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Faiza Aklil/Prof de Philo : « Il faut se réinventer face à l’IA »

La sortie ce mardi 08 septembre 2026 du classement PISA 2025 a fait un effet blast dans les partis politiques, en mode campagne présidentielle, mais donne aussi à réfléchir aux enseignants d’hier et d’aujourd’hui. Entretien avec Jean-Jacques Potaux, ancien professeur de français au lycée Watteau, et Faiza Aklil, professeure de philosophie au lycée de l’Escaut.

Pour rappel, cette étude triennale concerne une évaluation des apprenants de 15 ans, quel que soit la classe, à travers le monde. Pour cette édition 2025, dans 91 pays, 760 000 élèves ont été évalués dont 6500 en France.

Cette étude de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) était donc très attendue tant les résultats 2022 soulignaient déjà une alerte sur la baisse de niveau des jeunes élèves français.

Si la dégringolade se poursuit en maths en France, le constat global est également une diminution planétaire de la capacité à lire et à comprendre par ces adolescents, une chute vertigineuse ! Plusieurs paramètres s’entrechoquent, la sortie de la Covid, le rapport à l’apprentissage avec une certaine altération du goût à l’effort et bien sûr en corollaire l’émergence de l’IA. Certes, il faut évoluer avec son temps, mais l’usage de l’Intelligence Artificielle peut conduire à ne plus conscientiser un travail sur un sujet, la conduite d’une recherche structurée, et par vase communicant la compréhension du contenu.

« Valoriser les ateliers d’écriture », Jean-Jacques Potaux

Professeur de français au lycée Watteau entre 1975 et 2008, Jean- Jacques Potaux a vu les premières ébauches sur le web. « Déjà au moment de mon départ en retraite en 2008, la problématique du contenu tout fait sur internet se posait, un nouveau récit était en train de prendre forme », commente l’enseignant en retraite, mais toujours très actif sur le volet culturel. Sa solution de l’extérieur, car il n’est plus au coeur du système, est « de valoriser les ateliers d’écriture, de faire la promotion des clubs de poésie afin de réactiver la mémoire, voire la capacité à comprendre une lecture ! »

Pour autant, il observe une évolution bien en amont de cette IA. Très sollicité comme jury pour l’oral de français en 1ère, le chemin de la notation a également changé au fil des années : « Nous avions une grande liberté avec le candidat. Notre rôle était d’évaluer la compréhension du texte par le candidat et sa capacité de réflexion. Puis, la feuille de route est devenue plus serrée, les enseignants demandaient d’apprendre par coeur les grandes idées des philosophes majeurs avec une perte d’interprétation personnelle. » Et aujourd’hui, après la dilution d’une recherche d’argumentation individuelle, l’IA vous fournit le contenu intégral, tout arrive toujours de très loin.

« Se positionner sur un sujet », Faiza Aklil

Pour Faiza Aklil, professeure de philosophie au lycée de l’Escaut depuis 2015, la révolution est palpable, mais elle reste positive sur cette évolution : « L’IA n’est pas la fin de tout. Il faut évoluer avec son temps. Il faut se réinventer face à l’IA, ce sont d’autres formes de récit qui s’installent. Non, les jeunes ne sont pas plus stupides qu’avant. »

Evidement, certaines pratiques s’émoussent même si le cahier des charges de l’Education Nationale l’impose. En effet, la vertu des travaux pédagogiques à la maison reste très aléatoire. « Qui fait ce travail, l’élève ou l’IA ? Il est de fait très compliqué d’évaluer le travail rendu », explique-t-elle.

Certains prônent l’oralité comme la seule sortie possible face au rédactionnel formaté de l’IA, mais Faiza Aklil ne veut pas dissocier « l’oral et l’écriture, ils sont liés pour développer une argumentation. »

Elle fait confiance dans l’humain et ses ressources pour trouver des sorties positives.« L’élève doit se positionner sur un sujet avec son argumentation (et ses références), c’est sa carte de la différence avec l’IA », conclut-elle.

Face à ce développement inéluctable où on annonce que fin 2027, plus aucun humain (déjà rattrapé fin 2025) ne sera plus intelligent que l’IA, une prise de conscience est nécessaire. « J’ai toujours foi dans notre capacité à trouver des solutions, mais il faut développer un esprit de vigilance », conclut-elle.

La peur n’évite pas le danger, mail il faut prendre conscience que si le 20ème siècle a vu une révolution industrielle, une nouvelle donne des métiers avec ses déclinaisons dès le 1er quart du 21ème, la suite de ce siècle sera celui de l’usage approprié, dans son époque, de nos cerveaux.

Bientôt le jour où seule l’imperfection individuelle pourra distinguer un humanoïde d’un être humain… !

Daniel Carlier

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