés.

Dans ce cadre, le GHT Hainaut-Cambrésis a vu le jour le 03 juillet 2017 à travers la validation, à l’unanimité des 12 hôpitaux publics du Grand Hainaut (Valenciennois, Cambrésis, et Sambre Avesnois), du Projet Médical Partagé (PMP), le coeur du moteur de facto. En mai 2019 en France, 136 GHT ont été créés sur le territoire regroupant près de 890 établissements.

Sur le Valenciennois, l’ancien Directeur Général du CHV, Philippe Jahan, remplacé par Rodolphe Bourret en janvier 2017, avait déjà lancé une coopération hospitalière dans le Hainaut à travers un partenariat entre le CHV, celui de Denain, de St-Amand-les-Eaux, et de Le Quesnoy. C’est pourquoi, en janvier 2017, il voyait d’un oeil bienveillant ce futur GHT du Hainaut-Cambrésis, une extension de son idée première https://www.va-infos.fr/2017/01/25/philippe-jahan-plenitude-de-action-jusqua-derniere-heure-de-mandat/

« La Covid a renfoncé le besoin de proximité immédiate avec la population », Evissi Kouva Okiemy

Le premier couac de cette naissance du GHT Hainaut Cambrésis fut la constitution d’un exécutif d’élu.e.s complètement gangréné par des luttes d’influences politiques. En effet, depuis des lustres, le maire, ou son représentant (élu), est le Président de Droit du Conseil de surveillance de l’hôpital public sur sa commune. A ce titre, la Présidence d’un organe avec sous sa tutelle 12 établissements de santé sur un bassin de vie entre 800 000 et 1 000 000 d’habitants a aiguisé les appétits. En clair, les clans politiques du Hainaut-Cambrésis ont livré une bataille féroce pour occuper les postes principaux de cet exécutif, méconnu, mais au pouvoir considérable. Déjà, ça partait très mal https://www.va-infos.fr/2022/01/05/sante-le-ght-du-hainaut-cambresis-vers-une-explosion-presumee/

Ensuite, même si le choix géographique de compétences s’explique par des précédents comme la couverture territoriale de l’Université Polytechnique Hauts de France, voire celui de la CCI Grand Hainaut, le choix d’un regroupement d’établissements de santé sur un territoire aussi vaste que le Grand Hainaut fut remis en question… dès la signature. « Ce GHT Hainaut-Cambrésis a posé des problèmes dès le début. Ensuite, la Covid a renforcé le besoin de proximité immédiate avec la population. Avec cette crise, on s’est rendu compte que la proximité immédiate était essentielle. Enfin, notre méthode de travail est différente », commente Evissi Kouva Okiemy, Pharmacienne en charge du service dédié au sein du Centre Hospitalier de Cambrai depuis 4 ans.

Bien sûr, cette réalité n’a pas altéré la coopération entre les territoires du Grand Hainaut pour armer des lits Covid, mais au delà de cette pandémie improbable, la distance a fait son oeuvre. En effet, sous la houlette de Philippe Legros, ex Directeur général du CH de Denain, le Centre Hospitalier de Cambrai et le Centre Hospitalier de Le Cateau ont rapidement marqué leur distance, voire un certain agacement face à l’attitude du Centre Hospitalier de Valenciennes. « Nous ne pouvions plus faire nos achats puisque tout passait par des marchés publics communs, mais plus encore prochainement le CHV aurait pris la main prochainement sur notre recrutement », ajoute Evissi Kouva Okiemy au CH de Cambrai depuis 11 ans. Un peu la goutte d’eau qui a fait débordé le vase sans parler du volet politique où les différents maires ont étalé leur rivalité sur le sujet.

« On va continuer à transférer des patients à Valenciennes », Evissi Kouva Okiemy

En effet, malgré le besoin pour ces deux établissements de santé de (re) prendre leur autonomie sanitaire, sous la tutelle de l’ARS, il ne remet en aucune façon les partenariats forts dans le sud du département. « On va toujours continuer à transférer des patients au CHV, pas de panique. Nos partenariats sont solides », lance la pharmacienne.

Preuve de l’embarras (politique) de l’Agence Régionale de Santé des Hauts-de-France, un accord à travers « une convention a été signée depuis janvier 2022, mais depuis cette date, elle était en attente… Il y a eu pendant 10 mois un statu quo pour le lancement de ce nouveau GHT du Cambrésis avec deux hôpitaux publics (Cambrai et Le Cateau) », tance Evissi Kouva Okiemy.

Cette situation ubuesque a trouvé une fin à travers la publication d’un arrêté de l’ARS le 14 novembre 2022 marquant le retrait des deux établissements de santé du Cambrésis du GHT Hainaut-Cambrésis. « Sur le Douaisis, il y a deux hôpitaux publics dans le GHT et cela fonctionne parfaitement. Notre retrait fera jurisprudence en France, d’autres établissements de santé, dans d’autres régions, attendaient le résultat de notre démarche », ajoute-t-elle. Sans aucun doute, l’ambition sanitaire et politique a dépassé la réalité des gouvernances locales, des univers sanitaires de proximité, cette perspective d’un GHT à la mesure du Grand Hainaut s’est fracassée sur l’autel de la santé… près de chez soi.

Il est probable que cette explosion en vol ne freine les ambitions du CHV comme établissement de soins à dimension régionale, une annonce déjà très politisée par le maire de Valenciennes même si ses spécialités reconnues du CHV sont en croissance constantes.

Trop de politique tue les projets même vertueux en théorie ce qui ramène le vieux sujet de l’intérêt d’un pilotage politique d’un hôpital public de proximité, pourquoi faire, quel intérêt ! Certes, le Directeur général d’un hôpital public est nommé par le gouvernement, mais sauf erreur, le Commissaire divisionnaire de Police ou le Commandant de Gendarmerie ne sont pas sous la coupe de l’édile de la commune, certes en collaboration étroite, mais pas sous la coupe d’un Conseil de surveillance. Tant que cette pratique existera, les envies de toute puissance politique d’un maire sur le territoire de santé voisin polluera le service public de santé. Commençons par le début avant de recruter massivement, tout en étant indispensable, des fonctionnaires hospitaliers !

Daniel Carlier

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