Le 09 décembre n’est pas un jour comme les autres pour la République française car c’est l’anniversaire de la loi de 1905, un jour clé pour l’association CLR (Comité Laïcité République). Ce fut l’occasion de débattre sur la laïcité bafouée par l’abattage de ses 2 arbres sur Valenciennes !

Un arbre de la laïcité en fer forgé à Valenciennes

Né dans les années 90 sous l’impulsion d’Elisabeth Badinter, Pierre Berger etc. le CLR s’est constitué afin de défendre une République laïque. Chemin faisant, ce mouvement s’est essoufflé. Ce n’est qu’au début des années 2000 que cette initiative a repris de la vigueur face aux atteintes répétées à l’esprit de la laïcité.

Thierry Lepoint

Thierry Lepoint

En présence du premier président du CLR des Hauts-de-France, Daniel Rouhier, et d’un représentant de l’entité nationale, Gérard Durand, cette association prend pied sur le chef lieu du Valenciennois. Thierry Lepoint, le président de cette association locale, basée à la Maison des Associations, indique « nous espérons organiser un colloque mi-mars sur ce sujet en 2017″.

Guy Marchand, adjoint à la ville de Valenciennes, porte la parole du Conseil municipal « comme représentant du peuple, cet accueil à l’hôtel de ville, dans la salle des mariages, est le lieu idéal pour cette jeune association« .

L’élu réagit au double saccage des deux arbres de la laïcité, Square Plumecocq à Valenciennes, « nous n’allons pas nous résigner« … « nous avons demandé au Lycée du Hainaut la réalisation d’un arbre en fer forgé dont l’ambition est une installation en fin d’année 2017« , ajoute Guy Marchand. Le proviseur du lycée technique et professionnel du Hainaut confirme le projet avec une pointe d’humour « cette réalisation en fer forgé sera difficile à abattre…« .

Son histoire

Des dates clés sont à retenir afin de comprendre la laïcité, la révolution de 1789, la 3ème république qui a planté un bloc unique avec une nation citoyenne. D’ailleurs, cette séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905 a été précédée par la loi de Jules Ferry sur l’école publique.

A travers l’histoire, les travers d’une acceptation religieuse, ou pas, comme l’Edit de Nantes en 1598 par Henri IV, un édit de tolérance contrecarré avec sa révocation par édit de l’intolérance en 1685, signé Louis XIV. « Il faut dissocier ce qui relève de l’ordre privé-la religion- et ce qui ressort de la cité, le droit public. Si on remet en cause ce pilier, on touche à la République. La laïcité est la clé de voûte de la République !« , indique Thierry Lepoint.

Une autre société, arabo-musulmane, s’est penchée beaucoup plus tôt que les pays chrétiens sur la séparation de la religion et de l’Etat. Vers les années 680, le 1er Khalife a abordé ce thème. Ensuite, des avancées sur le sujet jusqu’au XXI siècle avec notamment le penseur Averroès « mais il ne s’est rien passé depuis« , précise Thierry Lepoint.

La laïcité contestée en 2016

L’état de l’art n’est pas très brillant. « La religion s’invite dans les affaires publiques. Sur Hénin Beaumont, le maire a mis une crèche au sein de l’hôtel de ville. Pourquoi pas, à l’inverse, un bureau public dans une église. Il faut respecter l’article 28 de la loi de 1905« , ajoute Thierry Lepoint. Le Conseil d’Etat a donné raison, dans une autre commune, à cette démarche, mais a débouté la demande du premier magistrat d’Hénin-Beaumont.

Article 28 de la loi de 1905

« Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions« .

« La laïcité est en danger, elle n’est pas immortelle.  Nous avons un rôle de sentinelle car elle n’est jamais acquise. La laïcité n’est pas contre les religions, mais ne nie pas le fait religieux« , explique le président de la CLR des Hauts de France, Daniel Rouhier.

Le président de région se félicite de l’installation, à Valenciennes, d’un CLR. Ensuite, ce mouvement tisse sa toile régionale sur « Senlis, Amiens, Arras et Boulogne sur Mer« .

