Orano MED produit un médicament innovant contre le cancer sur Onnaing
Au coeur de la zone industrielle d’Onnaing, le site du PAVE 2, une usine de fabrication de médicaments de haute technologie a lancé officiellement son activité. Elle s’appelle ATLab Valenciennes et sa production pharmaceutique concerne différents produits contre les tumeurs cancéreuses grâce à l’alphathérapie ciblée au plomb 212. Le sujet est complexe, mais avec un potentiel au bénéfice des malades du cancer assez gigantesque. En effet, ce process attaque les cellules cancéreuses sans détruire les cellules saines !

Claude Imauven, Président du CA d’Orano MED : « Cette usine sur Onnaing va livrer (à terme) 70% des européens »
Partons du début pour comprendre un peu plus la mécanique. A l’aulne de la grande histoire industrielle française du nucléaire, deux choix étaient en concurrence, l’uranium et le thorium. La France fait le choix de l’uranium, mais des stocks conséquents des deux matières premières ont été anticipés comme il se doit. A travers un projet industriel ambitieux, le Groupe ORANO a acquis 22 000 fûts de Thorium 232, un réservoir XXL afin d’alimenter toute production médicamenteuse avec son usage. Ensuite, près de Limoges, brevet à l’appui, une autre usine fait une extraction du Thorium 232 pour obtenir du Thorium 228, du radium, et enfin du plomb-212 sur Onnaing.
C’est ce dernier produit chimique, le plomb-212, dont l’usine d’Onnaing se sert pour la fabrication de ces médicaments. Précisons que le ORANO MED n’est ni un laboratoire de recherche, ni un distributeur. « Nous sommes juste un fabricant de médicament », précise Frédéric Desdouits, le Directeur Général d’Orant MED. Par contre, il y a très peu d’acteurs sur ce marché de niche.
« Les premiers tests patients au 1er trimestre 2027 », Frédéric Desdouits
Vous entendez parfois des phases de tests de médicaments, mais on ne pense pas immédiatement à la fabrication de ces derniers avant toute homologation. Sur ATLab Valenciennes, cette usine fabrique 25 doses par jour à destination de ces phases de test sur des patients volontaires.
Il existe 4 phases de test, la première concerne des essais sur des animaux en laboratoire, la deuxième sur un petit panel (50 personnes) de patients, et la 3ème sur un échantillon beaucoup plus large (quelques centaines) de malades. Evidemment, les multiples autorités sanitaires régissent ces périodes clés. A la fin, l’Agence Européenne du Médicament donne le feu vert pour la production grand public de ce produit. « Nous pensons réaliser les premiers tests patients au 1er trimestre 2027 ! », déclare le Directeur Général du Groupe ORANO MED.
« Nous avons été retenus dans le programme France 2030 », Frédéric Desdouits

Le financement total de cette usine s’élève à 29 millions d’euros, lauréat de l’appel à projet « industrialisation et capacité santé 2030 » avec l’usage de le technique de l’alphathérapie ciblée au plomb 212, cette réalisation bénéficie d’un soutien financier de 3,8 millions d’euros de l’Etat, la région Hauts de France a également soutenu ce projet unique. En effet, l’innovation majuscule de ce produit injecté est son agressivité envers les cellules cancéreuses sans attaquer les cellules saines, c’est une révolution, car chacun connaît des malades avec des effets secondaires très lourds à supporter.
Sur un superficie de 3 000 M2, vous avez 25 emplois qualifiés durant cette période d’essai clinique, puis une quarantaine pour la production grand public à terme.
Pourquoi cette usine à Onnaing ?
La particularité de ce médicament est sa durée de vie, avant injection par intraveineuse, particulièrement courte. Ceci impose un acheminement dans les meilleurs délais dans les hôpitaux. « Nous sommes entre les aéroports de Roissy Charles de Gaulle et de Bruxelles-Zaventem. Cela permet de couvrir 70% de l’Europe », précise le Président du CA. La commune d’Onnaing était donc parfaitement localisée sur cette carte au nord de l’Europe.
C’est pourquoi, son jumeau existe sur Indianapolis aux USA où les phases test sont plus avancées sur le volet autorisation médicale. Cette dernière alimentera le marché américain. Le coût d’une dose aux USA sera entre 15 000 et 20 000 euros, en France le prix est en négociation, mais le patient français sous le régime de la maladie chronique ne paye rien via la Sécurité Sociale.
Entre le nucléaire et la pharmacie
Bien sûr, l’usage dans un médicament du plomb peut effrayer. C’est pourquoi, il est important de garder la notion de mesure. « Sur toute la durée de vie de cette usine, elle fabriquera au maximum entre 1 gramme et 2 grammes de matière. Vous prenez plus de radioactivité à travers un scanner ou une radio qu’un salarié ici durant toute une année », indique un responsable durant cette visite d’entreprise.
Bien entendu, les règles de sécurité conjuguent à la fois les mesures du nucléaire et de la pharmacologie. Dans ce cadre, la visite de cette usine ne surprend pas tant la sécurité sanitaire est partout. Sur ce site, 4 produits sont en cours de développement, un premier pour lutter contre les tumeurs gastro-entéro-pancréatiques, un deuxième contre les tumeurs de la prostate, un troisième contre le cancer du poumon à petites cellules, et un quatrième contre les tumeurs du cancer colorectal. A terme, après la validation des autorités sanitaires de tutelle, la production montera à 200 doses par jour sur ce site d’Onnaing.

Daniel Carlier




















