A quelques jours d’un moment clé pour notre corpus sociétal, la rentrée scolaire, l’inauguration de la nouvelle école maternelle Jules Mousseron, et de sa cantine scolaire, sur Douchy-les-Mines marque les esprits. Certes, cet accouchement relève plus de la césarienne que d’une grossesse à terme tant ce projet fut complexe, critiqué, contesté tout au long de sa réalisation, mais au bout du bout débouche sur un geste architectural réussi dans sa globalité.

(La cour intérieure de l’école maternelle Jules Mousseron avec sa fameuse casquette autour des salles de classes, à la fois bris de soleil et préau)
Le visuel d’ensemble saute aux yeux, cette réalisation s’inscrit dans une nouvelle approche du bâti public et notamment des écoles de la République. Comme sur Marly et l’école primaire Hélène Carrère d’Encausse, cet équipement scolaire imprime une volonté de jouer avec les espaces, les volumes, de réfléchir à une organisation des flux, d’optimiser les lumières naturelles, conçue en bois et en verre, voire de réinventer un espace de vie bien au delà d’une cour de récréation, ou plus simplement de vivre autrement son temps de vie à l’école.

Paul Lambert, l’architecte de l’agence LT2A et OS Architecte, sur Lille et Paris, résume cette vision durant son propos officiel : « L’organisation au sein de cette école est fondamentale et c’est pourquoi ce parvis ouvert et généreux est important sur une zone piétonne. Ensuite, les classes sont en périphérie de la cour conçue comme un immense patio. Enfin, cette école est aussi un jeux de volume avec des toitures en pente. » Presque comme un symbole, le visuel de cette altimétrie différenciée, au détour de panneaux solaires et de toitures végétalisées, optimise le bénéfice d’une luminosité naturelle dans les classes tout en brisant l’effet soleil grâce à une casquette tout autour de cette cour spacieuse et protégée.
Pour ce temps fort d’une communauté de vie, le Ministre de l’Education nationale, Édouard Geffray, a voulu mettre en exergue en vidéo « ce lieu de vie, une cantine, une salle de parentalité, des classes même si l’école ne peut pas tout, toute seule ! » Plus inattendue, la présence de Monseigneur Dollmann et de l’abbé de Douchy-les-Mines, car « cette nouvelle école est bâtie sur une ancienne église vétuste. Le Diocèse de Cambrai nous a laissé ce foncier (contre un presbytère). » Chacun sait que le clergé est un négociateur expérimenté.
Pour sa part, le nouveau maire de Douchy-les-Mines, Romain Merville, rappelle l’histoire de cette école Jules Mousseron sortie de terre en septembre 1966… : « A l’époque, il n’y avait pas l’eau courante, la cour n’était pas finie, ni clôturée, et les élèves partaient en récréation dans le champ de luzerne en face ! Dans 60 ans, les débats seront oubliées. On se souviendra uniquement de cette école moderne portée par le maire Michel Véniat. »
« Son lot de polémiques avant et après les élections », Romain Merville
Bien sûr, on ne peut écarter d’un revers de main les tribulations de ce projet et « son lot de polémiques avant et après les élections. C’est un choix politique. C’est un investissement considérable et nous l’assumons ! », affirme Romain Merville.
Le montant de l’investissement, trop coûteux pour certains, le niveau de subventions, Etat, Conseil départemental, La Porte du Hainaut, jugé insuffisant, tout cela a pesé jusqu’à l’achèvement du chantier. D’ailleurs, la fameuse délibération concernant les abords de l’école Mousseron et de la rue Molière est rejetée le 09 juillet 2025, par l’opposition devenue majoritaire au sein du Conseil municipal, puis votée mi-septembre 2025 sous la présidence du maire Michel Véniat. Clairement, sur 82 communes sur le Valenciennois, c’est le chantier scolaire le plus contesté durant le dernier mandat 2020/2026. « Il a été porté par Michel Véniat malgré toutes les contraintes et les difficultés. C’est la différence entre commenter une ville et construire une ville. Enfin, dès septembre 2026, la cantine à 1 euro sera en place pour les élèves de l’école élémentaire et de l’école maternelle », conclut l’édile actuel.
Pour le Président de La Porte du Hainaut, Aymeric Robin, cette inauguration rappelle que l’éducation demeure « un pilier de la République. Aujourd’hui, nous construisons différemment les écoles. Enfin, les entreprises à la construction de cet équipement sont du territoire, c’est du Made In Hainaut, Made In Valenciennois ! »
Enfin, le Sous-Préfet de Valenciennes, Stéphane Costaglioli, souligne le contexte particulier de cette ouverture pédagogique : « Nous vivons une baisse des effectifs. En 2030, sur le Valenciennois, une baisse de 4 600 élèves est programmée, soit moins 13% en 5 ans ! Les élus doivent s’adapter à travers la construction ou la rénovation de nouvelles écoles. En 3 ans, 2024, 2025, et 2026, l’Etat a subventionné à hauteur de 35,3 millions d’euros les équipements scolaires sur cet arrondissement. »
A tout bien réfléchir, l’écrin bâtimentaire devient aussi important que le contenu pédagogique… depuis quelques années ! Jules Mousseron, le père de Cafougnette, héros littéraire, aurait sans doute trouver une petite blague bien sentie sur ce sujet…
Daniel Carlier




