Gérard Durand

Gérard Durand

Cet état laïque n’est que raison face à l’irrationnel de la religion « il n’y a qu’une seule laïcité, elle n’est pas une opinion mais le droit d’en avoir une« , explique Gérard Durand, le représentant du Bureau CLR national. Ensuite, il met en avant les dérives actuelles : « Vous avez des résistances à l’enseignement car des élèves contestent à un enseignant le droit de commenter l’histoire religieuse, à l’hôpital sur des demandes de soins par une femme ou un homme, au sein de l’entreprise et bien sûr les tentatives de port du foulard à l’école« .

Le représentant local, Thierry Lepoint est sans concession : « Je suis pour une laïcité stricte, pas d’aménagement, on ne laisse rien passer« .

Et un peu de politique

C’est assez rare pour le souligner, les membres de CLR ont distribué quelques banderilles aux politiques…

Daniel Rouhier

Daniel Rouhier

Le Président de la République a évoqué durant son mandat « l’Etat reconnaît toutes les religions ! » Un phrase suscitant l’émoi pour le CLR car « François Hollande se trompe, l’Etat ne reconnaît aucune religion, c’est une République laïque !« , déclare Daniel Rouhier.

De l’autre coté de l’échiquier, « François Fillon a clairement cherché un électorat chrétien durant la primaire de droite. Pourtant, sur le terrain, cela ne se traduit pas dans les urnes« , ajoute-t-il. D’autres points du programme ont sans doute convaincu un large spectre électoral.

Un, ou une, candidat à la présidence de la République respectant ce pilier de la République, à travers une campagne sans allusion religieuse, en toute indépendance laïque…. oui, là je rêve !

La laïcité locale

Sujet peu relaté car il concerne les collectivités locales, cette réunion permet de poser la question de l’édifice religieux, propriété de la commune depuis la fameuse loi de 1905. Vous trouvez sur le territoire, voire partout en France, une laïcité aménagée et ceci quel que soit l’obédience politique. La commune, voire l’intercommunalité, intervient pour rénover, restaurer ce bien public cultuel, pourquoi pas !

Toutefois, la limite s’exerce dans une cohérence globale de la gestion du bien public et surtout du coût alloué à cette rénovation. En clair, un conseil municipal d’une commune française doit-il s’imposer une limite budgétaire raisonnable à ne pas franchir ?

En l’occurrence, pour la ville de Valenciennes, une addition de sommes sans fin s’engloutit pour une restauration globale de l’église Notre-Dame-du- St Cordon alors que de l’autre, la dite commune vend des pépites architecturales pour raisons budgétaires. Une rénovation avec pour objectif une accessibilité intégrale, en plusieurs phases, dont la ligne d’horizon financière (études + travaux) est digne du fog londonien. Ce coût total sera-t-il supérieur à la totalité des constructions et rénovations culturelles de la commune sur le mandat ?

Guy Marchand, adjoint à la ville, répond à cette question :  « Cela ne me choque pas, cette église est un bien public et a une histoire millénaire à travers le Tour St-Cordon, sa réalisation finale sera d’ordre cultuelle et culturelle« .  Chacun appréciera !

La question est simple. En 2016, un euro public dépensé est-il plus approprié en faveur de la lutte contre la précarité sociale, très présente sur Valenciennes, ou plus utile pour la rénovation d’un édifice religieux ? L’argent public vaut-il une messe ?

Qui ne dit mot ne consent pas toujours…

Durant cette année 2016, des braderies ont été annulées par-ci par-là pour raison de sécurité. Quand à elle, la laïcité ne se brade pas, ne s’annule pas, ne s’aménage pas !

Malgré cela, nous voyons les politiques candidats à la prochaine présidentielle se réfugier dans la facilité. Un jour, il ou elle, embrasse une communauté religieuse, le lendemain, il ou elle, fustige une autre contre toutes !

La laïcité n’est pas contre les religions mais équitable envers chacune « car il y aura toujours un groupe plus important qu’un autre« , ajoute Daniel Rouhier. Quelques mots clés encadrant l’esprit de cette loi de 1905, le citoyen compte pour un, son être n’est ni inférieur, ni supérieur à un autre, son bulletin de vote est libre car il n’appartient à aucune communauté, il est unique et reflète notre histoire depuis 1789…. !

L’Etat laïque a l’audace de dire non a son démantèlement au gré du vent politique, telle une usine revendue en pièces détachées…, car la laïcité est un bien indivis de la constitution française !

Publié par Daniel Carlier le 11 décembre 2016
Daniel Rouhier Gérard Durand laïcité Thierry Lepoint Valenciennes
Une laïcité révoltée et audacieuse !
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