« Terres de Goûts » entre produits du terroir et crise agricole !
Pour sa 9ème édition de « Terres de Goûts », l’association « Les Agriculteurs de l’Amandinois » a réussi sa double manifestation. En effet, elle a organisé à la fois un dîner solidaire au profit d’une association caritative et ce marché des produits du producteur au consommateur dans les Jardins de la Tour. Ensuite, cette manifestation intervient à la suite d’une canicule dantesque et très impactante sur le monde agricole avec des conséquences notables et difficile à vivre.

Isabelle Pique : « Cette manifestation est importante pour une souveraineté alimentaire déstabilisée actuellement ! »
Dès 10h ce dimanche 11 octobre, les stands s’agitaient pour présenter leurs étals très divers, de la vente de produits à celui de l’information en passant par les jeux pédagogiques, les chalands du bon goût avaient le choix. Parmi ces acteurs, « La Ferme du Roseau » vient présenter la spécialité de ce producteur, l’endive ; un produit en résilience, car son goût, l’amertume, est presque inconnu pour une jeune génération. Il faut donc réfléchir sa consommation autrement ! « Aujourd’hui, nous proposons des jeux sur notre stand à travers un travail sur la farine. Sur notre exploitation, à Avelin, nous accueillons depuis 2018 les écoles afin de transmettre une connaissance sur la production à la ferme. Il faut faire connaître le travail des agriculteurs afin de dépasser l’agribashing », indique Karen Delannoy, exploitante de la « Ferme du Roseau ».
« Si nous ne pouvons pas payer aujourd’hui, nous ne pourrons pas payer demain », Isabelle Pique
En marge des discours officiels, la Présidente de l’association organisatrice est très consciente de ce saut dans une autre ère climatique. « Ces canicules vont se reproduire. L’Etat comme nous devons anticiper. Certes, le prêt des banques à taux zéro (les intérêts payés par l’Etat) est une bonne chose, mais si nous ne pouvons pas payer aujourd’hui, nous ne pourrons pas payer demain. Il faut construire un autre système d’aide et moins d’administratif. »
En un clin d’oeil, le sujet n’est plus de savoir si l’Etat, les régions, etc., soutiennent l’agriculture ponctuellement en cas de désordre météo ou si les gouvernants admettent qu’un nouveau cycle climatique est là. De fait, le choix d’un soutien financier avant même l’incident deviendra la seule issue afin de maintenir une production nationale, car l’ombre de l’importation massive dans toutes les filières planent sur la France, une puissance agricole hier incontestée… ! L’approche étatique de l’aide à l’agriculture est à revoir totalement entre le service public rémunéré automatiquement, l’indépendance de l’exploitant, et la nécessaire souveraineté alimentaire globale de la France.
« Manque de fourrage suite à la canicule », Fabien Roussel
Pour le maire hôte de cette manifestation devenue essentielle dans le calendrier automnal, cette « profession est en souffrance. Suite à la canicule, il y a un manque de fourrage. Nous devons prendre soin de nos agricultrices et agriculteurs. Je suis ravi qu’Isabelle fasse partie des élues du Conseil municipal afin de travailler sur notre restauration scolaire. »
Pour la vice-présidente de la région, le sujet est plus que prégnant, car dans le budget 2027, l’Etat souhaite supprimer les Fonds européens gérés par la région à destination du monde agricole : « C’est 4 millions d’euros pour la Région Hauts de France. Nous allons nous battre, car l’engagement était valable jusque fin 2027. »
De son côté, le Président de La Porte du Hainaut rappelle le « Plan Alimentaire Territorial » et l’indispensable recherche d’une souveraineté alimentaire territoriale, voire même locale, la COVID devrait nous éclairer sur les conséquences possibles !
Néanmoins, l’intercommunalité bénéficie de la compétence « Aménagement du territoire », en lien avec le SIMOUV, et impose de fait des choix difficiles : « Nous avons un rôle d’équilibriste, nous devons aménager des zones industrielles, de logements, et l’installation d’équipements publics, et parfois sur d’ex emprises foncières agricoles. » Rien n’est simple dans la répartition harmonieuse des activités sur un bassin de vie. Pour autant, des choix stratégiques doivent se graver dans le marbre d’ici 2030, car ceux-ci vont imprimer une trajectoire vers l’avant ou pas d’un territoire à l’autre face à une mutation climatique inédite dans l’histoire.
Enfin, Isabelle Pique conclut aussi sur notre comportement : « Cette manifestation est importante pour une souveraineté alimentaire déstabilisée actuellement, car il y a un problème d’éducation dans nos assiettes. Dans quelle société, tous les éléments sont identiques ! » Cet appel du pied à la consommation des légumes moches résonne face aux étals de la grande distribution toujours parfaits !
Daniel Carlier




















